Quelles retombées pour Lille Métropole, capitale mondiale du design en 2020 ?

 |   |  1032  mots
Le stade Pierre-Mauroy, à Lille.
Le stade Pierre-Mauroy, à Lille. (Crédits : Vincent Lecigne/MEL)
Pour l'ex-communauté urbaine choisie pour être « capitale mondiale du design », c'est l'aboutissement d'une candidature de tous les défis. La Métropole Européenne de Lille va désormais intégrer le design dans tous ses projets.

L'annonce a été faite en grande pompe à Turin : la Métropole Européenne de Lille a été choisie pour être capitale mondiale du design en 2020. Cette action pilote veut devenir la plus grande expérimentation design de France. Qu'est-ce que le territoire peut en attendre ?

Qui aurait pu prédire que la métropole de Lille allait être de taille face à Sydney ? Après Turin, Séoul, Helsinki, Cape Town, Tapei et Mexico (pour 2018), c'est pourtant la Métropole européenne de Lille (MEL) qui a été choisie, samedi 14 octobre à Turin (Italie), pour être « capitale mondiale du design » en 2020. Pour l'ex-communauté urbaine, c'est l'aboutissement d'une candidature de tous les défis.

Lors de l'annonce de la bonne nouvelle, Damien Castelain, président de la MEL (sans étiquette), concluait par ces mots :

« Nous avons gagné parce que nous avons une histoire et une ambition pour le design. »

400.000 euros de ticket d'entrée

Concrètement, l'association non gouvernementale World Design Organization octroie le label de « capitale mondiale », moyennant un ticket d'entrée de 400.000 euros. Et promet ainsi de mettre Lille au centre de l'intérêt des designers de près de 40 pays dans le monde. Charge ensuite aux villes d'animer une année d'évènements, avec huit figures imposées, à commencer par des cérémonies d'ouverture et de clôture. Un comité d'organisation métropolitain va se charger de concocter un programme, « similaire à Lille 2004, capitale européenne de la culture », compare Constance Tembremande, conseillère spéciale du président Damien Castelain.

Les membres du comité d'organisation vont notamment suivre la création des POC ("Proof of concept", littéralement preuves de faisabilité), des solutions innovantes créées majoritairement par les entreprises d'ici 2020.

« Le rôle de la Métropole européenne de Lille pendant les deux prochaines années sera d'accompagner les démarches des citoyens, des collectivités, des entreprises, des centres de formation et recherche et des lieux culturels. »

Le design intégré dans tous les projets à venir

Les dernières villes lauréates de la « capitale mondiale du design » ont évalué leurs investissements à 16 millions d'euros.

« Il ne s'agit pas d'un montant de frais de fonctionnement, de communication ou d'évènementiel mais bien de l'investissement dans les projets structurants du territoire pour les rendre encore plus design », poursuit la conseillère spéciale du président.

La Métropole Européenne de Lille intègrera donc le design dans tous ses projets à venir : le plan vélo et la construction de 100 kilomètres de piste cyclables supplémentaires ;  le plan éco-bonus mobilité, dispositif unique en France qui vise à faire gagner de l'argent à ceux qui ne prennent pas le volant en heures de pointe ; une nouvelle ligne de tramway vers l'aéroport de Lille-Lesquin ; des initiatives smart city pour produire et consommer différemment, etc. Un ou plusieurs designers seront désormais intégrés en amont des marchés publics de la MEL.

Accélérateur de projets

La collectivité promet aussi d'injecter une dose de design dans les gros chantiers déjà actés, comme l'aménagement d'éco-quartier de Saint-Sauveur en plein cœur de Lille avec piscine olympique ; le projet Euralille 3000 pour ajouter 140.000 m2 de bureaux à l'actuel quartier d'affaires situé entre les deux gares lilloises ; les 40 millions d'euros par an consacrés à la construction de 6.000 logements dont 2.000 logements sociaux. Entre autres.

A la MEL, les sommes consacrées à la capitale mondiale pourraient ainsi représenter dix, vingt voire trente fois plus qu'ailleurs « mais sur des budgets déjà prévus : le design va juste pour permettre d'accélérer nos projets en les regardant sous l'angle du design plutôt que de les mener d'un point de vue technique comme nous faisons depuis 50 ans ».

Sensibilisation de tous les acteurs au design

Caroline Naphegyi, à la tête de Lille Design, le bras armé dédié au design de la MEL lancé en 2011 (bénéficiant du soutien de la Région et de l'Europe) confirme que la capitale mondiale du design fera office d'un vrai accélérateur:

« J'ai participé aux éditions de Cap Town, Turin et Helsinki : la capitale mondiale permet non seulement de développer l'attractivité d'un territoire mais aussi de sensibiliser l'ensemble des acteurs au design, du citoyen aux entreprises, en passant par les collectivités et les centres de formations. »

Les entreprises, déjà dans le circuit métropolitain du design, sont évidemment ravies de cette opportunité. Pour Giroptic, une des plus belles réussites de la French Tech avec sa caméra à 360 degrés, « la capitale mondiale du design va amener de la visibilité », commente Richard Ollier :

« Nous avons intégré plusieurs designers dans notre équipe, c'est ce qui nous permet aujourd'hui de proposer un produit reconnu mondialement.»

Chez Dickson Constant, fabricant de tissus techniques, « c'est une formidable opportunité de faire reconnaître la valeur du design intégré : nos toiles équipent aujourd'hui des yachts vendus 2,5 millions d'euros », défend Mélanie Bernard, design manager.

Retombées économiques "durables" et "qualité de vie"

Pour une entreprise de renommée comme Décathlon, qui emploie 220 designers, cette capitale mondiale ne peut être qu'un plus dans sa démarche du « rendre le sport accessible au plus grand nombre ». Même de l'autre côté de la frontière, l'intérêt se fait sentir.

« Ce genre d'évènements permet de faire prendre conscience que le design intervient dans toutes les étapes de développement d'une entreprise et pas seulement dans le mobilier », résume Clio Brzakala, directrice de Wallonie Design.

Reste à savoir si la capitale mondiale du design va également avoir des retombées économiques directes.

« Tout ce que je peux rappeler, c'est qu'un mois d'Euro de football, c'est 150 millions d'euros de retombées pour nos hôteliers, commerçants, restaurateurs », avance Constance Tembremande, conseillère du président de la MEL.

Pour Damien Castelain, président de la MEL, l'important est peut-être ailleurs :

« Dès mon élection, j'ai forgé le projet politique du mandat avec pour ambition d'apporter des solutions plus économiques et plus durables aux problématiques de tous les jours, pour améliorer la qualité de vie de nos concitoyens. C'est ça la définition du design ! »

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :