Energie : le solaire rattrape le charbon

 |   |  758  mots
Le solaire est la star de 2016, avec 75 GW supplémentaires installés, dont la moitié en Chine
Le solaire est la star de 2016, avec 75 GW supplémentaires installés, dont la moitié en Chine (Crédits : © Regis Duvignau / Reuters)
Le rapport que publie ce 4 octobre l’Agence internationale de l’énergie affiche une nouvelle fois des performances record pour les énergies renouvelables. Le photovoltaïque et la Chine en sont les stars incontestées.

Les chiffres sont de plus en plus spectaculaires. Mais ils traduisent des évolutions constantes depuis plusieurs années. Comme le révèle le rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) qui paraît ce 4 octobre,  pour la sixième année consécutive, les capacités de production d'énergies renouvelables installées sont plus importantes que celles de l'année passée.

165 gigawatts, composés à 80% d'éolien et de solaire, sont ainsi entrés en service en 2016. C'est 6% de plus qu'en 2015, et cela représente les deux-tiers des nouvelles capacités électriques. En 15 ans, la capacité mondiale  de production d'énergie verte a été multipliée par huit.

Le solaire passe devant l'éolien

Ce dernier rapport met en évidence le rôle croissant du solaire photovoltaïque, et confirme celui toujours plus déterminant de la Chine.

Avec 74 GW installés en 2016, soit deux fois plus qu'en 2015, le photovoltaïque fait mieux que l'éolien (+ 52 GW, en baisse de 20%), et surtout, pour la première fois, passe devant le charbon (+ 57 GW).

En Chine, les capacités solaires ont été multipliées par 800 en 10 ans, ce qui en fait le premier marché mondial devant les Etats-Unis. Dès la fin de cette année, le pays aura dépassé les objectifs qu'il s'était fixés pour 2020 pour le solaire (et en 2019 pour l'éolien). La demande chinoise pèse la moitié de la demande mondiale, et 60% des volumes de panneaux solaires y sont fabriqués.

Multiplier les usages

Globalement, les énergies renouvelables pèsent 26% du mix électrique mondial, ce qui constitue déjà un enjeu d'intégration aux réseaux, d'autant plus que cette part est majoritairement composée d'éolien et de solaire, énergies intermittentes.  Cela implique non seulement des réseaux renforcés et une multiplication des interconnexions, mais aussi des réformes de l'organisation des marchés et des cadres réglementaires. Mais l'agence rappelle que l'électricité ne représente que 20% de la demande finale en énergie. Un accroissement des usages électriques dans le bâtiment, l'industrie et les transports est nécessaire pour que s'accomplisse une véritable transition énergétique.

La Chine fait la pluie et le beau temps

Pour les cinq prochaines années, l'AIE, qui a de nouveau revu ses prévisions à la hausse, anticipe entre 920 et 1150 GW d'énergie verte supplémentaires. Soit une capacité cumulée 43% plus importante qu'aujourd'hui et un poids seulement deux fois moindre que celui du parc de centrales à charbon, qui a mis quatre-vingts ans à s'installer. La Chine devrait représenter 40% de cette croissance. C'est pourquoi la façon dont elle va gérer la fin des tarifs de rachat et les enjeux d'intégration aux réseaux auront un impact sur le marché mondial. L'Europe, en revanche, verra sa croissance baisser de 40% en comparaison des cinq dernières années, sous l'effet d'une demande ralentie, d'une situation de surcapacité et d'un manque de visibilité concernant les appels d'offres sur la période. L'éolien et le solaire photovoltaïque représenteront toujours 80% des nouvelles capacités installées. Concernant le solaire, il s'agira majoritairement (75%) de centrales au sol. Sous l'effet d'une généralisation des enchères (qui, de 20% des volumes actuels devraient passer à 50% en 2022), les coûts continueront de baisser dans les cinq prochaines années, de 25% pour le photovoltaïque (où ils ont déjà été divisés par dix en dix ans pour atteindre 3 cents du kilowattheure dans de nombreux appels d'offres), 15% pour l'éolien terrestre et 33% pour l'éolien en mer.

Pas plus d'1% de la consommation lié aux véhicules électriques

L'un des enseignements majeurs de ces prévisions concerne les installations non raccordées au réseau. Elles devraient représenter en 2022 quelque 3 GW, et donner ainsi accès à une énergie propre à 70 millions de personnes de plus.

Le charbon restera, en cumul, la principale source de production d'électricité (35%), mais l'écart avec les énergies renouvelables ne cessera de se réduire.

A l'échelle mondiale, les renouvelables représenteront 29% du mix électrique en 2022. Mais ce chiffre atteindra 70% au Danemark et plus de 25% dans plusieurs pays européens. Leur part doublera en Chine et en Inde pour dépasser les 10%.

Dans les transports, la part de l'énergie renouvelable ne devrait passer que de 4 à 5% d'ici à 2022. Et ce sera essentiellement grâce au développement des biocarburants. Concernant les véhicules électriques, dont l'AIE voit la quantité doubler en cinq ans, leur consommation ne devrait pas pour autant dépasser 1% de la demande électrique mondiale.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 04/10/2017 à 14:49 :
C'est à la fois prometteur à l’échelle mondiale (le dérèglement climatique ne connaissant pas les frontières) et à la fois désespérant pour le retard Français.
En Europe, l’Allemagne reste en tète des installations avec plus de 40 GWc cumulés, contre 7 GWc pour la France. Le comble pour du solaire serait d’être dépassés par la Grande Bretagne qui en termes d’irradiation solaire moyenne annuelle est aux environs de 1000 kWh/an/m2, contre 1200 kWh/an/m2 en France (le différentiel est facile à calculer, avec 20 % d’écart de productible à surface égale).

Pour les bases solaires,
- voir les cartes http://solargis.com/products/maps-and-gis-data/
- ou les principes un peu plus techniques : https://hal-mines-paristech.archives-ouvertes.fr/hal-01184854/file/Gisement-solaire-2013.pdf
- ou des logiciels simples de simulations : http://ines.solaire.free.fr/.
- http://re.jrc.ec.europa.eu/pvgis/apps4/pvest.php#

Même si la météorologie comporte toujours une part d’incertitude, c’est un domaine basé sur des statistiques scientifiques sérieuses.

A propos de solaire photovoltaïque, je serais curieux de savoir où en est le GoogleProjectSDunroof. ? Les premières versions semblaient simples et efficaces et si ça marche, dans quelques années on risque encore de courir après pour leur réclamer de l’argent.
Réponse de le 05/10/2017 à 16:21 :
Effectivement, et nous sommes déjà dépassés par les anglais qui ont passé la barre des 12GW installés en juin de cette année.
Les allemands ont dépassé les 42GW en juillet de cette année.
a écrit le 04/10/2017 à 13:36 :
Il suffit d’avoir deux neurones et état de fonctionnement et un minimum de courage – notamment celui de ne pas se laisser arnaquer par les discours officiels mensongers – pour se rendre compte que les énergies fossiles ne sont pas éternelles, loin de là. Et que, à l’allure où nous les consommons et gaspillons, nous approchons à grand pas de ce que l’on appelle le « pic pétrolier » qui sera inéluctablement suivi de la « descente énergétique », pour reprendre le terme officiellement admis. Or, la fin d’ores et déjà annoncée du pétrole entraînera immanquablement la fin de toutes les autres énergies fossiles et de l’arnaque atomique. Toutes ces énergies sont étroitement dépendantes du pétrole et ne sont pas viables et utilisables sans pétrole. Tous les experts sérieux, compétents, fiables et honnêtes – c’est-à-dire qui ne sont pas des mercenaires à la solde des grands groupes énergétiques et des gouvernements des pays industrialisés – sont unanimes à annoncer, sans catastrophisme mais avec lucidité et réalisme, la fin du pétrole et des autres énergies polluantes fossiles, nucléaire compris. La seule alternative réaliste est l’énergie solaire qui, elle, est gratuite (en ce sens où le soleil ne fait rien payer), durable, inépuisable et exploitable absolument partout dans le monde, y compris dans les zones où l’ensoleillement es moindre que sous les tropiques. Aujourd’hui, ses détracteurs affirment que cette énergie ne suffit pas. Quel scandaleux mensonge ! Certes, elle peut être utilement complétée par d’autres formes d’énergie (hydraulique et géothermique notamment), mais la seule et unique raison pour laquelle elle ne suffit pas est que l’immense majorité des investissements sont encore consacrés de manière aberrante aux énergies fossiles et à l’énergie atomique qui a déjà largement fait la triple preuve de sa dangerosité, de son coût exorbitant et de sa totale inutilité. Privilégier l’énergie solaire n’est pas retourner à l’âge des cavernes comme tentent de le faire croire une poignée de crétins apeurés par le changement. Au contraire, plus vite cette énergie sera largement exploitée, plus vite nous nous garantirons un avenir radieux. Tous les - vrais – spécialistes en la matière sont unanimes à le reconnaître. N’en déplaise à certains grands groupes industriels et énergétiques qui arnaquent allègrement les consommateurs avec la complicité des politiciens véreux qui sont leurs complices et aux partisans d’une énergie atomique complètement dépassée, criminogène (il suffit de juxtaposer la carte française des implantations atomiques et celle des concentrations de cancers : les deux cartes sont parfaitement identiques et il n’y a aucun hasard là-dedans) qui fait chaque jour exploser (un mot que le nucléaire connaît bien !) la note du consommateur.
Réponse de le 04/10/2017 à 21:23 :
il suffirait pourtant d'avoir un 3e neurone pour se rendre compte que les panneaux solaires sont produits avec des terres rares !
Le côté durable et inépuisable est donc très largement remis en question puisque que, comme l'adjectif le précise, les terres rares sont RARES et donc pas éternelles !
Quand au côté "écolo" du solaire, c'est sans compter la pollution liée à l'exploitation des terres rares : il est vrai que cette pollution monumentale se déroule loin de chez nous : la conscience environnementale diminue-t-elle avec la distance ??
Réponse de le 04/10/2017 à 21:23 :
il suffirait pourtant d'avoir un 3e neurone pour se rendre compte que les panneaux solaires sont produits avec des terres rares !
Le côté durable et inépuisable est donc très largement remis en question puisque que, comme l'adjectif le précise, les terres rares sont RARES et donc pas éternelles !
Quand au côté "écolo" du solaire, c'est sans compter la pollution liée à l'exploitation des terres rares : il est vrai que cette pollution monumentale se déroule loin de chez nous : la conscience environnementale diminue-t-elle avec la distance ??
Réponse de le 05/10/2017 à 0:40 :
@ Réponse : L’industrie photovoltaïque ne consomme pas de terres rares, mais seulement des métaux dits rares, principalement pour les panneaux utilisant les technologies de couches minces qui représentent moins de 10 % du marché photovoltaïque. De plus ils sont recyclables à près de 100%. L'argent est remplacé et moins utilisé que dans la fabrication de monnaies. Faut pas exagérer sur les réalités. L'exploitation est bien plus importante pour l'informatique, les télécoms, électronique etc.
Réponse de le 05/10/2017 à 11:33 :
@Techno, recyclable les cellules photovoltaïques? Mais en quoi? Pas en de nouvelles cellules, on ne sait pas faire. C'est comme les pneus qu'on "recycle" sous forme de minis granulés répandus sur des terrains de foot.
Réponse de le 05/10/2017 à 16:23 :
Intox habituelle, les panneaux solaires n'utilisent PAS de terres rares !
Et un panneau solaire se recycle sans aucun souci !
a écrit le 04/10/2017 à 12:46 :
Merci la chine qui va sauver la planète, pendant que les français dorment dans leur coin et pleurniche de leur passé glorieux.
a écrit le 04/10/2017 à 12:13 :
Point trop oublié et pourtant majeur ! Aujourd’hui, il y a plus de chaleur perdue pendant la production d’électricité en Europe qu’il n’en faut pour chauffer tous les bâtiments du continent ! Il existe donc un énorme potentiel d’amélioration dans le secteur du chauffage, ce qui signifie qu’en collectant les énormes quantités de chaleur résiduelle des industries et de la production d’électricité et en les distribuant avec des réseaux de chauffage urbain intelligents, il serait possible d’économiser la totalité du gaz naturel actuellement utilisé pour le chauffage des bâtiments en Europe. Cela se traduirait non seulement par des économies monétaires, mais aussi par une réduction considérable des émissions de CO2. Cest un des bjectif de la Heat Roadmap Europe (HRE) (voir leur site). de même il y a un retard important dans le solaire thermique qui affiche pourtant le rendement énergétique le plus élevé par mètre carré : par rapport au photovoltaïque, les capteurs solaires produisent en moyenne trois fois plus de KWh. Comparé à la biomasse ou au bioéthanol, le rendement est en moyenne 43 fois plus élevé que celui de la biomasse ou du bioéthanol…

http://www.solarthermalworld.org/content/solar-thermal-shows-highest-energy-yield-square-metre
Réponse de le 04/10/2017 à 17:21 :
Effectivement bien vu car c'est l'efficacité énergétique qui est la plus économique et efficace à mettre en place ! Et la part de chaleur a été un peu l'oubliée malgré sa compétitivité.
a écrit le 04/10/2017 à 9:58 :
Comment peut-on comparer des puissances installées en GW alors que le taux de charge d'une éolienne est au max de 25 % et de 20 % pour le photovoltaïque ???

Des taux proches de 90 % pour le charbon qui démarre sur demande et n'est pas une énergie "fatale"
a écrit le 04/10/2017 à 9:35 :
Normal que la Chine aie une longueur d'avance parce que pendant que nos actionnaires milliardaires s'évadaient fiscalement au lieu d'investir la Chine elle achetait les mines de terres rares.

"Comment la Chine a gagné la bataille des métaux stratégiques" https://www.monde-diplomatique.fr/2010/11/ZAJEC/19832

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :