Economie mondiale : un peu mieux en 2016, mais à peine

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Quelques résolutions économiques pour apporter de la bonne humeur pour cette nouvelle année et au-delà.
Quelques résolutions économiques pour apporter de la bonne humeur pour cette nouvelle année et au-delà. (Crédits : REUTERS Phil McCarten)
Entre l'Amérique latine en crise, la Chine qui doit changer de modèle de croissance, et l'Europe toujours en plein marasme, il n'y a pas de quoi s'enthousiasmer pour la croissance mondiale en 2016. Par Mickael J. Boskin, Stanford, ancien conseiller de George W. Bush

L'an dernier, la croissance mondiale a été anémique et les prévisions ne sont que légèrement meilleures pour 2016. Il faut faire davantage d'efforts pour augmenter les revenus et pour accroître les opportunités des populations du monde entier. Voici quelques résolutions économiques qui pourraient apporter de la bonne humeur pour cette nouvelle année et au-delà.

Commençons par l'Europe. Malgré les aménagements monétaires de la Banque Centrale Européenne, une forte baisse de l'euro et des taux d'intérêt négatifs à court terme, l'économie européenne reste en plein marasme.

 En Europe, ne pas trop espérer de la politique monétaire

En 2016, les dirigeants européens doivent arrêter d'espérer que la politique monétaire va solutionner leurs problèmes. Ils devront rechercher plutôt des réponses plus rapides et plus fermes aux multiples crises actuelles qui mêlent la croissance, les banques, les devises et les crises de gouvernance, à la montée de la crise des réfugiés, qui menace la libre circulation au-delà des frontières internes. Ils doivent poursuivre les réformes sur l'offre financière, structurelle, sur le marché du travail et la réglementation, avec des solutions de bon sens aux crises financières des pays qui luttent en périphérie et mettre les malheurs de la dette à moyen terme des économies les plus fortes en tête de leur ordre du jour.

Instabilité en Amérique latine

En Amérique latine, la situation est plus contrastée. Après une décennie de progrès (avec quelques exceptions, notamment au Venezuela), la région est confrontée à sérieux défis, qui découlent en partie d'une forte baisse des prix mondiaux des matières premières.

En effet, la dégringolade des prix du pétrole a contribué à pousser la plus grande économie de la région, le Brésil, dans sa pire récession depuis des décennies, avec un important scandale de corruption pour Petrobras, la compagnie pétrolière nationale, qui a jeté la politique du pays dans le désarroi. La Présidente Dilma Rousseff risque à présent d'être destituée. Cela rend extrêmement difficile la recherche de résolutions favorables à l'économie. Le nouveau ministre des Finances, de tendance de gauche, va probablement faire empirer les choses.

L'instabilité politique compromet également les perspectives économiques dans d'autres régions du monde. En Équateur, où le président Rafael Correa, qui semble décidé à imiter le chavisme vénézuélien a éliminé les limitations de son mandat, connaît un risque grandissant d'inflation élevée.

Dans les deuxième et troisième plus grandes économies d'Amérique latine, le nouveau leadership présente toutefois de bonnes raisons d'espérer. La décision du Président Enrique Peña Nieto d'ouvrir les gisements en eau profonde du Mexique aux entreprises énergétiques internationales, va aider le pays à surmonter le déclin de sa production, sa technologie à la traîne et la corruption de Pemex, la compagnie pétrolière nationale. Nieto reconnaît également la nécessité d'améliorer le système éducatif du Mexique et prend donc en charge le puissant syndicat des enseignants.

En Argentine, le Président nouvellement élu Mauricio Macri n'a rien de semblable à son prédécesseur, la Présidente anti-affairiste et anti-américaine Cristina Kirchner, qui a pillé la Banque centrale, à canalisé des fonds vers certains gouvernements amis de la région et a même truqué les statistiques nationales pour masquer l'inflation galopante. Parmi les résolutions de Macri figurent des réformes axées sur le marché et le désamorçage des bombes économiques mises en place par Kirchner. Il semble bien parti, après avoir libéré le peso de sa tutelle officielle, après une réduction des impôts et une évolution vers la libéralisation du commerce.

Un espoir au Venezuela?

Le Venezuela a également de bonnes raisons d'espérer. L'opposition, qui a remporté une majorité au Parlement en battant les socialistes au pouvoir pour la première fois en 17 ans, devrait être en mesure de limiter les dégâts causés par les politiques du Président Nicolلs Maduro, héritier d'Hugo Chávez. Mais si les forces d'opposition entendent réformer l'économie, elles devront gagner la présidence en 2019.

Le défi majeur du rééquilibrage de l'économie chinoise

En Asie, tous les regards sont tournés vers la Chine, l'épicentre d'un ralentissement de la croissance qui a des conséquences dans toute la région (et au-delà). La poussée de croissance remarquable des trois dernières décennies a considérablement dégradé l'environnement naturel, a produit grande capacité excédentaire dans les industries de base comme le ciment et l'acier et a laissé le système bancaire aux prises avec des créances douteuses.

Le gouvernement chinois s'est engagé dans des réformes, mais ses efforts ont pris du retard. Le rééquilibrage de son économie, de l'exportation vers la demande intérieure, reste un défi majeur, surtout parce que ses consommateurs sont lents à coopérer. Et le gouvernement conserve un contrôle important sur les grandes entreprises, certaines étant même cotées sur les marchés publics.

Pour l'atterrissage en douceur dont l'Asie a tant besoin, les dirigeants chinois doivent redoubler leurs efforts de réforme. Une résolution essentielle devrait porter sur la redistribution des profits des sociétés publiques directement dans la population, pour en consommer les bénéfices ou les investir ailleurs.

Le Japon a quant à lui sombré à nouveau dans la récession, en dépit de la stratégie de revitalisation de l'économie large et couteuse du Premier ministre Shinzo Abe. Les Japonais, comme une grande partie de leurs voisins, espèrent que l'entrée en vigueur de l'accord commercial du Partenariat Trans-Pacifique (PTP), qui doit entre autres choses réduire les droits de douane sur des milliers de matières premières ainsi que les obstacles non tarifaires, va stimuler la relance.

Des opportunités en Afrique

L'Afrique a connu une réussite moins spectaculaire durant cette dernière décennie. Malgré les nombreuses difficultés auxquelles fait face le continent, les investissements étrangers et le commerce (et non plus l'aide) fournissent des opportunités considérables à la croissance et au développement. Une résolution visant à briser l'opposition scientifiquement inculte aux aliments génétiquement modifiés pourrait contribuer sensiblement à la poussée des exportations agricoles vers l'Europe.

En Amérique du Nord, le nouveau Premier ministre canadien de centre-gauche Justin Trudeau, sera tenté d'élargir les dépenses publiques et de réglementation. Mais il ne doit pas trop dépenser les deniers publics. Suite à l'effondrement des prix du pétrole, l'Ouest du Canada est aux premiers stades d'une grave récession.

Heureusement il reste une marge de manœuvre pour que Trudeau réponde aux exigences de ses partisans sans dépenses inutiles. À cette fin, il devra forcer le prochain Président américain à poursuivre la mise en œuvre du PTP de manière à protéger l'ALÉNA, afin de maintenir une politique monétaire saine et de renverser le veto du président Barack Obama contre le pipeline de Keystone.

Retrouver le leadership mondial américain

Ces mesures seront également dans l'intérêt des États-Unis. En fait, les efforts américains pour promouvoir le libre-échange devraient aller au-delà du PTP pour cibler la revitalisation du cycle moribond de Doha sur la libéralisation du commerce multilatéral. Des normalisations financières et de politique monétaire sont indispensables. Les États-Unis doivent également capitaliser sur leur production accrue d'énergie, en permettant par exemple les exportations de pétrole et de gaz naturel, en vue de réduire la dépendance des leurs alliés européens envers l'énergie russe.

Mais peut-être que la plus importante résolution du Nouvel An de l'Amérique doit être celle de revenir au leadership mondial : un rôle qui s'est peu à peu érodé au cours de la dernière décennie, avec des conséquences dévastatrices. Cette érosion s'enracine dans des fissures politiques profondes patentes dans la campagne présidentielle actuelle, ainsi que dans des arrangements mondiaux inquiétants dans les domaines économique, financier et de sécurité qui dépendent du leadership américain. Les États-Unis ont certainement fort à faire, mais à moins d'assumer un leadership efficace, les défis auxquels ils sont confrontés ne feront que croître.

Michael J. Boskin, professeur d'économie à l'Université de Stanford et Senior Fellow à la Hoover Institution, ancien Directeur du Conseil économique du Président George H. W. Bush de 1989 à 1993.

© Project Syndicate 1995-2015

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Commentaires
a écrit le 06/01/2016 à 10:34 :
L’économie mondiale serait selon des éditoriaux publiés menacée par l’Europe… sonnerons-nous une alerte sur destruction des populations européennes par la faillite des Etats européens et les taux d’emploi faibles à cause de l’euro ? On nous publie que l’Europe ne saurait pas sortir de la crise, mais qu’elle serait devant nous. L’Europe en déflation et en réduction du pib par tête ou en stagnation serait un péril déflationniste pour l’économie mondiale. Ne devrait-on examiner si l’idolâtrie de l’Etat est responsable de la destruction de l’emploi ? Ne devrait-on proposer une gestion de l’offre alors qu’on perdrait des parts de marché ? La gestion de patrimoine n’est-elle pas défaillante, on parle d’investissements improductifs et le patrimoine des américains serait plus élevé. Faut-il sortir de l’euro avant une crise de la dette ? Les politiques conjoncturelles ne seraient pas structurelles ? Existe-t-il un Edit de Nantes anti jeune, antisémite et anti croissance en Europe ? On ferait des relances keyneisiennes, mais on n’aurait d’équilibre des finances sur le long terme de type monétariste ? Selon le droits des populations à disposer d’elles-mêmes, aura-t-on un référendum euro et un référendum pour une séparation de certaines relations entre les régions ? On parle de rémunération au mérite chez les fonctionnaires, est-il de mérite que des barreaux travaillent plus qu’ailleurs pour une moindre rémunération ? Si des comptes sont truqués, avons-nous une Constitution et une déclaration des droits convenablement appliquée et certifiée par des organismes indépendants dans toute l’Europe alors que des salaires, des tva ou retraites ne seraient pas bien payées ?
a écrit le 05/01/2016 à 23:35 :
Idem à 2008, en gros, non..??

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