1,1 milliard d'euros levés, une nouvelle licorne... premier trimestre record pour la French Tech

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La startup Doctolib est devenue la 5è licorne française après une levée de 150 millions d'euros au premier trimestre 2019.
La startup Doctolib est devenue la 5è licorne française après une levée de 150 millions d'euros au premier trimestre 2019. (Crédits : La Tribune)
Les startups françaises ont levé plus de 1,1 milliard d'euros entre janvier et mars 2019. Si le nombre d'opérations se maintient par rapport à l'an dernier à la même époque, le ticket moyen continue d'augmenter. La France a aussi fait naître sa cinquième licorne, Doctolib. Plus impressionnant encore, il y a eu, en 65 jours à peine, davantage de méga-levées de plus de 100 millions d'euros (4) que sur l'ensemble de l'année 2018 (3).

La French Tech est en pleine forme. 2019 est même très bien partie pour exploser le record de 2018 des montants levés par les startups françaises. D'après nos calculs, sur la base du recensement effectué par nos soins et complété par ceux du site spécialisé Maddyness et de la banque d'affaires eCap Partner, les pépites tricolores ont déjà levé plus de 1,1 milliard d'euros au premier trimestre, dans 165 opérations. L'an dernier à la même époque, la French Tech avait levé un peu plus de 800 millions d'euros. Soit une progression d'environ 30%. Autrement dit, si la tendance se confirme, la barre des 4 milliards d'euros de fonds levés en 2019 pourrait être largement franchie, alors que la France restait sur 3,62 milliards d'euros en 2018, 2,56 milliards en 2017 et 2,20 milliards en 2016.

Depuis le début de l'année 2019, le phénomène observé en 2018 semble s'amplifier : si le nombre de tours de table reste stable, les montants moyens, eux, explosent, grâce à la multiplication des Séries B et au-delà. Dans le détail, les tickets de moins de cinq millions d'euros représentent toujours l'essentiel des tours de table. Mais il y a eu au premier trimestre 2019 43 levées de plus de 5 millions d'euros (contre 33 au premier trimestre 2018, soit presque un quart de plus), dont 23 de plus de 10 millions d'euros, (contre 19 en 2018). De plus en plus de startups françaises survivent à leurs premières années et réussissent à relever des fonds en tant que "scale-up", c'est-à-dire des entreprises en hyper-croissance en quête d'internationalisation et de consolidation de leurs parts de marché, pour devenir au moins une belle ETI, au mieux un futur géant.

Lire aussi : Levées de fonds : la France en passe de réussir sa mue en "scale up nation"

4 méga-levées de plus de 100 millions d'euros et une cinquième licorne (Doctolib)

Au 5 avril, la France compte déjà quatre méga-levées, c'est-à-dire des tours de table de plus de 100 millions d'euros. Deux au premier trimestre et deux au tout début du mois d'avril.

Ainsi, Ÿnsect a levé en février 110 millions d'euros pour tenter de nourrir la planète avec ses protéines alternatives. En mars, le champion de la e-santé Doctolib est devenu la cinquième licorne française en levant 150 millions d'euros pour conquérir l'Europe. En début de semaine, la plateforme de e-commerce spécialisée dans le bricolage et le jardinage ManoManoa levé 110 millions d'euros pour consolider ses positions et rivaliser avec Amazon sur ce segment. Enfin, le leader français et européen des solutions RH pour les entreprises, HR Path, vient de boucler un tour de table de 100 millions d'euros pour conquérir l'Asie et les Etats-Unis.

Or, la France n'a pas pour habitude de générer beaucoup de méga-levées. Traditionnellement, l'Hexagone est même à la traîne en Europe, surtout par rapport au Royaume-Uni et à l'Allemagne. En 2017, la plus grosse levée française avait été Actility (71 millions d'euros). En 2018, trois pépites françaises avaient franchi le cap des 100 millions, contre cinq en Allemagne et dix au Royaume-Uni. Il s'agissait de Voodoo (171 millions d'euros en mai 2018), Deezer (devenue la quatrième licorne en juillet 2018 avec sa levée de 160 millions d'euros), et BlaBlaCar (101 millions d'euros en décembre 2018). Avec quatre méga-levées, 2019 fait déjà mieux alors qu'il reste encore neuf mois avant la fin de l'année.

Lire aussi : Licornes : la French Tech cherche la bonne formule

L'autre enseignement intéressant de ces méga-levées est la montée en puissance des fonds français. Alors que 80% des levées de fonds de plus de 20 millions d'euros en 2018 ont été menées par des fonds étrangers (y compris Voodoo et Deezer), seul Doctolib a choisi un Américain en investisseur principal (General Atlantic). Ÿnsect, ManoMano et HR Path ont tous fait appel à des français, ce qui n'était pas le cas, par exemple, pour la dernière levée de ManoMano.

  • Ÿnsect a levé de l'argent auprès d'Astanor Ventures (détenu par un seul Français, Eric Archambeau, qui réalise là sa première opération), Bpifrance et Idinvest Partners.
  • ManoMano a choisi Eurazeo, Aglaé Ventures et Bpifrance.
  • HR Path a sollicité Andera Partners et un pool bancaire français.

Un top 10 déjà aussi impressionnant que celui de toute l'année 2018 !

Ce premier trimestre exceptionnel sera-t-il une anomalie ou marque-t-il de nouveaux records à venir ? S'il est trop tôt pour se prononcer, le deuxième trimestre débute très fort avec les deux méga-levées de ManoMano et de HR Path.

Le Top 10 2019 (au 5 avril)

  • 1. Doctolib (e-santé) - 150M€ - Investisseur principal : General Atlantic (USA)
  • 2. Ÿnsect (food tech) - 110M€ - Astanor Ventures (France)
  • 3. ManoMano (e-commerce) - 110M€ - Eurazeo (France)
  • 4. HR Path (RH) - 100M€ - Andera Partners (France)
  • 5. Wynd (retail) - 72M€ - BPCE (France)
  • 6. Mirakl (marketing) - 62M€ - Bain Capital Ventures (USA)
  • 7. Shift Technology (cyber) - 53M€ - Bessemer Venture Partners (USA)
  • 8. ContentSquare (marketing) - 52M€ - Eurazeo (France)
  • 9. Dental Monitoring (MedTech) - 45M€ - Vitruvian Partners (UK)
  • 10. Talentsoft (RH) - 45M€ - Goldman Sachs (USA) et Bpifrance (France)

Le Top 10 de l'année 2018

  • 1. Voodoo (jeu vidéo) - 171M€ - Investisseur principal : Goldman Sachs (USA)
  • 2. Deezer (streaming musical) - 160M€ - Kingdom Holding Company (Arabie Saoudite)
  • 3. BlaBlaCar (mobilité) - 101M€ - SNCF (France)
  • 4. Dataiku (big data) - 88M€ - Iconic Capital (USA)
  • 5. Evaneos (tourisme) - 70M€ - Partech (France)
  • 6. Ledger (fintech) - 61M€ - Draper Esprit (UK)
  • 7. OpenClassrooms (EdTech) - 51M€ - General Atlantic (USA)
  • 8. Recommerce (e-commerce) - 50M€ - Capzanine (France)
  • 9. Scality (cloud) - 49M€ - Harbert European Growth Capital (UK)
  • 10. Dynacure (BioTech) - 47M€ - Andera Partners (France)

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Commentaires
a écrit le 14/04/2019 à 12:29 :
En informatique il y a toujours des brèches , même avec le vpn , il y a pas de suivi mais les brèches existent toujours .
ce sont ces brèches là qui m’inquiète, tous ce qui touche la médecine il faut un autre statut : l’idée est la suivante :

Il est impossible de numériser le rapport thérapeutique avec son patient et manque de bol : la cpam devra faire des économies autrement .

Ce projet est une bombe à retardement , oui aux outils numériques pour soigner mais les informations sur les patients : il faut une sécurité optimale ( anti intrusion ) inutilisable par les assurances , employeurs ou autre
L’état ... par exemple ...

Ici c’est le serment d’Hippocrate qui est piétiné et enterré...
C’est vraiment l’alarme rouge....
a écrit le 14/04/2019 à 11:08 :
Ces modèles d’entreprises sont un réel danger de société en cas d’attaque malveillante sur les données personnelles des patients .
Des intrusions sur la vie privée des patients sont possibles .
Avant la présentation des licornes , il faut 100% de garantie sur les données personnelles des patients.
Si il y a rien qui est fait ça sera pire que le scandale qui a touché Facebook.
a écrit le 07/04/2019 à 20:26 :
Et vous auriez même pu ajouter Kyriba. Après tout, votre journal la désignait comme nouvelle licorne franco-américaine il y a qq jours à peine.
a écrit le 06/04/2019 à 11:51 :
Le e- santé d’un pays , pas normal que ce soit des «  investissements étrangers ... usa »

C’est une histoire d’éthique et de confiance .

Tout est fait pour les consommateurs perdent confiance à leur environnement.

J’ai pas envie que mes infos soit utilisés par des investisseurs américains, c’est mon choix non ?

Il faut un concurrent FR à Doctolib

100% Français avec sécurisation des données.
a écrit le 05/04/2019 à 15:05 :
la France cartonne : record du capital-risque, investissements étrangers au plus haut, réindustrialisation/leadership en Europe pour l'accueil des investissements industriels étrangers, dynamisme des levées de fonds dans les technologies vertes, recrutement de cadres/ingénieurs très dynamique, croissance qui résiste mieux, etc...
il va être de plus en plus compliqué d'embaucher (l'Hexagone a cependant de quoi attirer les étrangers).
et avec ce statut de locomotive, il va être très difficile de faire baisser le déficit commercial.
il faut demander aux autres pays de se rééquilibrer. on peut toujours rêver.
Réponse de le 05/04/2019 à 16:02 :
oui demander aux autres pays de taxer comme en France, d'accroître leur endettement comme en France, créer du chômage comme en France, battre des records de dépenses publiques comme en France et avoir une croissance de ...............1.4% QUELLE LOCOMOTIVE, voir les chiffres des années antérieures des autres pays européens,..même avec 5% on serait encore à la traîne, tchou tchou train...GAG sans doute de gfx???
Réponse de le 06/04/2019 à 9:13 :
Croissance à 1,4 ?
Vous avez oublié de prendre en compte l’inflation dans ce chiffre... on est plutôt à -0,3 si on considère une inflation à 1,7... bref, c’est la récession.
a écrit le 05/04/2019 à 15:00 :
Pendant ce temps, les gilet jaunes pleurent Florange et Whirlpool et croivent tout connaitre a l'economie.

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