"Le numérique détruit l'emploi" : c'est FAUX

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le numérique ne détruit pas l'emploi !

Avec l'explosion du numérique renaît le spectre de la fin du travail. Étayé par une succession d'études déclinées à travers les pays, qui, les unes après les autres, prédisent la disparition de 30 à 40% des métiers. Au niveau des entreprises, ce discours fait mouche. L'automatisation numérique est déjà tangible : dans l'industrie, les machines sont de plus en plus autonomes et polyvalentes. Dans le transport, la perspective du véhicule autonome se rapproche. Dans les services, les algorithmes permettent de plus en plus de traiter la relation client à distance et remettent en cause les guichets physiques, les caisses dans les magasins, etc.

Alors que la numérisation progresse,
le taux d'emploi augmente : un paradoxe

Et pourtant, en dépit de tout cela et surtout de la crise, l'emploi fait plus que résister - en apparence -dans la plupart des pays avancés. De façon paradoxale, le taux d'emploi augmente en moyenne dans les pays avancés. Autrement dit, l'emploi s'accroît plus rapidement que la population en âge de travailler...

En Allemagne ou au Japon notamment, la baisse de la population en âge de travailler pousse à une mobilisation accrue de la main-d'œuvre disponible (migrante dans le cas allemand), là où elle aurait pu être l'occasion d'automatiser sans douleur les process. Pour paraphraser Solow, le numérique est partout sauf dans l'emploi. Et même avec des taux de croissance faméliques, les économies parviennent à créer de l'emploi. Autrement dit, la croissance s'est globalement enrichie en emplois.

Et pour pousser encore le constat, contrairement à ce que relatent les données sur le PIB, c'est-à-dire une rupture en niveau et en tendance de la production, rien de tel pour l'emploi des principaux pays avancés. La crise fait plutôt figure de trou d'air transitoire. Les tendances de moyen terme semblent avoir repris leur cours aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en France et au Japon. Et dans les quelques pays où l'emploi semble s'infléchir plus lourdement, c'est pour une raison spécifique qui n'a pas grand-chose à voir avec la vague numérique, comme en Espagne ou en Italie.

Les facteurs de résilience de l'emploi

J'évoquerai ici trois grandes raisons qui expliquent la résilience de l'emploi, outre les incitations fiscales et réglementaires en faveur du travail peu qualifié.

  • 1. Pour l'heure, le numérique est d'abord un facilitateur de déversement de la main d'œuvre sur le travail peu qualifié. Cela est déjà bien perceptible. Il agit sur la structure plus que sur le niveau de l'emploi. Autour des plateformes se développe un halo de petits jobs de faible qualification, ubérisés pour utiliser un terme générique un peu flou. Et l'OCDE, dans la dernière mouture de ses perspectives de l'emploi, confirme que si l'emploi de compétence intermédiaire est malmené partout à travers le monde, le mouvement est compensé jusqu'à ce jour par la montée en puissance des basses et hautes qualifications : le fameux phénomène de polarisation post-industrielle.
  • 2. Le numérique n'est pas seulement générateur d'opportunités d'automatisation. Il est aussi le vecteur de nouveaux assemblages entre produits et services, comme le souligne Pierre Veltz dans son récent ouvrage sur la société hyperindustrielle. Monter en gamme aujourd'hui, c'est enrichir les produits du point de vue de leur accessibilité, leur maintenance, leur interopérabilité, leur sécurité, leur traçabilité. C'est aussi augmenter la continuité et la fréquence des prestations. Et tout cela mobilise du temps homme.
  • 3. Le numérique ne vide pas seulement le travail de son contenu répétitif. Il crée aussi de nouvelles astreintes qui épaississent les tâches, en matière de communication, de traitement d'une information pléthorique, que chaque utilisateur souhaite de plus en plus granulaire.

Pour conclure, ne pas voir la fin de l'emploi dans les chiffres ne présage sûrement pas de l'avenir, mais nous met en alerte sur l'écueil de raisonnements trop simplistes.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 16/11/2017 à 16:22 :
Le numérique détruit des emplois, en transforme certains, mais en crée aussi d'autres. Le souci n'est à mon sens pas l'emploi, mais la formation, et surtout le partage des richesses entre tous. Si un robot ou un progrès technique quelconque permettent de remplacer un salarié dont la tâche est pénible ou répétitive, voire dangereuse, pourquoi pas. Mais il faudrait répartir équitablement la valeur ajoutée par ce travail "robotisé" entre les différentes parties concernées (entreprise, societe civile, état, voire brevet si technologie brevetée). Un petit pas vers un salaire universel serait alors envisageable.
a écrit le 15/11/2017 à 11:11 :
Vous oubliez que cette numérisation s'accompagne d'un esclavagisme salarial qui fait que les gens gagnent de moins en moins et travaillent de plus en plus, donc l'investissement en salaires des propriétaires d'outil de production ne cesse de baisser comme leurs investissements tout court puisque dorénavant 75% des recettes d'une société cotée sont reversés à l'actionnaire.

Or il sera toujours moins couteux de faire bosser plusieurs esclaves payés rien sur un projet que plusieurs salariés même au smig. Nous pouvons donc étudier cette augmentation du salaria sous cet angle qui change toute votre démonstration.

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