Alors qu'un fossé infranchissable semble séparer républicains et démocrates au point que certains commentateurs estiment que l'Amérique n'a pas été aussi divisée depuis la guerre de Sécession, un improbable compromis a été trouvé jeudi au Congrès. Le patron de Twitter, Jack Dorsey, celui de Facebook, Mark Zuckerberg, et celui de Google, Sundar Pichai, ont réussi l'exploit de mettre d'accord les deux factions politiques... contre eux. Lors d'une audience qui s'est étalée sur près de six heures, les membres du Congrès américain, démocrates comme républicains, ont tour à tour affirmé que la façon dont Google, Facebook et Twitter géraient la désinformation en ligne était très insatisfaisante, et que des mesures politiques fortes devaient d'urgence être mises en œuvre pour corriger le tir.
Les dirigeants des trois entreprises parmi les plus puissantes de la Silicon Valley étaient invités à témoigner par visioconférence devant le Comité de l'énergie et du commerce (qui fait partie de la Chambre des représentants) sur les efforts déployés pour combattre la circulation des fausses informations. Les échanges se sont parfois avérés houleux, alors que l'attitude adoptée par nombre de représentants oscillait entre la fermeté, l'agacement et l'hostilité assumée.
Cette atmosphère quelque peu électrique, couplée au fait que cinq minutes seulement étaient accordées à chaque politique pour interroger les trois dirigeants, n'a pas toujours favorisé des échanges productifs. De nombreux représentants se sont ainsi obstinés à poser des questions extrêmement complexes tout en exigeant que leurs interlocuteurs répondent par oui ou par non, avant de s'énerver et de leur couper la parole lorsque ceux-ci tentaient de formuler une réponse nuancée.
Une attitude dont Jack Dorsey s'est gaussé sur sa page Twitter, publiant pendant la séance un sondage sibyllin avec un point d'interrogation pour seule question, auquel ses fans étaient invités à répondre par oui ou par non. D'autres échanges se sont cependant avérés plus fructueux, et la séance a permis de dégager quelques grands sujets qui vont sans doute occuper les régulateurs durant les mois à venir.