LA TRIBUNE- Comment analysez-vous la gestion des budgets des villes et pays hôtes des Jeux olympiques d'un point de vue historique ? Les dépassements de coûts, dont les jeux de Sotchi ou encore de Pékin ont notamment été l'illustration, sont-ils systématiques ?
WLADIMIR ANDREFF- Les coûts des Jeux olympiques sont presque systématiquement dépassés depuis très longtemps, à commencer par les Jeux olympiques d'hiver de Grenoble en 1968, avec un déficit de 87 millions de francs, mais aussi ceux d'Albertville en 1992, pour ce qui concerne la France. Dans les deux cas, il y avait une dette. Mais le pire cas, c'étaient les JO de Montréal en 1976, puisqu'ils ont laissé un déficit d'1 milliard de dollars et que la dette n'a été remboursée qu'en 2006. Nous pouvons aborder cette question du dépassement des coûts sous deux angles de vue : soit on se réfère à la politique d'attractivité des grands événements internationaux par les autorités, soit à celle du Comité international olympique (CIO) quant aux modalités d'attribution des Jeux aux villes candidates. Pour le premier, il y a deux moments importants dans l'évaluation des coûts : d'abord, le dossier de candidature. Puis, le coût véritable, à l'ouverture des Jeux. La différence entre les deux constitue le taux de dépassement des coûts. Pour les Jeux de Paris 2024, d'après les dernières données de la Cour des Comptes (2022), nous avions déjà dépassé les coûts de 31 %, en passant d'un peu plus de 6 milliards à environ 8 milliards d'euros, principalement sur la partie des investissements. Pour les jeux de Pékin, les coûts étaient 12 fois plus élevés. Pour ceux de Sotchi, quatre fois plus.
CHRISTOPHE LEPETIT- La France a notamment la chance d'avoir la Cour des Comptes pour mettre en place des procédures de suivi et de contrôles réguliers pour réviser les projets et documenter, chemin faisant, les potentiels dépassements. Cela met une forme de pression pour respecter les budgets et justifier les dépassements. C'est ce qui nous prémunit, un peu, d'une explosion totale et incontrôlée des coûts.