French Tech Visa et Tremplin : la France en quête de nouveaux talents dans la tech

Une brochette de ministres a annoncé mercredi 7 juillet l'amplification de deux programmes de la Mission French Tech : Visa et Tremplin. Le premier vise à attirer les talents étrangers en France plus facilement via le lancement d'une plateforme leur simplifiant les démarches administratives, tandis que le deuxième veut ouvrir le milieu de la tech aux entrepreneurs issus de la diversité sociale et culturelle. Explications.
Sylvain Rolland

6 mn

Cédric O, le secrétaire d'Etat à la Transition Numérique.
Cédric O, le secrétaire d'Etat à la Transition Numérique. (Crédits : DR)

Les entreprises technologiques le savent : les talents sont le nerf de la guerre. Dans un secteur du numérique sous tension et soumis à une compétition internationale, où des dizaines de milliers d'emplois restent à pourvoir, tous les profils manquent à l'appel : les ingénieurs et autres data scientists bien sûr, mais aussi des commerciaux, des techniciens, des cadres de direction... Or, paradoxalement, la tech se prive de nombreux talents : les femmes et les personnes issues de la diversité sociale et culturelle y sont largement sous-représentées, et l'image de la France, encore trop perçue à l'international comme un enfer administratif, rend difficile le recrutement des talents du monde entier dans les startups de la French Tech, qui sont aujourd'hui près de 20.000 et qui se développent à grande vitesse, comme l'a montré un premier semestre 2021 exceptionnel pour les levées de fonds.

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"Welcome to la French Tech", le recrutement simplifié pour les talents étrangers

Le gouvernement, représenté par Franck Riester (ministre délégué en charge de l'Attractivité), Marlène Schiappa (ministre déléguée en charge de la Citoyenneté) et Cédric O (secrétaire d'Etat à la Transition numérique), a donc inauguré mercredi 7 juillet à Station F une plateforme intitulée "Welcome to la French Tech". Son but : attirer davantage de talents internationaux sur le territoire français grâce à une interface unique et simplifiée, censée faciliter leurs démarches d'information et d'immigration.

Pilotée par la Mission French Tech et annoncée lors du dernier jour de sa directrice Kat Borlongan cette plateforme s'inscrit dans la continuité du Visa French Tech lancé en 2019, qui propose un titre de séjour pluriannuel simplifié pour les talents étrangers. Franck Riester a souligné que, grâce à la plateforme "Welcome to la French Tech", des programmes individualisés pourront être mis en place pour les candidats à l'immigration en France, avec des référents dédiés dans les préfectures chargés de faire le lien avec le gouvernement, d'améliorer les délais pour les demandes administratives et d'aider à l'intégration des nouveaux arrivants.

Leurs dossiers sont directement mis "au-dessus de la pile", a confirmé Marlène Schiappa.

"Ce qu'il fallait, c'était créer des conditions économiques, des conditions d'accueil, pour qu'un étudiant ait le choix entre aller à la Silicon Valley, à Londres ou à Paris. Et qu'aller à Paris ne l'oblige pas à baisser ses exigences et ne le condamne pas à une carrière qui soit moins intéressante ailleurs", a complété Cédric O.

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Des moyens renforcés pour French Tech Tremplin

L'autre annonce tech du jour, réalisée le matin à la pépinière d'entreprise La Miel à La Courneuve, concerne l'amplification d'un autre programme de la Mission French Tech : French Tech Tremplin. La deuxième promo accueillera 500 entrepreneurs pour le volet "Prépa", c'est-à-dire six mois pour les aider à structurer leur projet. 300 d'entre eux seront acceptés pour une phase d'incubation d'un an, en lien avec des incubateurs partenaires et le réseau des Capitales French Tech. Programme le mieux financé de la Mission French Tech, Tremplin bénéficiera d'un budget de 25 millions d'euros sur deux ans pour sa saison 2, soit 10 millions de plus que pour la saison 1. Loin, donc, des 1,5 million d'euros de la version "brouillon" de cette initiative, le programme French Tech Diversité, lancé par Mounir Mahjoubi en 2017 mais manquant cruellement d'ambition.

Le programme Tremplin, symbole du numérique inclusif que souhaite promouvoir le gouvernement, vise à rendre le milieu de la tech plus ouvert à d'autres profils que le fameux "mâle blanc sur-diplômé", l'archétype de l'entrepreneur avec 91% des startups fondées par au moins un homme entre 2008 et 2019, d'après un baromètre de l'association Sista, qui mesure la place des femmes dans la tech. Et si les femmes sont très minoritaires, la diversité sociale et culturelle l'est encore plus.

"L'entrepreneuriat n'a pas de couleur de peau ou d'origine sociale, en théorie tout le monde peut le faire, mais en pratique il faut maîtriser des codes sociaux et des réseaux pour réussir, savoir où frapper pour obtenir de l'aide, a détaillé Elisabeth Moreno, la ministre déléguée à l'égalité entre les femmes et les hommes. Et de poursuivre "offrir à des gens différents la possibilité d'entreprendre, c'est aussi amener des idées nouvelles".

Présent sur scène à ses côtés, Cédric O, le secrétaire d'Etat à la Transition numérique, voit Tremplin comme un programme qui permet à ceux qui ne sont pas favorisés par leur origine sociale, de "gagner du temps et d'obtenir les mêmes atouts que ceux qui ont fait les grandes écoles, c'est-à-dire le réseau et les codes sociaux".

Effectivement, malgré l'existence de nombreuses aides pour entreprendre, il est aujourd'hui extrêmement difficile de lancer sa startup sans bénéficier, pendant quelques mois ou quelques années, d'un matelas financier, généralement issu d'économies personnelles et d'argent donné par la famille, appelé "love money" dans le jargon. C'est la première des inégalités : les personnes issues d'un milieu défavorisé ne peuvent pas compter sur cette ressource quasi-indispensable. La deuxième inégalité est l'accès au réseau, crucial pour un bon accompagnement et pour faire décoller le business en rencontrant des personnes stratégiques. Là encore, les catégories socio-économiques défavorisées et les personnes qui n'ont pas fait de grandes écoles ne peuvent pas aller frapper à autant de portes pour obtenir de l'aide.

Le French Tech Tremplin s'adresse donc aux habitants des quartiers prioritaires, aux réfugiés, aux bénéficiaires de minima sociaux et aux étudiants boursiers qui souhaitent devenir entrepreneurs. Le programme peut également accueillir des personnes cooptées par une de ses associations partenaires (parmi lesquelles Techfugees et Simplon.co).

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Sylvain Rolland

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Commentaires 5
à écrit le 10/07/2021 à 8:22
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Ouais c'est surtout Welcome to la French Tax... Avec notre record d'impots faut etre debile pour choisir la France comme destination pro..

à écrit le 09/07/2021 à 5:06
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Avec ce bras casse, c'est pas gagne. Pourquoi ne vient-il pas faire un stage au pays de ses ancetres, il y gagnerait, d'abord en apprenant le langage local, et puis la rigueur, ce qui lui manque indubitablement. Petit macronoeux.

à écrit le 09/07/2021 à 0:15
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On a compris le message, les talents français étant "trop" chers alors le marché aux e-slaves est ouvert...

à écrit le 08/07/2021 à 21:24
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.... pour mieux les revendres à des fonds chinois ou américains : principe de base de la startup tricolore.

à écrit le 08/07/2021 à 19:58
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"Le premier vise à attirer les talents étrangers en France plus facilement via le lancement d'une plateforme leur simplifiant les démarches administratives" 1) Qu'ils commencent à faire la même chose pour les français !!!! "tandis que le deuxièm...

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