La fièvre acheteuse de Drahi ne va pas retomber

Auditionné par la commission des affaires économiques du Sénat, le patron d’Altice (maison-mère de SFR en France) a déclaré vouloir se développer davantage aux Etats-Unis.
Pierre Manière

3 mn

Patrick Drahi, le patron d'Altice, maison-mère de Numericable-SFR.
Patrick Drahi, le patron d'Altice, maison-mère de Numericable-SFR. (Crédits : Reuters)

Si le marché français demeure sa priorité, il s'y trouve un chouïa à l'étroit. Auditionné mercredi par la commission des affaires économiques du Sénat, Patrick Drahi a affiché sa volonté de se développer davantage aux Etats-Unis. Après avoir racheté les opérateurs américains Suddenlink et Cablevision (dont le closing est attendu d'ici peu), le magnat des télécoms et des médias ouvre ainsi clairement la porte à de nouvelles acquisitions au pays de l'Oncle Sam.

Après s'être offert moult opérateurs et groupes de médias ces derniers temps (dont SFR et Portugal Telecom en 2014), Patrick Drahi n'a donc pas dit son dernier mot sur le front des acquisitions. Finalement, n'ayant que faire des critiques, il reste fidèle à sa philosophie : pour lui l'objectif premier d'une entreprise est de grandir. Continuellement. Au point qu'une pause, même brève, semble presque relever du camouflet. « La seule façon de créer une entreprise pérenne, c'est de la développer », dit-il souvent. Et tant pis si cela doit encore alourdir sa dette colossale, qui s'élève désormais à plus de 50 milliards d'euros.

Une marge de manœuvre aux Etats-Unis

Pourquoi se focalise-t-il sur les Etats-Unis ? Parce qu'il y dispose, selon lui, d'une marge de manœuvre qu'il n'a pas ailleurs. Devant les sénateurs, il s'est fendu d'une petite démonstration :

« Pour vous donner des ordres de grandeurs, en France, on a en valeur à peu près 30% du marché des télécoms. Car c'est un marché de l'ordre de 40 milliards [d'euros, Ndlr], et on en fait 11 milliards. Et aux Etats-Unis, nous allons faire un peu plus de 9 milliards [de dollars], mais nous n'aurons que 2% du marché. »

Sous ce prisme, le marché américain apparaît, à ses yeux, comme une terre de conquête privilégiée :

« Bien évidemment, la France, c'est ma priorité puisque c'est de là que je suis parti. Mais en termes d'expansion de mon groupe, il va être difficile pour moi de passer de 30% à 50% [de part de marché]. Même si je travaille très, très, très bien, je vais passer de 30 à 32%. Je vais gagner 2% de part de marché, sur un marché de 40 milliards, ça fait 800 millions... Alors qu'aux Etats-Unis, il me paraît plus facile de passer de 2% à 10% [de part de marché]. Et les 8% [gagnés] en question? Eh bien c'est 40 milliards, c'est-à-dire tout le marché français des télécoms. »

Continuer à se développer

Mais alors, quand Patrick Drahi compte-t-il repartir à l'offensive outre-Atlantique ? A l'en croire, d'ici peu :

« Je pense que quand on aura montré ce que nous savons faire aux Etats-Unis, c'est-à-dire dans un an ou deux maximum, on [aura davantage la stature] internationale pour nous permettre de continuer à nous développer bien sûr en France, mais aussi dans le reste du monde. »

Sachant que, pour mémoire, Patrick Drahi a été contraint de lever le pied sur ses emplettes dans les télécoms juste après l'annonce de son rachat de Cablevision en septembre dernier. Après avoir souffert de conditions plus difficiles sur le marché du crédit pour financer cette acquisition, le titre d'Altice a dégringolé en Bourse. Ce qui a poussé Dexter Goei, le DG d'Altice, à déclarer à la presse que groupe ferait une « pause » dans ses achats.

Pierre Manière

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Commentaires 8
à écrit le 09/06/2016 à 10:25
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Drahi, le "citizen Kane" des Médias ! Tout comme le personnage joué par Orson Wells, Drahi atteindra tôt ou tard le plafond de verre de l'état limite due à sa mégalomanie. Tant de possessions n'est il pas la sublimation de l'objet transitionnel pour ...

à écrit le 09/06/2016 à 7:53
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lol. le marché us n'a aucun interet et est mature. en revanche en asie eurasie afrique il existe des groupes en nbre d'abonnés bientot equivalents à orange et sortis de nulle part... il raconte n'importequoi

le 09/06/2016 à 18:25
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Ta raison. Il raconte n'importe quoi. En plus il le démontre tous les jours. Ce mec ne fait que des conneries... rien ne marche... d'ailleurs, et toi ? tu en es ou de ta stratégie internationale ? ;-)

à écrit le 09/06/2016 à 0:39
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Faut faire attention à ce que l'effet de levier ne deviennent pas un effet de massue . Et le risque est que le groupe fasse faiilite suite à cette fièvre acheteuse un peu comme Vivendi et son patron de l'époque (qui rêvait aussi d'un puissant groupe ...

à écrit le 08/06/2016 à 23:56
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Ce qui est cool c'est qu'on sait comment ca va finir (mal) et pourtant c'est sympa a regarder. Pas grave pour lui, on sait ou il ira se réfugier.

à écrit le 08/06/2016 à 18:18
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Les Etats Unis , seulement 3-4 gros opérateurs ( ATT, Verizon , T-Mobile, Charter ) pour 350 millions d'habitants (contre une vingtaine en Europe) peuvent sauver Drahi, car les prix des abonnements y sont beaucoup beaucoup plus élevés ! En France ...

à écrit le 08/06/2016 à 15:52
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Qui Ki Va lui prêter le Pognon pour les prochains Coups ????

à écrit le 08/06/2016 à 15:41
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tout cela va mal finir... enfin j'espère que les prêteurs à ce kamikaze ne sont pas des banques françaises

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