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La GovTech, une opportunité sous-exploitée pour moderniser les services publics

Photo de Sylvain Rolland

Sylvain Rolland

Publié le 18 novembre 2019 à 06:40

En France, la GovTech patine malgré un vrai potentiel.

En France, la GovTech patine malgré un vrai potentiel.

BNP Paribas

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Les startups et les PME innovantes ne récupèrent que 2% du montant de la commande publique, soit à peine 4 milliards d'euros sur les 200 milliards que les acteurs publics dépensent tous les ans auprès des entreprises privées. De nombreux freins - législatifs, culturels - restent encore à lever pour que les startups aident mieux l'État à créer des services publics mieux adaptés aux attentes des citoyens.

Encore un paradoxe français : l'État dépense des milliards d'euros pour soutenir l'innovation et érige la startup nation en modèle de société... mais il travaille très peu lui-même avec les startups. Or, qui n'a jamais pesté contre les nombreuses aberrations dans le fonctionnement de certains services publics, ou été abasourdi par la complexité des démarches administratives ?

"Loin de tout dématérialiser, les outils numériques sont surtout une opportunité pour l'État d'améliorer, de simplifier et d'optimiser son propre fonctionnement pour créer des services publics plus adaptés et plus efficaces pour les citoyens", plaide Axelle Lemaire, ancienne secrétaire d'État au Numérique reconvertie dans le conseil chez Roland-Berger.

Orienter l'innovation au service des citoyens, c'est le principe de la GovTech, contraction de "gouvernement" et "technologie". C'est un sous-secteur de la tech à part entière, dont le marché est évalué à plus de 100 milliards de dollars pas an aux États-Unis.

En France en revanche, la GovTech patine malgré un vrai potentiel. Lors de la deuxième édition du Sommet des GovTech, qui s'est tenu à Paris mercredi 14 novembre, l'incubateur et fonds d'investissement Public a publié, avec Roland-Berger, le premier panorama de la GovTech en France. Avec deux constats : de nombreuses startups travaillent ou auraient vocation à travailler avec le secteur public, mais les freins à cette collaboration - juridiques, culturels - sont encore trop nombreux. Car les chiffres de la commande publique sont sans appel : si les acteurs publics dépensent 200 milliards d'euros par an auprès des entreprises, à peine 2% de cette somme, soit 4 milliards d'euros, revient aux startups et aux PME innovantes, d'après l'Observatoire économique de la commande publique. Or, Roland-Berger et Public évaluent le marché français à 16 milliards d'euros en 2019, ce qui représenterait le quadruple de la somme actuellement allouée et 8% de la commande publique.

Tous les domaines de l'action publique peuvent être améliorés

Pourtant, lorsque les acheteurs publics - l'État, les ministères, les organismes de protection sociale, les collectivités locales, les universités, musées, ports, aéroports ou encore les établissements publics de santé - font appel aux GovTech, les bénéfices se font sentir en matière de qualité du service.

Icône de la French Tech, la licorne Doctolib est une GovTech depuis qu'elle a signé, en juillet 2016, un partenariat avec l'AP-HP pour organiser la prise de rendez-vous médicaux dans l'hôpital public. Cette collaboration a permis, selon l'AP-HP, une meilleure attractivité de l'hôpital public et de ses offres de soins, une augmentation du nombre de rendez-vous - donc du chiffre d'affaires - et une diminution de 8% des "no show", ces rendez-vous que les patients n'honorent pas.

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"Toute startup qui fait affaire avec le secteur public peut être considérée comme une GovTech. C'est à la fois un levier de modernisation pour l'État et une source pérenne de revenus que beaucoup de startups négligent", relève Axelle Lemaire.

Parmi celles qui ont réussi à percer la muraille de Chine figurent 14 pépites du Next40, l'indice créé par le gouvernement pour promouvoir le meilleur de la French Tech. Ainsi, l'application de travail collaboratif Klaxoon fournit aussi bien le secteur privé que le public, tandis que Vade Secure est employée pour sécuriser les messageries électroniques de certaines universités et collectivités locales. Les solutions de diagnostic à distance de Bioserenity s'imposent progressivement dans certains centres de santé publics, tandis qu'OVH héberge une partie des serveurs de l'État et qu'OpenClassrooms aide Pôle Emploi à former des milliers de demandeurs d'emploi aux nouveaux métiers.

De manière générale, les startups de la GovTech peuvent grandement aider le secteur public à moderniser son fonctionnement et ses services pour tout ce qui concerne l'éducation (Moocs, jeux éducatifs...), la santé (gestion et pilotage d'outils médicaux, téléconsultation...), la ville intelligente (meilleure gestion de l'énergie et de la signalétique urbaine...), les nouvelles mobilités, la démocratie (plateformes de consultation citoyenne pour les collectivités...), la police et les secours (drones pour aider les pompiers et les forces spéciales), ou encore la gestion des ressources humaines, qui représente un budget majeur pour l'État. Au total, l'État compte 130.000 acheteurs publics.

Trop de barrières pour les startups, pas assez de soutien politique

Le potentiel est donc immense. Mais dans la réalité, "les entreprises qui développent les technologies les plus innovantes ont souvent du mal à travailler avec le secteur public", relève Alexander de Carvalho, cofondateur de l'incubateur Public. La faute revient en premier lieu à un cadre réglementaire peu adapté. De par leur nature, les startups n'ont pas les ressources pour gérer la complexité des appels d'offres ni le temps de patienter de longs mois avant d'obtenir une réponse.

En 2018, l'État a facilité un peu les choses en relevant le seuil à partir duquel un appel d'offres est obligatoire pour les achats innovants, qui est passé de 25.000 euros à 100.000 euros. "Bien que salutaire, cette expérimentation n'est prévue que pour trois ans. Elle doit être pérennisée car son côté provisoire génère une grande frilosité des acteurs publics, qui craignent le risque de contentieux", milite Marie-Barbe Girard, co-autrice du rapport, qui insiste par ailleurs, parmi quinze propositions, sur la nécessité de simplifier le code des marchés publics, notamment en "saucissonnant" les offres pour que davantage de petits acteurs puissent se positionner.

Le rapport pointe également la nécessité d'un "changement de culture" au sein de nombreux organismes de l'État. "La fonction d'acheteur public est un métier de l'ombre, il devrait au contraire être considéré comme stratégique pour à la fois réduire les coûts et aussi favoriser l'innovation, ce qui n'est pas assez le cas aujourd'hui", déplore Axelle Lemaire. En plus de former les agents, les auteurs du rapport affirme qu'un vrai portage politique de la GovTech est indispensable, avec une "gouvernance bien définie" pour mieux "ancrer" le recours aux startups dans la culture de l'administration.

Enfin, le rapport appuie également la nécessité de créer, en France, un véritable écosystème GovTech.

"La difficulté de la GovTech est que les startups qui travaillent avec l'État évoluent dans plein de secteurs différents et travaillent aussi avec le privé. Si l'État organisait l'écosystème, en travaillant avec la Mission French Tech parmi d'autres acteurs, cela aiderait les startups à tenter de pénétrer la forteresse de l'État et cela accélérerait le mouvement", ajoute l'ancienne secrétaire d'État.

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Cela ne serait pas du luxe. Aujourd'hui, 69% des startups GovTech françaises estiment qu'il est "plus difficile" de travailler avec le secteur public qu'avec le secteur privé, et six startups sur dix estiment qu'il est "extrêmement difficile" de répondre à un appel d'offres.

Sylvain Rolland

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