France Urbaine  : pour une République des Territoires

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Les maires des grandes villes, président(e)s des grandes agglomérations et des métropoles de France se sont retrouvés à Arras les 23 et 24 mars dernier.
Les maires des grandes villes, président(e)s des grandes agglomérations et des métropoles de France se sont retrouvés à Arras les 23 et 24 mars dernier. (Crédits : DR)
La COP21, la COP22, les 17 ODD de l’ONU, la conférence HABITAT III, mais aussi les événements puissants de Maires tels, fin 2016, le congrès CGLU, l’assemblée générale du C40, et ces derniers mois la mobilisation des Maires aux États-Unis face à Trump, la démarche de Londres à l’heure du Brexit, montrent l’impact majeur que génère la présence et la mobilisation de Maires partout dans le monde, ainsi que la force vitale qu’ils représentent.

 Plus que jamais, la reconnaissance de la place prise par les villes marque d'une manière indélébile et irréversible, le rôle moteur que les présidents de métropoles, maires, élus et écosystèmes urbains vont jouer dans les prochaines décennies. Au siècle des villes, l'engagement de gouvernements locaux pour des villes vivantes, humaines et porteuses d'intelligence sociale, urbaine et technologique, est un engagement puissant. La naissance de France Urbaine et la tenue dans la ville d'Arras le 23 et 24 mars de ses premières Journées Nationales avec l'élaboration d'un manifeste des élus urbains « Pour une République des Territoires » est un tournant clé.

750 métropoles vont porter plus de 60% du PIB mondial

Les villes ont survécu à toute sorte d'événements au travers l'histoire et sont, sans conteste, les plus durables des structures socio-territoriales. Elles sont un repère solide, socle majeur de l'expression des habitants face aux défis. Dans ce XXIe siècle, leur prépondérance n'a jamais été aussi manifeste. Parmi elles, les villes-monde sont devenues des acteurs politiques, économiques, culturels, sociaux à part entière, et ce, bien au-delà de leur sphère d'influence territoriale. Cette évolution irréversible se traduit par des transformations structurelles, qui vont impacter les décennies à venir. Être maire d'une grande métropole, parfois génératrice d'un PIB supérieur à celui d'un État, est un élément majeur dans les changements géostratégiques qui impactent la politique du monde, et va inéluctablement se renforcer à l'avenir.

À l'horizon 2030, les 750 plus grandes métropoles mondiales vont porter plus de 60% du PIB mondial. Parmi elles, aujourd'hui, 139 villes européennes portent 44% du PIB européen, avec une taille moyenne de population de 1,7 million d'habitants.

Nos villes européennes sont aussi en concurrence, mais elles doivent également coopérer étroitement, car les enjeux internationaux et les problématiques sont aussi communes : la lutte contre l'exclusion sociale, l'emploi, le développement économique, les nouvelles maladies urbaines, la pollution, la qualité de l'air et de l'eau, les ressources énergétiques et bien d'autres défis. En même temps, face à elles, le centre de gravité du monde urbain s'est tourné irréversiblement vers l'axe Est-Sud de la planète : rien que les 150 premières villes chinoises représentent un cinquième des 750 plus grandes villes du monde aujourd'hui par leur population. D'une taille moyenne de 6,4 millions d'habitants, elles portent environ 90% du PIB chinois. Soulignons aussi que 90% de la croissance mondiale urbaine a lieu aujourd'hui en Afrique et en Asie, et que plus d'un tiers se concentre dans seulement trois pays, l'Inde, la Chine et le Nigeria, avec toujours un PIB porté majoritairement par les grands centres urbains.

En France l'étude de 2015 de l'INSEE a montré que « c'est dans les villes-centres des grandes aires urbaines qu'on trouve le plus fort taux de pauvreté, avec d'importantes disparités selon les régions, les types de famille, l'âge..., bien plus que dans les banlieues et les couronnes périurbaines. Dans ces cœurs d'agglomération, 20% des ménages en moyenne ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté ».

Au siècle des métropoles, aucune solution sur la planète ne peut être trouvée sans leur adhésion et leur participation active. Les Maires, par la proximité existante avec leurs administrés, sont aujourd'hui la colonne vertébrale du capital confiance des citoyens envers le monde politique. Pour défendre la qualité de vie du citoyen dans leurs villes, objectif majeur de chaque élu dans sa ville, les Maires sont en capacité de traduire en actions une réelle vision systémique reliant qualité de l'air, de l'eau, mobilité, habitat, santé, climat...

Mais n'oublions pas que chaque ville est le produit d'une histoire qui vit et se développe de manière organique dans un contexte qui lui est propre, ce qui implique que nous devons l'explorer en profondeur pour mieux la sentir, la comprendre et pouvoir ainsi œuvrer efficacement à sa transformation socio-urbaine. Il est l'heure d'apprendre les uns des autres, d'échanger des points de vue, des opinions, des expériences, mais aussi de se donner à chacun la possibilité d'élaborer sa propre feuille de route en fonction des particularités locales. Le siècle des villes et en même temps de l'ubiquité permet de développer une intelligence urbaine inédite, mais sans généralités, ni répliques, ni copies, en suivant le rythme de la ville pour transformer la qualité de vie des citoyens, satisfaire l'humain, et lui permettre de mieux vivre dans sa ville. La ville du XXIe siècle sera humaine ou ne sera pas.

Relever les défis majeurs de l'inclusion sociale, de la menace climatique et de la réinvention des espaces urbains en s'appuyant sur les atouts des révolutions technologiques constitue ainsi une priorité pour les dix années à venir. Il nous revient de construire de véritables feuilles de route systémiques pour transformer les composantes essentielles de nos villes: sociale, économique, culturelle, écologique, en lien avec leur résilience.

Vers une alliance de territoires

A l'heure où des engagements financiers forts sont indispensables et dans le même  temps la participation citoyenne et la mobilité des écosystèmes dans les territoires, il devient également stratégique de se poser la question de la gouvernance, de la démocratie participative et de la marge d'autonomie, et en particulier financière, et des moyens dont doivent disposer les villes et les métropoles face aux Etats

C'est une très grande chance de pouvoir disposer aujourd'hui de réseaux de villes avec un important écosystème qui se mobilise, comme cela a été le cas cette semaine à Arras, pour partager expériences et réflexions. Les journées nationales de France Urbaine sont ainsi un point central, dans la marche que l'écosystème des Métropoles et des villes a entrepris en France, donnant ainsi naissance à une communauté vivante, qui se dote d'une approche collective pour faire face aux défis communs. Elle prend forme et se prolonge au travers la pratique du partage de manière régulière, au travers de rencontres, d'ateliers et de panels.

Avec son manifeste et en s'adressant aux candidats à l'élection présidentielle, France Urbaine porte aussi de manière originale une logique de proximité avec l'alliance de territoires. En effet, le développement métropolitain français est un phénomène récent qui permet en même temps de se pencher sur la nécessité du rééquilibrage avec les territoires qui sont influencés par sa dynamique urbaine. France urbaine, née de la fusion de l'Association
 des Maires de Grandes Villes de France 
et de l'Association des Communautés Urbaines 
de France, regroupe les élus des métropoles, des grandes communautés et des villes centres ou périphériques. Avec ses 97 membres de toutes tendances politiques confondues, elle représente 30 millions d'habitants et la moitié du PIB :

« France urbaine a pour objectif de promouvoir
 le fait urbain auprès des pouvoirs publics 
et de tous les citoyens.
 Dans un dialogue renouvelé avec l'Etat, l'association participe pleinement à la structuration du monde urbain dans notre pays et à l'attractivité de tout son territoire. En développant des services auprès de ses membres afin de mieux répondre aux enjeux auxquels 
ils sont confrontés, elle apporte une réflexion nouvelle dans les débats locaux, nationaux, européens et internationaux. L'association est organisée en 4 collèges représentant toute la diversité urbaine : métropoles et communautés urbaines, communautés d'agglomération, villes, et villes et communautés d'Ile-de-France ».

Avec « Le Manifeste d'Arras » les élus urbains réunis portent d'une voix forte trois valeurs fondamentales, la responsabilité, le dialogue et l'autonomie pour dessiner la ville durable, intelligente, vertueuse et respectueuse des valeurs de la République. S'engager à ses côtés est un devoir pour tous ceux qui croient à la force d'un monde urbain en mutation, à la puissance de l'intelligence collective pour réinventer nos villes, et à la capacité de construire en commun un avenir urbain dans la cohésion sociale et l'innovation sous toutes ses formes, pour que la ville que nous voulons, soit la ville pour tous.

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Commentaires
a écrit le 02/04/2017 à 17:13 :
Combien ça coûte et qui va payer tous ces braves gens décisionnaires . On est pas prêt de revaloriser notre pouvoir d' achat comme les régions nous ont laminés depuis les années 80.
a écrit le 31/03/2017 à 11:39 :
pas de commentaire
a écrit le 31/03/2017 à 10:37 :
ok

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