Un taux d'emploi record pour les seniors et marqué par la précarité

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Les 55-64 ans ont 1,5 fois plus de chances de travailler à temps
partiel que les 30-54 ans.
Les 55-64 ans ont 1,5 fois plus de chances de travailler à temps partiel que les 30-54 ans. (Crédits : Reuters)
[Graphiques] Si le taux d'emploi des seniors (55-64 ans) a augmenté de 15 points depuis 2003, cette progression s'est également accompagnée d'un fort recours au temps partiel et d'une dégradation de l'état de santé de cette catégorie d'actifs sur le marché du travail.

Le marché du travail semble s'améliorer pour les seniors. D'après le dernier tableau de bord sur l'activité des personnes âgées de 55 à 64 ans du ministère du Travail (Dares) publié il y a quelques jours, le taux d'emploi de cette catégorie a atteint des sommets. A la fin du second trimestre, il s'élevait à 50,3%, un record depuis le premier trimestre 2003.

Bien que la plupart des débats sur le front de l'emploi se focalisent souvent sur le taux de chômage trimestriel publié par l'Insee et le nombre de demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi, le taux d'emploi (*), bien moins médiatisé, affiche des résultats bien plus spectaculaires. Pour l'économiste André Zylberberg,"le taux d'emploi est un indicateur plus pertinent [...] Celui-ci donne une bonne indication du potentiel productif d'un pays, puisqu'il mesure les capacités humaines mobilisées pour la production de biens et services. De son côté, le taux de chômage est plus un indicateur du déséquilibre du marché du travail. Il faut le considérer comme complémentaire du taux d'emploi".

> Lire aussi : Le taux d'emploi atteint un record en France

Un taux d'emploi record

Les créations d'emploi dans le secteur privé et le secteur public ont particulièrement profité aux personnes les plus âgées ces dernières années. Le taux des 55-64 ans est celui qui a le plus progressé entre le premier trimestre 2003 et le deuxième trimestre 2017. À l'inverse, celui des 25-49 ans a légèrement diminué sur la même période et celui des 15-24 ans est celui qui a le plus chuté passant de 25,5% à 21,3%.

(Les derniers chiffres de l'Insee sont provisoires. C'est pourquoi ils diffèrent légèrement de ceux du ministère du Travail publiés récemment. Chiffres prenant en compte les actifs à temps complet.)

Cette forte hausse du taux d'emploi des seniors s'explique en partie par les réformes des retraites qui se sont succédé depuis le début des années 1990 (1993, 2003, 2010 et 2014), comme l'explique très bien une étude de l'Insee publiée en janvier dernier.

"Après une longue période de baisse, le taux d'activité des seniors s'est redressé en France à partir du début des années 2000. Ainsi, pour les personnes âgées de 60 à 64 ans, le taux d'emploi des hommes est passé de 10,7% en 2000 à 25,4% en 2014. Pour les femmes, il est passé respectivement de 10,1% à 24,9%. La hausse a été encore plus marquée pour les personnes âgées de 55 à 59 ans.Ces évolutions peuvent être reliées en partie aux différentes réformes des retraites intervenues depuis 1993, mais aussi à la fermeture progressive de dispositifs facilitant la sortie anticipée du marché du travail, comme les préretraites ou la dispense de recherche d'emploi pour les chômeurs âgés."

Un taux d'activité au sommet

En ce qui concerne le taux d'activité (**), les chiffres relatifs aux seniors battent également des records. A la fin du mois de juin dernier, cet indicateur affichait un taux de 65,8% au plus haut depuis 2003. A l'inverse, les taux d'activité des 15-24 ans et des 25-49 ans présentent des courbes bien plus régulières sur les quinze dernières années.

Une précarité accrue

Ces bons chiffres relatifs au marché de l'emploi des seniors masquent une hausse de la précarité pour cette catégorie d'actifs. Selon une récente enquête de la Dares publiée au mois d'août, les salariés seniors travaillent plus à temps partiel que les plus jeunes (23 % des salariés seniors travaillent à temps partiel, contre 18 % des 30-54 ans).

> Lire aussi : Près d'un senior sur quatre travaille à temps partiel

Si ce temps partiel est parfois choisi pour des raisons personnelles ou domestiques, l'argument des problèmes de santé est plus souvent mis en avant dans cette tranche d'âge.

"La fin de la vie professionnelle semble passer par un recours accru au temps partiel au-delà de 55 ans, pour des raisons personnelles et domestiques et pour des raisons de santé. Ce recours accru fait notamment transparaître une potentielle dégradation de l'état de santé avec l'avancée en âge. Celle-ci peut expliquer également la plus courte durée annuelle effective des 55-64 ans, du fait des congés maladie ou d'accidents du travail."

Par ailleurs, ces taux importants pour les personnes en fin de carrière ne doivent pas faire oublier que les seniors ont plus de difficultés pour retrouver du travail. Les différentes réformes relatives aux retraites ont entraîné une hausse du chômage. "Le surcroît d'activité induit par la réforme se traduit majoritairement par un accroissement de l'emploi, mais également du chômage, voire de l'inactivité", comme le rappelle l'Insee. De leur côté, les économistes du conseil d'analyse économique soulignent également dans une note que "la durée du chômage est plus élevée chez les seniors : 62 % des chômeurs entre 55 et 64 ans sont sans emploi depuis plus d'un an, contre 42 % pour les 15-64 ans".

Enfin, les personnes âgées de 50 à 64 ans n'étaient que 12,9% à trouver un emploi dans le trimestre qui suit l'inscription à Pôle emploi contre 25,8% des chômeurs de moins de 25 ans et 28% des personnes récemment sorties d'études selon une récente enquête de l'Institut de statistiques. La hausse de l'activité des personnes les plus expérimentées est donc loin de résoudre tous les problèmes rencontrés par cette catégorie de population.

> Lire aussi : Retour à l'emploi : le calvaire des chômeurs de longue durée

_____

(*) Le taux d'emploi est défini comme la part des personnes ayant un emploi parmi les personnes âgées de 15 à 64 ans, exprimée en pourcentage.

(**) Le taux d'activité  est le rapport entre le nombre d'actifs (actifs occupés et chômeurs) et l'ensemble de la population correspondante selon la définition de l'Insee.

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Commentaires
a écrit le 07/10/2017 à 20:53 :
LES CHOMEURS VONT CONTINUEZ D AUGMENTE A LA PROCHAINE REFORME DU CHOMAGE IL VONT RECULEZ ENCORE L AGE DE LA RETRAITE? LES ORDRES DE L .U E EST 65ANS POUR TOUS???
a écrit le 06/10/2017 à 9:48 :
" Pour l'économiste André Zylberberg,"le taux d'emploi est un indicateur plus pertinent..."
Enfin, il est temps que tous le monde, gouvernement inclus nous donnent ce chiffre car les données du chômage ne sont oui que complémentaire pour la vie d'un pays. Mais bon l'état préfère les chiffres du chômage pour se faire passer pour un sauveur, chiffre plus facile a manipuler enfin stigmatiser les sans emplois permet de faire monter la grogne contre eux et de détourner le regard des fautes du gouvernement sur d'autres sujets plus sérieux...
a écrit le 06/10/2017 à 8:21 :
Il faut laisser la placé aux jeunes qui pennent â trouver du travailleet les senors il faut se dire qu'au déla d'un certain age les entréprises n'embabauchent plus de seniors
Réponse de le 08/10/2017 à 12:55 :
C EST VRAIS BEAUCOUP SONT LICENCIEZ A CETTE AGE LA ET LE PUBLIC N ENBAUCHE PLUS APRES 45ANS???
a écrit le 05/10/2017 à 16:30 :
Voilà l'avenir à la mode Macron. Un taux d'emploi en progression corrélé à une augmentation de la précarité mais dans les comparaisons internationales à la mode UE cela présente mieux!
a écrit le 05/10/2017 à 12:55 :
le parametre web a bascule la rapidite du temps et des besoins humains : il y a du positif comme du negatif..,
la nivelation des classes sociales existent avant l'immigration de 1964...
les seniors sans emploi sont sans emploi a cause des raisons éconmiques ( fermeture , fin de production... désindustriation, délocalisation....)
l'avancée de l'âge de retraite...
a écrit le 05/10/2017 à 11:00 :
Vous trouvez de façon récurrentes pour les séniors, des propositions ("opportunités ") de postes de manutentionnaire, de préparateur de commandes ou de téléconseiller en CDD ou en intérim. La plupart de ces entreprises sont très connues. On trouvera parfois sur des réseaux sociaux des "listes noires" de boites où il ne faut pas travailler afin de ne pas compromettre à court terme sa santé physique ou psychique ( voir l'émission de Cash Investigation d'Elise Lucet). Pour certaines d'entre elles, la rotation de personnel est permanente donc le recrutement y est permanent. Le/la salarié(e ) est juste un produit jetable sans délais tous les jours, semaines, mois, 6 mois. Les résultats des salariés sont comptabilisés à la minute.

Les incivilités et le communautarisme religieux sont bien implantés. Le cannabis et les substances chimiques permettant de tenir ne se cachent presque plus. Le "management" souvent issu de la promotion interne est uniquement directif. L'amplitude horaire du travail pour les centres d'appels est de 10 heures en général (de 10h30 à 20h30). "Pendant la coupure de 14h30 à 16h30 vous pouvez faire du sport" vous assure-t-on. "C'est pour vous aider qu'on fait ça". Vous sentirez très bien en état de sudation et de fatigue pour reprendre les appels en seconde partie de journée.

Ces entreprises sont toutes certifiées ISO 9000, NF, AFAQ pour la qualité de la vie au travail ou de la gestion des ressources humaines. Un agent public me confiait à l'occasion d'une visite dans un centre d'appels en voyant 3 salariés un ballon à la main sous un panneau de basket sur le parking de l'entreprise :" vous venez souvent jouer au basket ?". Réponse en riant: " Jamais. On nous a dit de nous mettre là parce qu'il y a une délégation de >>>> qui vient ce matin. Le ballon est neuf ". Autre cas d'après un témoignage de salarié dans le même type de camp:" planquez les bouteilles d'eau et souriez, car ce matin on a une visite de >>>>> qui risque passer sur le plateau".

Des propositions impudiques.
Des institutions représentatives du personnel obéissantes.

Le SMIC et des primes pouvant atteindre au maximum 300 € pour un total de 3 salariés. "Vous voyez que c'est possible".
Réponse de le 05/10/2017 à 14:07 :
@loi du marché: la nature humaine est en effet ce qu'elle est. La rotation de personnel permanente a toujours fait l'objet de ma première question pour travailler pour une entreprise quelconque. Si le taux est élevé, c'est qu'il y a de sérieux problèmes internes. Je sais, on est quelquefois amené à prendre un job passager pour rebondir, mais il ne faut jamais perdre de vue que l'Homme est avant tout un prédateur et que sans conscience (et beaucoup de gens n'ont aucune conscience), il continuera d'exploiter son prochain :-)
a écrit le 05/10/2017 à 10:10 :
Avec la réforme Macron de l'assurance chômage, on va pouvoir toucher des indemnisations même en cas de démission. Les seniors à 2 ans de la retraite vont certainement sauter sur l'occasion avec l'aide de leur employeur. Encore des dettes en plus pour l'état, donc pour les contribuables.
Réponse de le 05/10/2017 à 19:58 :
c est exat, mais depuis lomgtent le partonnas et les gouvernement savent qu un chomeur coute moins chers qu un retraite???
a écrit le 05/10/2017 à 9:32 :
C'est marrant ,mais tous ceux que j'ai vu partir ou je bosse à la retraite à 60 ans ou pré-retraite à 55 dans les années 90/2000 ( près de deux millions pendant cette période en particulier des cadres et du management ) n'ont jamais voulu reprendre une activité precaire,mais bien profiter de leur temps libre .Des qu'il y avait une annonce de mise en disponibilté ou pre-retraite par l'entreprise ,ils faisaient la queue au guichet pour se tirer le plus vite possible.La précarite de certains seniors dans l'article est lié à la classe sociale d'ou ils viennent.
a écrit le 05/10/2017 à 8:49 :
On ne peut pas traiter les taux d'emplois de certaines catégories individuellement , sans regarder le tout.
Ici par exemple, quelle est l'évolution du taux d'emploi des jeunes etc. ....??
Il y a toujours interaction entre les catégories.
a écrit le 05/10/2017 à 8:46 :
Un excellent article, merci, dommage que son titre soit trompeur.

Si on se réfère à votre tire on a l'impression que la situation des séniors présaires s'est améliorée alors que non, votre article montre bien que comme pour le reste des salariés leurs conditions se dégradent.

Bref nous nous dirigeons vers le modèle allemand chantre du néolibéralisme, qui avait le RU comme chouchou avant, pays dans lequel la pauvreté à imposé aux citoyens de quitter l'UE, une baisse du chômage certes mais accompagné d'une paupérisation du salariat.

A quoi sert de travailler pour ne pas gagner sa vie ? Le "miracle" allemand ou "le travail libère".

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