Droits voisins : le sursaut de la presse française face à Google

Photo d'illustration
Arnd Wiegmann

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La presse française passe à l'offensive face à Google. Les éditeurs de l'Alliance de la presse d'information générale (Apig), ainsi que le Syndicat des éditeurs de la presse magazine (Sepm) et la Fédération nationale de la presse d'information spécialisée (Fnps) ont donné, ce jeudi, une conférence de presse à Paris. Chaque organisme va individuellement porter plainte contre le géant américain auprès de l'Autorité de la concurrence la semaine prochaine. L'Agence France-Presse (AFP) a également annoncé son intention de porter plainte.
Au cœur de la discorde : les droits voisins. Ils ont été créés par la directive européenne relative aux droits d'auteurs, adoptée après des mois d'intenses campagnes de lobbying et entrée en vigueur début juin. Semblables aux droits d'auteurs, ces droits permettent aux éditeurs de presse d'octroyer des licences - contre rémunération - aux géants d'Internet, comme Google et Facebook, pour la reproduction et utilisation de leurs contenus sur leur service. Le but : permettre un partage plus juste des revenus publicitaires, à l'heure où l'essentiel de la valeur est captée par le duopole Google - Facebook.
La France est le premier État-membre de l'Union européenne à l'appliquer, ayant transposé la directive dès cet été avec la loi du 24 juillet, entrée en vigueur ce jeudi. Et pourtant, Google a annoncé dès le 25 septembre ne pas vouloir rémunérer ces nouveaux droits voisins dus aux éditeurs de presse.
Concrètement, Google a déployé en France à partir de ce jeudi une nouvelle version de son service d'actualité, baptisé "Google News". Dans cet onglet, le géant américain n'affiche plus par défaut les images en vignettes, ni d'extraits de l'article. Seuls les titres et les liens hypertextes sont encore visibles. Or, ces images et extraits favorisent les clics des internautes, et donc, augmentent le trafic vers les sites des médias.
Jean-Michel Baylet, président de l'Apig et Pdg du groupe La Dépêche du Midi :
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Une deuxième option qui mène manifestement à une baisse substantive du trafic pour les sites. Une étude réalisée par le groupe de communication Heroiks et publiée ce jeudi établit la forte dépendance des sites Internet aux moteurs de recherche - dont Google, qui détient plus de 90% de parts de marché en France.
À travers leurs plaintes, les représentants de la presse espèrent que l'Autorité de la concurrence reconnaîtra une position dominante de Google, un abus de cette position, la dépendance économique des médias envers le géant américain et enfin, le contournement de la loi par ce dernier.
Le ministre français de la Culture, Franck Riester, a réitéré ce jeudi son "soutien [aux] démarches engagées par les éditeurs et agences de presse auprès de l'autorité de la concurrence". Ce dernier entend mobiliser sur le sujet ses homologues lors du Conseil des ministres européens de la Culture le 21 novembre.
"Nous sommes révoltés [...] Nous nous mobilisons car il s'agit de l'avenir de la presse française et même, de la presse européenne", martèle Jean-Michel Baylet, qui craint de voir le cas français être généralisé à l'échelle européenne.
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Lors d'un sommet franco-allemand organisé à Toulouse mercredi dernier, Emmanuel Macron a insisté : "Nous ne laisserons pas faire", avant d'enjoindre les autorités des États-membres et européennes à "engager au plus vite toutes les procédures possibles".