Lacroix veut sortir de son simple rôle d’équipementier de l’électronique

Après cinq années de transformation, le groupe Lacroix s’engage dans cinq années d’accélération pour sortir de son rôle d’équipementier et devenir un leader international des solutions d’IOT industrielles. Avec l’accélération de la 5 G, des objets et de la ville connectés, des transitions énergétiques et une forte présence à l’international, il entend doubler son chiffre d’affaires en 2025.

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Lacroix amorce sa transition d’équipementier vers le métier de fournisseur de solutions « end-to-end » . Objectif : améliorer sa rentabilité globale en vendant des produits et solutions à plus haute valeur ajoutée et générer des revenus récurrents grâce à de nouveaux services.
Lacroix amorce sa transition d’équipementier vers le métier de fournisseur de solutions « end-to-end » . Objectif : améliorer sa rentabilité globale en vendant des produits et solutions à plus haute valeur ajoutée et générer des revenus récurrents grâce à de nouveaux services. (Crédits : Lacroix group)

Présent aux Etats-Unis avec 12,5% du capital de la société américaine Firstronic LLC et un chiffre d'affaires quasi insignifiant, le groupe Lacroix entend faire de cette prise de participation, datant de 2017, un tremplin pour se développer Outre-Atlantique. « Notre objectif est de réaliser 30% de notre chiffre d'affaires sur les marchés américains et allemands en 2025. Si l'Allemagne est aujourd'hui notre premier marché à l'international, aux Etats-Unis, tout est à faire et pour y faire une vraie percée, ça ne passe que par de la croissance externe », indique Vincent Bedouin, Pdg du groupe d'électronique Lacroix, basé dans la région nantaise, qui vient de présenter son plan stratégique Leadership 2025. Objectif : atteindre un chiffre d'affaires de 800 millions d'euros et une rentabilité d'environ 9% (Ebitda), contre un chiffre d'affaires de 441 millions d'euros en 2020 avec une rentabilité de 5,9%. De 60% aujourd'hui à travers neuf pays (Allemagne, Espagne, Italie, Pologne, Belgique, Tunisie, Maroc, Mexique...) le chiffre d'affaires Export devrait alors représenter 70% de l'activité en 2025.

Valoriser le toucher de balle Lacroix

 « Pour nous, La France, l'Allemagne et les États-Unis sont des marchés stratégiques sur lesquels nous avons la volonté, et presque comme condition de développement, d'y implanter nos trois activités ; Electronic, Environnement et City », précise Vincent Bédouin qui ne se cache pas son ambition de prendre la majorité de Firstronic LLC, implantée dans le Michigan et au Mexique, pour se développer et mener des opérations de croissance externe. Sur un marché en accélération qui génère des consolidations d'acteurs, Lacroix dit recevoir chaque mois des dossiers de potentiels d'acquisitions. «Il y a aura des opportunités. Tout l'enjeu, pour nous, est de capitaliser sur le fait que l'on a un vrai toucher de balle », illustre Vincent Bedouin. Lacroix entend faire valoir son expertise de ses métiers et des technos maitrisées pour faire les bons choix. « Avec, autant que possible une bonne valorisation pour maximiser nos croissances externes. Cela passera par notre capacité à les intégrer et à faire jouer les synergies pour nous développer et mieux vendre nos propres solutions », explique le PDG. Déjà présent aux États-Unis pour gérer sa participation chez Firstronic LLD, Lacroix devrait formaliser cette implantation avec la création prochaine d'une filiale permettant d'intégrer de futures acquisitions dans le domaine de l'environnement ou de la voirie intelligente. « Plusieurs scenarios sont sur la table», affirme-t-il.

Des croissances externes plus significatives à venir

A travers ses trois métiers, l'électronique embarquée et connectée pour l'industrie (Electronics), les équipements pour la gestion des infrastructures de la voirie intelligente (City) et de l'eau et l'énergie (Environnement), le groupe Lacroix ambitionne de devenir un leader global dans les solutions industrielles de l'IOT et des équipements électroniques professionnels. Autrement dit, sortir de son simple rôle d'équipementier et devenir fournisseur de solutions complètes et de services à valeur ajoutée permettant de générer des revenus récurrents. « Notre plan Ambition 2020 nous a permis de nous transformer, structurer, de mener sept acquisitions en France, en Espagne, en Allemagne, aux États-Unis, pour compléter nos offres technologiques, de rationaliser notre fichier clients pour éviter les dilutions, de renforcer le top management, d'atteindre une taille critique, une croissance rentable... Avec le plan Leadership 2025, il s'agit maintenant d'accélérer », conçoit-il.

Déjà, les sept acquisitions de Lacroix (Neavia, Smartnodes, Sae-IT Systems, eSoftThings...) qui lui ont permis de repositionner ou de compléter ses gammes de produit, ont généré 49 millions de chiffres d'affaires supplémentaires. « D'ici 2025, nous viserons des croissances externes un peu plus significatives. On estime que pour tout ce qui concerne les startups ou la technologie, on a ce qui faut. On doit maintenant les maintenir sur des trajectoires de croissance pour nous permettre de développer nos propres solutions», souligne Vincent Bedouin.

Des perspectives ambitieuses

Pour devenir « un modèle résilient de croissance rentable », le groupe d'électronique n'a pas hésité à faire le ménage dans les projets et son fichier client. Si bien qu'aujourd'hui, dans le secteur l'électronique, les quinze « meilleurs » clients ont généré 73% du chiffre d'affaires 2020. Dans l'environnement, ce top 15 représente 48% du secteur. Une proportion bien plus difficile à respecter dans la City où les quinze grands comptes pèsent pour seulement 14%. Mais ce « nettoyage » a des vertus. En multipliant par deux ses investissements en R&D, en augmentant de 60% le nombre de ses ingénieurs, en lançant plus de 50% de nouveaux produits conçus en interne, en améliorant sa compétitivité avec le lancement de la première usine d'électronique 4.0 dans l'Hexagone, en se concentrant sur des segments de niche et en renforçant sa présence à l'international, etc., Lacroix estime pourvoir atteindre, à l'horizon 2025, une croissance de 3% à 4% dans le secteur de l'électronique avec un Ebitda de +6%.

Porté par la croissance internationale et les offres « Smart », le secteur de la City pourrait, sur cette même période, croitre de 5% à 7%. Enfin, le domaine de la gestion de l'eau et des énergies, porté par le développement des smartgrids et des villes intelligentes pourrait, lui, enregistrer des croissances de 8% à 10%, avec un Ebitda dépassant les 20% (croissances externes incluses), selon les prévisions du groupe Lacroix.

Dans une voiture, la valeur de l'électronique a dépassé celle de la mécanique

Si le groupe a souffert à l'occasion du premier confinement où le chiffre d'affaires a plongé de -36% entre mars et mai, il a retrouvé une croissance de +2% le trimestre suivant et a fini l'année 2020 avec un chiffre d'affaires de 441 millions d'euros, légèrement en dessous des 500 millions d'euros visés, tout en maintenant une rentabilité de 3,3% (4,3% en 2019). Au cours du premier trimestre 2021, seul le secteur de l'aéronautique a continué d'être touché. S'il ne représente que 9% du chiffres d'affaires, c'est malgré tout un domaine important pour la production française. Pour le reste, tous les indicateurs sont au vert. « Dans l'électronique, nous constatons une reprise très forte de l'automobile, non pas au regard du nombre d'immatriculations, mais en raison du fort développement des capteurs embarqués, des caméras, des systèmes d'assistance à la conduite, de la connexion du véhicule... En 2020, la valeur de l'électronique dans une voiture a dépassé la valeur de la mécanique, et ça ne va pas s'arrêter ! »  Dans l'industrie, à l'exception de l'aéronautique, aucun projet d'innovation n'aura été arrêté ou freiné. «Dans la vente d'équipements pour la gestion de l'eau et de l'énergie, tous les retards ont été rattrapés. Dans l'activité Smart Grid, on a même battu tous nos records de vente pendant le confinement. Finalement, malgré un ralentissement dû aux collectivités et aux échéances municipales, les activités City et Environnement ont atteint leurs objectifs », observe Vincent Bedouin.

L'usine Symbiose en fin d'année

Fruit de nombreux tâtonnements menés par des startups, des ETI et des grands groupes, les smartcities sortent désormais des expérimentations pour aller vers de vrais marchés avec des volumes. L'IOT va devenir le principal marché des applications « smart », et Lacroix,  (4.000 salariés, 10 sites de production, 10 centres de R&D) entend bien tirer parti de son profil, encore relativement agile, face aux grands acteurs du secteur de l'environnement, de l'urbanisme et du BTP.  «Certains ont pu mener des expérimentations avec des startups, mais quand des clients comme Bouygues, Vinci, EDF... prennent des marchés, souvent en délégation de service public, ils s'engagent sur des performances pour télégérer des infrastructures complexes qui de plus en plus intègrent de la cybersécurité, alors ils préfèrent se tourner vers un acteur industriel innovant », plaide le Pdg du groupe Lacroix, détenu à 70% par la famille Bedouin, qui n'exclut pas une prochaine ouverture du capital. « On vise un ratio d'endettement en dessous de 0,8, ce qui peut nous amener à rechercher de nouveaux modèles de financement d'ici 2025», reconnait Vincent Bedouin, dont l'usine Symbiose, construite dans le Maine-Loire, vecteur de compétitivité autant que vitrine de l'innovation industrielle, responsable et sociale devrait être livrée en fin d'année. « Le plan de transfert devrait durer six mois. Avant de redémarrer, nous devons obtenir la qualification et certification de nos clients, de l'aéronautique notamment. L'enjeu majeur pour nous en ce moment est de constituer des stocks de sécurité pour éviter tout risque de rupture d'approvisionnement », anticipe-t-il. Un chantier compliqué par les tensions actuelles sur le marché des composants.

Relocalisation et business

« Quand on parle d'un chiffre d'affaires de 500 millions d'euros en 2021, on ne fera pas 550..., précise Vincent Bedouin. On intègre que nous ne pourrons pas livrer toutes les demandes de nos clients, tellement la crise est importante pour tous les acteurs de l'électronique. Sur les semi-conducteurs, nous sommes obligés de reporter certaines productions.»  Outre l'impact dû à la fluctuation du prix des composants, le « stop and go » de production impose de produire en flux tendus. « L'arrivée sporadique des composants génère de l'inefficience dans les usines et ça impacte la marge sur la partie électronique», explique Vincent Bedouin, par ailleurs vice-président de la filière « Industrie électronique », récemment considérée par le gouvernement comme une « filière stratégique ». « Nous travaillons sur les relocalisations possibles. Un travail très concret est engagé et il y a une vraie prise de conscience politique depuis que la Chine a fait son black-out. On a vu que des pans entiers de notre industrie dépendaient de fournitures en provenance d'Asie », rappelle-t-il.  Désormais, la filière est bien identifiée.  «Beaucoup de donneurs d'ordres nous demandent de chiffrer un rapatriement de production en Europe... et parfois en France. L'un d'eux veut quitter la Chine et relocaliser son activité de cybersécurité. C'est une activité que l'on va fabriquer dans notre usine française», se réjouit Vincent Bedouin. La relocalisation est aussi un business.

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