Droits voisins : le sursaut de la presse française face à Google

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(Crédits : Arnd Wiegmann)
Plusieurs organismes de représentation de la presse française ont annoncé, ce jeudi, vouloir porter plainte contre Google auprès de l'Autorité de la concurrence. En cause : le refus du géant américain de payer aux éditeurs de presse des droits voisins, semblables aux droits d'auteurs, pour l'utilisation de leurs contenus. Ces nouveaux droits ont été créés par une directive européenne entrée en vigueur en juin et transposée par une loi française, applicable à compter de ce jeudi.

La presse française passe à l'offensive face à Google. Les éditeurs de l'Alliance de la presse d'information générale (Apig), ainsi que le Syndicat des éditeurs de la presse magazine (Sepm) et la Fédération nationale de la presse d'information spécialisée (Fnps) ont donné, ce jeudi, une conférence de presse à Paris. Chaque organisme va individuellement porter plainte contre le géant américain auprès de l'Autorité de la concurrence la semaine prochaine. L'Agence France-Presse (AFP) a également annoncé son intention de porter plainte.

Au cœur de la discorde : les droits voisins. Ils ont été créés par la directive européenne relative aux droits d'auteurs, adoptée après des mois d'intenses campagnes de lobbying et entrée en vigueur début juin. Semblables aux droits d'auteurs, ces droits permettent aux éditeurs de presse d'octroyer des licences - contre rémunération - aux géants d'Internet, comme Google et Facebook, pour la reproduction et utilisation de leurs contenus sur leur service. Le but : permettre un partage plus juste des revenus publicitaires, à l'heure où l'essentiel de la valeur est captée par le duopole Google - Facebook.

| Lire aussi : Droits voisins : le remède se révélera-t-il pire que le mal pour les médias ?

Google refuse de payer les nouveaux droits voisins

La France est le premier État-membre de l'Union européenne à l'appliquer, ayant transposé la directive dès cet été avec la loi du 24 juillet, entrée en vigueur ce jeudi. Et pourtant, Google a annoncé dès le 25 septembre ne pas vouloir rémunérer ces nouveaux droits voisins dus aux éditeurs de presse.

"L'attitude de Google est perçue soit comme une agression, soit comme un contournement de la loi", affirmait ce matin Pierre Louette, Pdg du groupe Les Echos-Le Parisien en guise de préambule. "Sa décision impacte la façon dont nous pourrons informer demain les citoyens à l'heure des plateformes. Notre attitude à l'égard de Google n'a pas changé : ni hostilité de principe, ni soumission."

Concrètement, Google a déployé en France à partir de ce jeudi une nouvelle version de son service d'actualité, baptisé "Google News". Dans cet onglet, le géant américain n'affiche plus par défaut les images en vignettes, ni d'extraits de l'article. Seuls les titres et les liens hypertextes sont encore visibles. Or, ces images et extraits favorisent les clics des internautes, et donc, augmentent le trafic vers les sites des médias.

"Google demande de choisir entre la peste et le choléra"

Pour maintenir ces aperçus et tenter de rester visible sur le moteur de recherche, les éditeurs doivent désormais en faire la demande expresse à Google, et ainsi renoncer à la rémunération des fameux droits voisins. Une "alternative mortifère", comme l'explique Jean-Michel Baylet, président de l'Apig et Pdg du groupe La Dépêche du Midi :

"Google nous demande de choisir entre la peste ou le choléra ! Soit nous restons visibles dans les résultats de recherches et nous renions nos droits voisins, soit nous acceptons un affichage réduit dans les résultats de recherches, qui représentent 90% des usages en France."

Une deuxième option qui mène manifestement à une baisse substantive du trafic pour les sites. Une étude réalisée par le groupe de communication Heroiks et publiée ce jeudi établit la forte dépendance des sites Internet aux moteurs de recherche - dont Google, qui détient plus de 90% de parts de marché en France.

| Lire aussi : Les droits voisins, c'est une "question de survie" pour la presse

Étendre le débat à l'échelle européenne

À travers leurs plaintes, les représentants de la presse espèrent que l'Autorité de la concurrence reconnaîtra une position dominante de Google, un abus de cette position, la dépendance économique des médias envers le géant américain et enfin, le contournement de la loi par ce dernier.

"Il est temps pour les responsables politiques du monde entier, et pour le législateur en France, de s'interroger sur les contre-pouvoirs à opposer rapidement aux Gafa [Ndlr : acronyme désignant Google, Apple, Facebook et Amazon] - sauf à admettre qu'ils deviennent les maîtres du jeu économique et démocratique de notre société", a estimé François Claverie, vice-président du Sepm et Directeur général du Point.

Le ministre français de la Culture, Franck Riester, a réitéré ce jeudi son "soutien [aux] démarches engagées par les éditeurs et agences de presse auprès de l'autorité de la concurrence". Ce dernier entend mobiliser sur le sujet ses homologues lors du Conseil des ministres européens de la Culture le 21 novembre.

"Nous sommes révoltés [...] Nous nous mobilisons car il s'agit de l'avenir de la presse française et même, de la presse européenne", martèle Jean-Michel Baylet, qui craint de voir le cas français être généralisé à l'échelle européenne.

Lors d'un sommet franco-allemand organisé à Toulouse mercredi dernier, Emmanuel Macron a insisté : "Nous ne laisserons pas faire", avant d'enjoindre les autorités des États-membres et européennes à "engager au plus vite toutes les procédures possibles".

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Commentaires
a écrit le 25/10/2019 à 14:54 :
Non Google n'est pas le seul maitre à bord et règne sur le monde de la publicité. Oui je suis d'accord Google abuse de sa position dominante et devrai payer les droits voisins pour un equilibre avec les organismes de presse. Google comme Facebook et Amazon est un GAFA qui domine de sa superbe le monde de l'internet mais le roi a aussi ses faiblesses et son trône peut vaciller. On ne doit pas laisser Google tout diriger et tout faire en matière de publicités rémuneratrices. Oui je souhaite que ces plaintes contre Google aboutisse : les Américains ne sont pas les maîtres du monde en tout domaine ni pour l'internet mondial, ni pour la publicité sur le net et dans les médias. On va eviter se faire "googler". Oui les organismes de presse et les syndicats de presse sont vent debout face à Google et ils ont raison de se battre contre le geant. Google peut vaciller et perdre de sa superbe. Il faut protèger les médias français et européens face à Google !!!
a écrit le 25/10/2019 à 10:37 :
C'est la même problématique que celle de la diffusion des programmes TV par les FAI français. Ceux qui travaillent à la production veulent grossir leur part de revenu dans ce que paye les clients finaux. La France a la spécialité des lois adhoc du genre, loi egalim. contournée par l'explosion des bons d'achat remis au client final. Et l'Etat s'y met avec les impôts et son isolation à 1 euro. Nous allons tous finir par manger dans la main de l'Etat qui redistribue tout. Le service d'indexation des sites internet est gratuit pour les sites fournisseurs. Merci google!
a écrit le 25/10/2019 à 9:32 :
il y en a qui apprennent jamais :-(

Ca apas marche avec l hadopi, pas grave on en remet une couche avec les droits voisins … a force de se taper la etet contre le mur, le mur finira peut etre par ceder ….
a écrit le 24/10/2019 à 22:10 :
La presse a intérêt à se bouger et enfin défendre ses droits et son bifteck sinon, avec l'attitude de ces GAFAM, les journalistes n'auront plus qu'à aller livrer des repas à vélo.....
a écrit le 24/10/2019 à 21:05 :
Dés qu'un nouvel album sort, on peut le regarder tranquillement sur youtube (google). Si un contenu est signalé comme ne respectant pas les droits d'auteurs, youtube le retire gentiment et laisse 5 autres utilisateurs rebalancer le même contenu. On a plus qu'à le télécharger tranquillement puisque Google qui a atteint parait-il la suprématie quantique n'arrive pas à empecher qu'on puisse télécharger les musiques sur youtube en 2 clics en passant par un site tiers ni à détecter les contenus violant les droits d'auteurs en utilisant des empreintes numériques de musique.
Google a toujours fonctionné comme ça, les auteurs créent, Google encaisse l'argent de la pub sans verser de droits d'auteurs.
Réponse de le 25/10/2019 à 9:31 :
le Probleme c est tout simplement que les ayant droit sont comme les dinosaures. ils sont incapable d evoluer.
Les majors veulent vendre des CD et garder le client captif. ca marchait en 1990 (par ex les gens ont rachete leur musique lors du passage vinyl->cd) mais plus maintenant


Vous etes vous demandé pourquoi des gens partagent avec des inconnus leur musique qu ils ont achete (forcement au debut il y en a un qui a achete le CD) ?
a écrit le 24/10/2019 à 18:46 :
la presse veut le beurre l'argent du beurre et le cul de la fermiere
ils ont coule leur modele avec les nnpp, maintenant ils vont faire pareil avec le numerique!!!! hallucinant
quand y aura des droits voisins obligatoires, le recensement payant sera obligatoire aussi et vaudra au moins les droits voisins
et devinez qui va demander a etre mis en page un gratuitement?
a écrit le 24/10/2019 à 18:02 :
pourquoi tous ces éditeurs ne sont ils pas satisfaits, n'est ce pas la libre concurrence qu'ils défendent à longueur d'articles ? alors, que diable, un peu de respect pour vos opinions.....
a écrit le 24/10/2019 à 18:01 :
Tant que les GAFA se soucient plus de leurs utilisateurs que l'Europe de ses citoyens c'est un combat perdu d'avance étant donné que les américains savent que sur le long terme ils remporteront la mise. L'UE compromise jusqu'aux os avec son oligarchie financière n'a plus aucune crédibilité et quand on li ces politiciens s'en remettre à ses institutions on comprend que la situation est désespérée. Comment voulez vous que cette entité repus au fric soit en état de contrer des multinationales qui ont remplacé au final les services publics que l'Europe a dépecé pour les vendre à ses propriétaires milliardaires ?

Réveillez vous donc tous l'Europe est en déclin depuis près de deux siècles et vous croyez sincèrement quelle est en état de rivaliser même avec une seule entreprise de l'enfant prodige américain ? Notre oligarchie est bien trop arriérée pour s'y opposer, nous ne pouvons qu'espérer maintenant une chute brutale afin de repartir à zéro avec une oligarchie davant garde et non ce vieux truc qui sent le souffre et la naphtaline.
Réponse de le 24/10/2019 à 20:02 :
Tant que les GAFA se soucient plus de leurs utilisateurs que l'Europe de ses citoyens c'est un combat perdu d'avance étant donné que les américains savent que sur le long terme ils remporteront la mise.

Tout est dit, si ce n'est que du coup si il a des journaux d'opinions ils pourrons donc constater si la "marque" tient le choc.

Car tout cela se fait dans la défiance de l'information, dans une révolution technologique et non un système de marquis et marquises qui sont plus souvent plus proche de la propagande que de l'information.

Du coup, c'est une bataille sans doute, mais celle de qui? qu'elle garantie donne ce cartel que l'on est une objectivité d'information? récemment, nous avons pu constater l'information temps réel pour amener le doute a tous, a présent les clefs, les médias français n'en dispose pas sur le net, et bientôt plus sur la tv qui concerne les générations plus anciennes.

Le risque est de toute façon la avec l'évolution technologique, mais pour soutenir il faut aussi n'avoir pas inscrit le blog a l'accès du compte.

Ce qu'il faut reconnaître a la Tribune. Pour autant le modèle lui même en regardant aussi les commentaires, dit comment dans tout les cas il faudra trouver une solution sur les question journalistiques, mais surtout sur le deal de détachement des intérêts. Rappelons nous du nombre de possesseur des médias en France......

Plus que le travail de la marque, mais le nombre de casquettes changeantes de certains journalistes avec les propos qui vont avec, permet aussi de constater la démagnétisation de la parole.

O débat avec des opposants, mais avec finalement un système de communication qu'un système d'information et de crédit qui pour le coup existe aux us. Ici, la plaisanterie est de faire croire qu'il y aurait distance entre les pouvoirs économiques, politiques, et plus globalement dans l'ensemble de la société.

Alors sans doute ceux qui aurons un compte sur la différente presse de langue française, mais n'oubliez pas non plus que polyglotte, je vois aussi ce que vous ne publiez pas ou peu.

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Réponse de le 25/10/2019 à 9:07 :
Mais ce que nous écrivons là, les réflexions que nous posons ne sont pas compréhensibles pour des décideurs en déclin dont la capacité cognitive ne dépasse pas le bout de leur nez et leurs serviteurs qu'ils payent non pas our avoir des idées mais pour imposer leur absence d'idées.

LE problème est là les solutions existent et sont nombreuses mais pas la volonté des propriétaires de capitaux et d'outils de production. Le déclin ressemblant au final à une maladie de civilisation actuellement en phase terminale.

Mais bon sang que c'est long...
a écrit le 24/10/2019 à 17:48 :
Au niveau des utilisateurs pourquoi pas renoncer à google et aller sur qwant ou autre.

ils finirait par comprendre
Réponse de le 24/10/2019 à 19:41 :
Pourquoi?
Google est au top pour les recherches.
En plus tout le monde utilise Google map ou Waze.
On ne va quand même pas changer pour les beaux yeux d’une presse dépassée : qualité des contenus en baisse et beaucoup trop chère. Il faut que le lecteur puisse acheter individuellement les articles qui l’intéressent à un prix raisonnable et ainsi prendre dans différents journaux ce qui l’intéresse.
Réponse de le 24/10/2019 à 20:39 :
@jade
"En plus tout le monde utilise Google map ou Waze"
Normal, quand Waze a surclassé Google Maps, Google l'a racheté.
Réponse de le 24/10/2019 à 22:15 :
J'utilise Qwant depuis début 2019 et je ne vois pas de différence avec Google.
Eclairez moi s'il y en a une.

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