LA TRIBUNE - Elon Musk a annoncé il y a quelques jours que son entreprise Neuralink avait posé avec succès un implant cérébral sur un patient humain. Les premiers résultats montreraient « une détection prometteuse de l'activité neuronale ». S'agit-il d'un effet d'annonce ou d'une vraie révolution ?
EMMANUEL METHIVIER - On ne peut qu'être impressionné par l'annonce de Neuralink. Même un Ray Kurzweil, pape du transhumanisme, n'imaginait pas l'émergence d'une interface de communication cerveau-machine avant 2035. Si même lui, qui baigne pourtant dans ce domaine, n'avait pas anticipé la vitesse d'évolution de la technologie, nous tendons, pour notre part, sans doute à la sous-estimer encore davantage.
Or, rien n'a été pensé sur les problématiques que soulève l'émergence d'interfaces de communication hommes-machines : si Neuralink est capable d'identifier des pics d'activité du cerveau en fonction d'un certain nombre de stimuli, la lecture directe du cortex cérébral semble en bonne voie. Or, à partir du moment où l'on peut lire les impulsions électriques qui viennent des synapses, on peut aussi en écrire, donc on peut potentiellement fabriquer de la mémoire ou de l'intelligence... Cela soulève des interrogations vertigineuses en matière d'augmentation du cerveau humain.
Mais l'annonce d'Elon Musk pose aussi des questions inédites en matière de sécurité de ces interfaces : comment éviter que, demain, des hackers puissent s'y introduire et manipuler un cerveau ? À partir du moment où un système d'information communique avec un autre à travers des interfaces de programmation d'application (APIs), on peut potentiellement lui faire faire ce qu'on veut, d'où un risque de brain hacking
. Ce sont des questions qu'il faut se poser dès maintenant.