Pourquoi une destitution de Trump serait longue et complexe

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Les Américains seraient 48% à être favorables à la destitution de leur président.
Les Américains seraient 48% à être favorables à la destitution de leur président. (Crédits : Reuters/Kevin Lamarque)
La part des Américains favorables à la destitution de Donald Trump a dépassé pour la première fois ceux qui s'y opposent selon un récent sondage de l'institut Public Policy. Si la procédure d'impeachment est souvent évoquée dans la presse américaine, sa mise en oeuvre demeure complexe et très longue.

Donald Trump est au coeur de la tourmente. Après le limogeage du patron du FBI la semaine dernière et les révélations du Washington Post relatives aux informations divulguées par Trump au chef de la diplomatie russe, les appels à la destitution du président américain se multiplient.

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48% des Américains favorables à l'impeachment

Selon le dernier sondage publié ce mardi 16 mai par l'institut américain Public Policy, la part des Américains favorables à l'impeachment de Donald Trump a atteint un record de 48%. Et ceux qui s'y opposent ne représentent plus "que" 41% des interrogés. Enfin, le taux des incertains demeure relativement stable depuis l'élection du milliardaire à la Maison Blanche oscillant entre 11% et 13% comme l'illustre le graphique ci-dessous.

Par ailleurs, les résultats de l'enquête d'opinion révèlent que seulement 43% des électeurs interrogés pensent que Donald Trump va aller jusqu'au bout de son mandat, 45% considèrent qu'il n'y arrivera pas.

Au niveau des opinions politiques (*), si les libéraux sont largement favorables à la destitution de l'ancien présentateur de télé-réalité, les conservateurs affichent une très nette opposition comme le souligne le graphique ci-dessous.

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Une procédure complexe

La procédure d'impeachment est présente dans la Constitution américaine aux articles 1 et 2. Elle prévoit que le président, le vice-président et tous les fonctionnaires civils ( comme par exemple les juges fédéraux, les secrétaires de la présidence) peuvent être mis en accusation et destitués pour "trahison, concussion, ou autres crimes ou délits majeurs" comme le rappelle un article de la revue française de science politique.

Le processus se divise en deux étapes. La chambre des représentants doit d'abord voter la mise en accusation à la majorité simple et le Sénat, sous la présidence du premier juge de la Cour suprême, doit prononcer un jugement sur la personne mise en cause. Il faut une majorité des deux tiers à la Chambre haute pour que le président soit destitué.

Peu de chance que la procédure aboutisse

Même si une bonne partie de l'opinion publique se montre de plus en plus favorable à la destitution du président, plusieurs raisons amènent à penser que l'impeachment ne puisse aboutir. Donald Trump bénéficie encore d'une majorité républicaine à la chambre des représentants et au Sénat et cette majorité "n'aurait rien à gagner politiquement d'une telle procédure" comme le souligne à France 24 Vincent Michelot, professeur à Sciences Po Lyon et spécialiste de l'histoire politique américaine. En effet, le lancement de l'impeachment provoquerait une paralysie du processus législatif fortement défavorable aux élus républicains en place.

Par ailleurs, même si les révélations de la presse américaine se multiplient ces dernières semaines sur les liens entre l'équipe de campagne de Donald Trump et des membres de l'administration russe, rien ne permet pour l'instant d'enclencher une enquête sérieuse étant donné qu'il était candidat et non élu.

Plusieurs observateurs affirment que Donald Trump pourrait être accusé de parjure, de trahison ou de faire obstruction à la justice, ce qui permettrait d'entamer le processus de destitution mais pour Vincent Michelot "la procédure d'impeachment est un miroir aux alouettes pour les opposants à Donald Trump et il ne faut pas trop se focaliser dessus. La véritable opposition à la politique actuelle peut venir des tribunaux fédéraux et du Congrès, y compris de la majorité républicaine."

 >> Lire aussi : Décret anti-immigration : la justice américaine confirme sa suspension

Des précédents qui ne se concrétisent pas

Même si dans l'hypothèse où toutes les conditions étaient réunies pour entamer la procédure de destitution, il y a peu de chances pour qu'elle se concrétise. En effet, les deux procédures d'impeachment déclenchées aux Etats-Unis n'ont pas été menées à leur terme. La première procédure a été lancée en 1868 à l'encontre du président Andrew Johnson mais malgré les onze chefs d'accusation qui le concernaient, le président de l'époque a été acquitté par le Sénat. La seconde procédure qui a été déclenchée pendant le mandat de Bill Clinton n'a pas abouti à sa destitution, faute de majorité des deux tiers au Sénat. Enfin le scandale du Watergate sous le mandat de Richard Nixon est souvent évoqué pour faire la comparaison avec toutes les affaires concernant l'administration Trump et la probable destitution du chef d'Etat. Mais le parallèle avec cette affaire présente quelques limites. En effet, Richard Nixon avait démissionné avant que l'impeachment débute. Malgré toutes les affaires, le président américain devrait pouvoir rester à la Maison Blanche devant se confronter à des contre-pouvoirs importants et une opinion publique de plus en plus hostile.

>> Lire aussi : Trump : les bookmakers croient plus que jamais à sa destitution

*Un graphique de notre partenaire Statista

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Commentaires
a écrit le 18/05/2017 à 13:09 :
Trump doit bien se moquer des agissements de ces malfaisants hysterises par leurs propres mensonges et incapable d accepter la democratie : en fait des fascistes.
a écrit le 18/05/2017 à 12:21 :
Desormais le president americain est enferme. Il gouverne pieds et poings lies. Les prochaines elections seront capitale et aujourd'hui son influence a la baisse a cause de l'attitude du cow boy peroxyde qui en excede plus d'un meme chez les republicains.
Un impeach sera long, mais le fait d'en evoquer l'idee augure d'un futur tres complique pour lui. 48% des citoyens n'en veulent plus, eloquent.
a écrit le 18/05/2017 à 11:29 :
On peut aussi poser pour question: pourquoi soulever la question de la destitution d'un Président démocratiquement élu est une faute?

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