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Fin de chantier sous tension pour la clinique multiconfessionnelle Rhéna

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Avec 373 lits, 300 médecins libéraux en secteur 1 (conventionnés) et secteur 2 (conventionnés à honoraires libres) et un plateau technique de 30 salles, Rhéna offrira des capacités identiques aux trois sites existants, qui fermeront en février 2017.
Avec 373 lits, 300 médecins libéraux en secteur 1 (conventionnés) et secteur 2 (conventionnés à honoraires libres) et un plateau technique de 30 salles, Rhéna offrira des capacités identiques aux trois sites existants, qui fermeront en février 2017. (Crédits : Olivier Mirguet)
Lancé à Strasbourg en 2014, le regroupement de trois cliniques confessionnelles juive, protestante et catholique fait polémique. Le projet, qui représentera plus d'un tiers de l'offre chirurgicale locale, est accusé de déstabiliser l'offre de soins. Et les dépassements d'honoraires prévus par ses médecins font peur.

Fin de chantier compliquée pour la clinique Rhéna, à Strasbourg. Huit mois avant l'accueil de ses premiers patients, cette alliance de trois cliniques juive (Adassa), protestante (Diaconesses) et catholique (Sainte-Odile), en cours de regroupement sur un site unifié de 30.000 mètres carrés, se trouve sous le feu des critiques. Des voix s'élèvent parmi les élus de la majorité municipale, gênés par les soutiens publics qui ont été accordés à ce nouveau projet de santé. "Je ne comprends pas pourquoi l'Etat a apporté une aide de 20 millions d'euros à cette clinique entièrement privée, alors qu'il n'y a pas de contrepartie en terme d'accès aux soins ", attaque Syamak Agha Babaei, conseiller municipal et vice-président (Socialistes et Républicains) de l'Eurométropole de Strasbourg. Marie-Dominique Dreyssé, adjointe (Ecologistes et Citoyens) au maire en charge des solidarités, déplore d'avance "des honoraires qui excluront de fait nos concitoyens les plus fragiles" du Port du Rhin, un secteur classé Quartier prioritaire de la ville "où l'offre de soin accessible est largement insuffisante, pour ne pas dire inexistante".

Avec un revenu médian annuel de 7800 euros, les ressources des habitants du Port du Rhin sont inférieures de 55 % à la moyenne de Strasbourg. "La structure aurait au moins pu s'inscrire dans un projet de quartier, s'engager sur des quotas de soins pour des patients éligibles à la CMU ou des personnes âgées", propose Syamak Agha Babaei. Selon les médias locaux, un pôle de cardiologues libéraux exerçant dans une autre clinique de l'agglomération aurait été sollicité pour se rapprocher du pôle de santé Rhéna. La démarche, perçue comme un mouvement de défiance à l'égard des établissements de soins concurrents, a ajouté au scepticisme local. Le maire (PS) Roland Ries est sur ses gardes : évoquant un projet d'extension sur 10.000 mètres carrés et un éventuel permis de construire pour les promoteurs de la clinique Rhéna, l'élu prévient qu'il ne faut en aucun cas "déséquilibrer le dispositif de santé" de Strasbourg.

Un projet à plus de 100 millions d'euros

L'histoire avait pourtant bien commencé. En septembre 2014, au lancement de ce chantier pour 101 millions d'euros, le montage semblait faire l'unanimité, tant pour son financement que par son aspect œcuménique. Dès juillet 2013, les promoteurs de Rhéna ont obtenu un bail sous forme d'emphytéose, sur une parcelle à construire de près de 5 hectares mise à disposition par la ville de Strasbourg. "C'est une belle leçon fondée sur la spécificité de votre situation et de votre droit que vous avez réussi à nous donner à nous tous, français de l'intérieur", s'est enthousiasmé Stéphane Bouillon, ancien préfet de la région Alsace, à l'occasion de la pose de la première pierre.

En novembre 2014, la ville de Strasbourg a accordé sa garantie sur un prêt bancaire de 92 millions d'euros souscrit auprès de la Caisse des Dépôts, du Crédit agricole et de la Caisse d'Epargne. Les murs des trois bâtiments existants des cliniques Adassa, Diaconesses et Sainte-Odile ont été cédés à des investisseurs privés, pour une trentaine de millions d'euros. Rhéna a été présentée comme le vaisseau amiral de la nouvelle ZAC des Deux Rives. Sa façade métallisée, se dressant sur huit étages, doit offrir un signal architectural fort à l'entrée Est de l'agglomération, face au pont de l'Europe, en direction de l'Allemagne. Aujourd'hui, elle symbolise malgré elle la menace d'un système de santé à deux vitesses.

Une capacité identique aux trois sites existants

"Ces polémiques reflètent une posture politique, un dogme qu'on ne peut combattre", regrette Guillaume Lohr, directeur général de Rhéna. "Si nos cliniques ne s'étaient pas regroupées, elles auraient disparu dans le contexte de sur-offre et de sous-activité qui caractérise Strasbourg. Nos cliniques confessionnelles incarnent une spécificité locale, avec un ancrage régional qui remonte à l'époque du Kaiser Wilhelm. En faisant travailler 60 % d'entreprises locales sur le chantier, et en offrant des contrats aux entreprises d'insertion, nous assumons cet ancrage territorial", rappelle-t-il. Avec 373 lits, 300 médecins libéraux en secteur 1 (conventionnés) et secteur 2 (conventionnés à honoraires libres) et un plateau technique de 30 salles, Rhéna offrira des capacités identiques aux trois sites existants, qui fermeront en février 2017. Soit 36 % de l'offre chirurgicale à Strasbourg, avec une forte activité ambulatoire. Les exploitants misent sur des économies d'échelle pour atteindre l'équilibre financier qui faisait défaut sur les sites pré-existants.

"Nous n'avons pas le monopole des dépassements d'honoraires", reconnaît Guillaume Lohr, "mais nous allons proposer des représentants de chaque spécialité en secteur 1, avec des honoraires conventionnés. Et nous continuerons d'accueillir les patients CMU, qui sont déjà trois fois plus nombreux dans nos établissements que dans les hôpitaux publics". Pour exercer une forme de régulation, l'Agence régionale de santé (ARS) d'Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine entend inciter des médecins en secteur 2 à signer des contrats d'accès aux soins. Pour d'autres contreparties demandées en échange des subventions, l'Agence préfère botter en touche. "Ces 20 millions d'euros ont été accordés en novembre 2013 par le Comité interministériel de la performance et de la modernisation de l'offre de soins", rappelle une porte-parole de l'ARS. En renonçant à son statut d'Etablissement de santé privé d'intérêt collectif (ESPIC) pour une partie de son offre de soins, la clinique Rhéna s'inscrit pourtant dans une dynamique de remboursements favorable aux comptes publics.

"Le changement tarifaire au niveau d'une partie de l'activité sur l'ancienne clinique Adassa va générer 4,5 millions d'euros d'économies annuelles pour l'assurance maladie", calcule Guillaume Lohr. Pour lui, la subvention obtenue en 2013 n'est qu'une composante d'une équation à somme nulle : exploitée sous forme associative, la clinique ne sera pas en mesure de récupérer la TVA sur le chantier. Avec un remboursement prévu de 16 millions d'euros l'année prochaine, le directeur général considère son aide publique comme un "coup de pouce" très vite restitué. Clap de fin sur une polémique ? A voir ! Fin 2013, au moment où l'Etat accordait 20 millions d'euros de subventions à la clinique privée Rhéna, la dette nominale des Hôpitaux universitaires de Strasbourg s'élevait à 287,1 millions d'euros.

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Commentaires
a écrit le 22/05/2016 à 9:50 :
Non, ce n'est pas la faute du numerus clausus mais celle du blocage des tarifs des actes techniques qui sont bloqués depuis ... 1983 ! Qui accepte de travailler avec le salaire de 1983 ?...
a écrit le 22/05/2016 à 8:14 :
Les politiques n'ont pas encore compris que le numerus clausus entraîne les suppléments d'honoraires. Mais sont-ils capables de comprendre quelque chose ?

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