Au Medef, le libéralisme de François Fillon convainc mais ne séduit pas

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L'ex-Premier ministre s'est présenté hier aux Universités d'été du MEDEF pour tenter de séduire l'électorat patronal sur fond de propositions pro-entreprises.
L'ex-Premier ministre s'est présenté hier aux Universités d'été du MEDEF pour tenter de séduire l'électorat patronal sur fond de propositions pro-entreprises. (Crédits : Reuters)
L'ancien Premier ministre a passé son Grand Oral devant les patrons du Medef mardi après-midi. Une opération séduction pour le candidat à la primaire des Républicains qui a insisté sur le caractère libéral de son programme économique.

"Je suis le candidat de la liberté", a martelé François Fillon. L'ambiance, en ce mardi après-midi aux Universités d'été du MEDEF sur le campus de HEC à Jouy-en-Josas (Yvelines), avait tout d'un examen de passage pour le candidat à la primaire de la droite et du centre. En une trentaine de minutes, l'ancien Premier ministre a tenté de convaincre le jury patronal avec nombre de propositions pro-entreprises. Mais a-t-il seulement réussi à emporter les cœurs?

L'examen de passage façon Medef

Ce n'est plus une surprise, à quelques mois des élections présidentielles, le Medef a décidé de faire de ses Universités d'été "the place to be" des candidats à la présidentielle. François Fillon hier, Bruno le Maire, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé aujourd'hui et même Emmanuel Macron en fin d'après-midi, dont on ne sait pas s'il viendra se présenter en tant qu'ex-ministre de l'économie ou dans la peau de futur candidat à la présidence de la République.

Dans ce contexte, le syndicat patronal a décidé de mettre en place un véritable examen de passage pour chacun des candidats. D'abord une minute trente de présentation suivie d'une quinzaine de minutes de questions par des chefs d'entreprises et enfin deux dernières minutes pour convaincre la salle. Un grand oral en somme, destiné à placer l'entreprise et l'économie au cœur de la prochaine campagne présidentielle.

François Fillon prône une grande vague de liberté

Bien conscient de l'enjeu de son intervention, François Fillon n'a donc pas hésité à habiller ses propos d'un mot clé: liberté. Il a tenu à rappelé qu'il avait bien conscience de l'exaspération des entreprises françaises face à la politique de François Hollande, et il s'est engagé à "donner une liberté totale aux entreprises" s'il est élu. Prenant à rebours l'étatisme typiquement français, François Fillon a même affirmé sa volonté de "sortir l'Etat de toute une partie de la sphère économique".

L'efficacité fût un autre des maîtres mots de son intervention. Le candidat à la primaire des Républicains a exprimé sa volonté de réformer vite et "sans crainte de l'affrontement". Il a également appelé à un gouvernement réduit à quinze ministres, lesquels devront être connus de tous et pour certains "issus de la société civile car le système politique doit être rénové". On pourrait donc s'attendre à ce que François Fillon dévoile assez vite les noms de ses éventuels ministres en cas de victoire en mai 2017.

Une batterie de mesures en faveur de l'entreprise

L'ex-Premier ministre n'a pas hésité non plus à affirmer qu'il faut "supprimer la durée légale du temps de travail, qui n'est plus la référence aujourd'hui". Critiquant les 35 heures qui ne sont plus adaptées au monde actuel, il en a appelé à des négociations au sein de chaque entreprise. François Fillon a également rappelé son attachement à la création d'un vrai statut de travailleur indépendant sur le modèle du statut actuel d'auto-entrepreneur, ce qui, selon lui, permettra de "développer l'emploi et d'amorcer une nouvelle relation au travail".

Sur le plan fiscal et budgétaire, le candidat républicain a exprimé sa volonté d'accorder s'il est élu 50 milliards d'euros de baisse de charges et d'impôts sur les entreprises et de supprimer l'ISF (Impôt Sur la Fortune) afin de relancer l'économie. "La France doit être un pays de plein emploi", a martelé l'ex-Premier ministre qui souhaite aussi fusionner toutes les aides sociales en une seule.

Un candidat qui convainc mais ne persuade pas

Mais force est de constater que lorsqu'il fût interrogé sur l'économie numérique et son influence sur l'environnement économique actuel, François Fillon est resté bien évasif voire déstabilisé, comme s'il n'avait pas encore réfléchi à ce secteur d'avenir. C'est un ex-premier ministre au discours assez "classique" et bien loin de la modernité espérée qui s'est finalement présenté devant les patrons, s'appliquant à calquer son discours sur les revendications principales du MEDEF.

Or, en cela, il a aussi échoué à dessiner un projet économique digne de ce nom, moderne, progressiste, anticipant les mutations, bref un projet séduisant. Pour son mot de la fin, on aurait espéré un peu d'audace, un soupçon d'originalité, mais non, François Fillon s'en est tenu au désormais très banal "Liberté". Le candidat de droite a donc convaincu les esprits mais n'a pas encore persuadé les cœurs. Plus que deux mois pour opérer cette transition.

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Commentaires
a écrit le 04/09/2016 à 11:06 :
Pourquoi ne pas mettre les systèmes déficitaires comme les caisses de retraites des agriculteurs sur les caisse de retraites des politiques au lieu du régime général avant les élections
a écrit le 02/09/2016 à 12:25 :
le Medef ne représente qu'une petite partie des entreprises , même si son poids économique est très important . Ses représentants sont pour beaucoup des gestionnaires d'entreprises ( souvent issus de parcours passant par la haute fonction publique ) et non pas des entrepreneurs .
l'interventionnisme de l'Etat dans la sphère économique convient à leurs situations personnelles , tous protégés d'un exit brutal quelque soit leur performance de dirigeant .
aussi l'annonce d'un moins d'Etat par Fillon ne les rassure pas du tout .
par ailleurs , toutes les grandes entreprises savent qu'elles ont plus à perdre d'une réforme d'ampleur du code du travail et de la fiscalité générale applicable aux entreprises , car les exonérations diverses d'impôts et charges dont elles bénéficient ,ainsi que leurs pratiques de gestion du "consensus syndical " seraient remises en cause , dans un contexte d'exigence de contrôle et transparence financiers renforcés .
Réponse de le 15/09/2016 à 8:17 :
Entièrement d'accord, en précisant que l'actuel MEDEF est l'héritier direct des CNPF (famille Ceyrac), etc, en remontant jusqu'aux Comité des Forges et C. des Houillières (familles Wendel, Laurent, etc.). Rien que du "gros linge", à mille lieues du cœur réel des entreprises françaises, véritables "prolétaires détachés" de la production nationale. Je sais, j'en viens. Quant au "consensus syndical", il est rendu du style germanique: compter les survivants et négocier le poids des entraves!
a écrit le 01/09/2016 à 5:52 :
Avoir des idées bien mais qui n'en a pas??? M. Fillon n'est pas crédible si ces convictions économiques avait un air de gouvernance il aurait sous le précédent quinquennat démissionné hors il fait tout le contraire il mis le maximum d'efforts pour rester quitte à se prendre la remarque de collaborateur. Je note également comme le gouvernement actuel son imagination sans limite pour le matraquage fiscal et son invention la aussi sans limite pour les taxes. Enfin ce Monsieur n'est pas sérieux car d'un côté son femme est élue dans al Sarthe et lui à Paris pas très sérieux en terme de domiciliation. oui encore un profiteur aps un homme d'Etat sans référence d'ailleurs au sein ou à la tête d'une Entreprise. Il est ce de cette caste qui ne vit que de politique depuis des décennies à occuper des postes ministériels à la pelle aucun dans lequel il a brillé. Avec en prime un homme qui a cherché toute sa vie politique un chemin un coup avec paul un cout avec pierre une sorte de girouette avec ce côté insipide tellement loin de la réalité des citoyens un homme 100 pour cent salons politiques. Certainement un bon beni oui oui pas la trempe d'un chef d'Etat.
a écrit le 31/08/2016 à 17:29 :
Mr Fillon est excellent et sérieux, quoique qu'on en dise, toutefois, j'aimerais que dialogue s'approfondisse vers la CGPME,les Artisans et le CJD toujours en avance sur les idées.
Ils représentent tous le véritable visage de l'entreprise en France.
a écrit le 31/08/2016 à 12:02 :
Défendre la Liberté, première valeur de la République, n'est ni être libéral ni suivre la doctrine économique du laisser faire. En matière d’économie numérique, appelée nouvelle économie par Greespan dès 1993, L'Etat a beaucoup à dire, mais bien peu à faire. Elle défie tous ses moyens de contrôle, elle est mondialisée, sans frontière, peut devenir souterraine (cryptologie) et atomisée (blockchain).
a écrit le 31/08/2016 à 11:41 :
J'ai assisté à cette prestation en direct, sur internet. Je ne rejoins pas le commentaire de Monsieur Méheut. Fillon a été, comme d'habitude, excellent. Cela n'a échappé à aucun participant, l'assistance l'ayant très généreusement applaudi. Aucun candidat, jusqu'à présent, ne met autant l'accès que lui sur le fait qu'aucune économie du train de vie de l'état ne sera possible si parallèlement l'état ne s'abstient pas de réglementer dans le détail chaque aspect de la vie des entreprises et des citoyens. C'est cette envie de réduire la sphère de l'état qui inquiète tant les commentateurs des médias et les incitent à déprécier systématiquement les propositions de Fillon.
a écrit le 31/08/2016 à 9:47 :
Il faut proposer : une réforme fiscale pour basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique; l'application de la transition énergétique; le financement par l'énergie du temps de travail disponible. Et prévoir une allocation compensatrice. Tout ça est à développer.
a écrit le 31/08/2016 à 9:33 :
Fillon a ete 5 ans premier ministre de Sarko. donc au dela des discours, on voit tres bien ce qu il fera s il est elu. la meme chose que ce qu il fit en tant que premier ministre. Ceci est d ailleurs aussi valable pour Juppe, qui sera un Chirac bis.

Comment des gens ayant echoue osent se presenter ?
Réponse de le 31/08/2016 à 23:38 :
Comment pouvez vous dire cela? Un president decide de la politique a suive, pas un premier ministre. Au contraire Fillon president fera bcp plus que quand il etait 1er ministre de Sarkozy car il sera libere de celui ci.
a écrit le 31/08/2016 à 9:22 :
Le vrai libéral imposera l'arrêt immédiat des subventions étatiques aux actionnaires milliardaires et aux multinationales, ce n'est donc pas demain la veille que nous en verrons un.
a écrit le 31/08/2016 à 8:51 :
Comment cet ancien premier ministre pourrait il faire preuve d'originalité ? alors que pendant 5 ans - 5 ans , il n'a pas eu une idée ....appliquée .
a écrit le 31/08/2016 à 8:47 :
Justement, c'est l'aspect examen de passage qui pose question...

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