En pleine tourmente, BT taille à la hache dans ses effectifs

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« Je ne m’en cache pas. Il s’agit probablement de la réorganisation la plus importante depuis dix ans », a déclaré Gavin Patterson, le DG de BT.
« Je ne m’en cache pas. Il s’agit probablement de la réorganisation la plus importante depuis dix ans », a déclaré Gavin Patterson, le DG de BT. (Crédits : Phil Noble)
Le géant britannique des télécoms a annoncé jeudi qu’il allait de séparer de 13.000 collaborateurs, soit environ 10% de ses effectifs. En grande difficulté, l’opérateur historique affirme que cette énorme restructuration constitue un impératif pour économiser de l’argent et doper ses investissements dans les réseaux à très haut débit. Reste que les critiques fusent concernant la stratégie du groupe, lequel a notamment, ces dernières années, dépensé des milliards d’euros en droits sportifs, loin de son cœur d’activité.

Les nuages noirs s'amoncellent au-dessus du leader britannique des télécoms. Ce jeudi, l'opérateur historique BT a annoncé qu'il allait tailler à la hache dans ses effectifs. Concrètement, pas moins de 13.000 postes vont disparaître, dont les deux tiers outre-Manche. En d'autres termes, BT va se séparer d'environ 10% de ses effectifs, qui s'élèvent à plus 106.000 collaborateurs dans le monde - dont 82.000 au Royaume-Uni. Symbole de ses importantes difficultés actuelles, BT a aussi annoncé qu'il allait quitter son siège historique, au cœur de la City, pour une bâtisse plus petite et moins chère. C'est un morceau de son histoire, au passage, que le groupe abandonne. Comme le rappelle le Financial Times, l'actuel siège de BT a hébergé le premier bureau de poste d'Angleterre. Il a essuyé d'importants bombardements pendant la Seconde Guerre mondiale, où il était le principal centre de tri des télégrammes du pays.

Le DG de BT, Gavin Patterson, n'a pas cherché à minimiser l'ampleur de cette restructuration. « Je ne m'en cache pas. Il s'agit probablement de la réorganisation la plus importante depuis dix ans », a-t-il lancé. Une « réorganisation » qui se situe, en plus, dans le sillage d'importantes coupes d'effectifs. L'an dernier, le groupe avait déjà annoncé la suppression de 4.000 postes, au terme d'un exercice plombé par un vaste scandale comptable en Italie. Pour la direction de BT, ce traitement de cheval constitue un impératif pour gagner en compétitivité au Royaume-Uni. La restructuration a ainsi été présentée comme essentielle dans le cadre d'un nouveau « plan stratégique ». Son objectif ? « Créer de la valeur à long terme pour les actionnaires en maintenant sa position dominante dans les services télécoms au Royaume-Uni et vis-à-vis des sociétés multinationales. » Du côté des investisseurs, il est vrai que BT n'a plus la cote. En trois ans, le titre de l'opérateur a dégringolé de 53%, à 218 pences.

5 milliards de livres pour BT Sport TV

Si BT a vu son bénéfice progresser l'an dernier (+11% à 2,61 milliards de livres, soit 3 milliards d'euros), son chiffre d'affaires a reculé (-1% à 23,7 milliards de livres, soit 27 milliards d'euros). Or cette baisse des ventes devrait, selon la direction, se poursuivre cette année. Et c'est notamment ce point qui préoccupe les investisseurs et les analystes financiers. Beaucoup estiment que BT aurait dû davantage se préoccuper de son cœur de métier ces dernières années, au lieu d'investir massivement dans les droits sportifs. C'est la raison pour laquelle Gavin Patterson a indiqué que les économies de coûts liées à cette restructuration (1,5 milliard de livres sur trois ans, soit 1,7 milliard d'euros), seraient essentiellement consacrées au déploiement de la fibre et de la future 5G. Tout en prévoyant de recruter 6.000 ingénieurs et commerciaux pour épauler ces investissements dans le très haut débit. En outre, BT a annoncé un gel des dividendes pour les trois prochaines années, là encore pour disposer de plus marge de manœuvre pour investir.

En clair, BT semble vouloir se recentrer sur son cœur de métier: les télécoms. Ce qui n'est pas rien. Pour accroître son revenu moyen par abonné, l'opérateur a choisi, ces dernières années, de dépenser beaucoup d'argent dans des droits sportifs. En tout, il a déboursé quelques 5 milliards de livres (5,7 milliards d'euros) pour les droits de BT Sport TV. Comme le remarque le FT dans un billet sur son site, ces dépenses dépassent notamment les 3,7 milliards de livres (4,2 milliards d'euros) alloués cette année pour raccorder à la fibre 10 millions de locaux. Or ces dépenses dans les droits sportifs sont jugées dangereuses pour l'avenir du groupe par de nombreux observateurs, investisseurs et analystes. L'Ofcom, le régulateur des télécoms outre-Manche, a notamment plusieurs fois critiqué cette stratégie, estimant que ce choix pourrait s'avérer fatal sur le long terme. Sa patronne, Sharon White, a même estimé que les groupes de télécoms qui se disperseraient et rechigneraient à se lancer pleinement dans la fibre s'exposeraient à une chute comparable à celle de Kodak, l'ancienne gloire de la photographie !

Quand BT servait de modèle à SFR

Ces débats liés à la « convergence » entre les secteurs des télécoms et des médias au Royaume-Uni rappellent ceux qui animent, depuis des années, le marché français. L'appétit de BT pour le football et les contenus a d'ailleurs longtemps servi d'argument à Michel Combes, l'ancien chef de file de SFR, pour justifier les achats de droits sportifs de l'opérateur au carré rouge. À l'instar de son homologue britannique, Sébastien Soriano, le patron de l'Arcep, le régulateur français des télécoms, s'est plusieurs fois montré critique vis-à-vis des investissements de SFR dans les médias ou d'Orange dans la banque. Car selon lui, les investissements dans la fibre et dans le mobile doivent rester leur priorité.

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Commentaires
a écrit le 13/05/2018 à 9:54 :
les arbres ne montent pas au ciel on s en aperçoit un peu tard chez certains !
a écrit le 12/05/2018 à 11:18 :
Le début du principe des dominos puisque il est évident que toutes ces chaines qui dépensent des centaine de millions d'euros pour quelques matchs de foot ne peuvent pas rentrer dans leurs frais ?

Bolloré est mal, SFR est en difficulté au final seul Bouygues qui retransmet les quelques matchs qu'il a acheté sur ses chaines gratuites s'en sort...

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