La Tribune

Paris Normandie a six semaines pour élaborer un plan de continuation

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Par Claire Garnier à Rouen  |   -  539  mots
Le Tribunal de commerce du Havre a prononcé ce mercredi 29 février le redressement judiciaire du pôle normand du groupe Hersant Media (GHM) qui avait déposé au début de l'audience, conformément à la procédure, une "déclaration de cessation de paiement".

Le redressement judiciaire concerne les quotidiens Paris Normandie, Havre Libre, Havre Presse, Progrès de Fécamp et l?hebdomadaire Liberté dimanche ainsi que la régie publicitaire travaillant pour les différents titres. Le redressement judiciaire a été assorti d?une période d?observation de six semaines. La direction en collaboration avec les administrateurs judiciaires, va élaborer un « plan de continuation » de l?activité. Ce plan qui comportera un « volet économique, financier et social », sera présenté le 11 avril lors d?une prochaine audience du Tribunal de Commerce.

Une baisse des ventes et de la publicité

Les différents titres du pôle normand du groupe Hersant Media sont confrontés à une baisse des ventes au numéro (- 2,4 % par an depuis 2007) et à une baisse de ses revenus publicitaires (- 7,3 % depuis 2007). Ces différents titres, implantés à Rouen, au Havre et à Fécamp - Seine-Maritime - affichent un tirage OJD de 75.000 exemplaires - sans les journaux du dimanche - dont 52.000 pour le quotidien régional Paris-Normandie, le vaisseau-amiral du groupe qui tirait encore à 135.000 exemplaires en 1980.
Ce pôle normand a enregistré en 2011 un déficit d?exploitation de 2,5 millions d?euros pour un chiffre d?affaires de 39,5 millions d?euros avec un effectif de 365 salariés dont 108 journalistes.

Le groupe Hersant en difficulté

La demande de placement en redressement judiciaire intervient alors que le Groupe Hersant Media (GHM), la maison-mère, n'est plus en mesure de soutenir son pôle normand comme il le fait depuis 10 ans. Selon la direction de GHM, ce soutien s?est élevé à 25 millions d'euros de soutien financier depuis dix ans (abandon de créances et trésorerie). Le groupe GHM qui réalisait un chiffre d?affaires de 900 millions d?euros en 2007 affiche un CA de 543 millions d'euros en 2011 avec un endettement de 215 millions d'euros.

L'héritage du père

Les trois syndicats présents au Comité d?entreprise extraordinaire du lundi 27 février (SNJ, Silpac CGT et CGC) avaient fait connaître leur désaccord avec le contenu de la « note explicative » lue par la direction. Benoit Marin-Curtout, du SNJ et Steve Beneteau, de la Silpac Cgt (Livre Cgt) estiment de concert que le « pôle normand » paie aujourd?hui les choix stratégiques « hasardeux » du Groupe Hersant Media. Des choix consistant, selon eux, à ne pas investir dans son « pôle normand » mais à faire des investissements coûteux dans la presse du sud-est (160 millions d?euros pour l?acquisition de la Provence, Nice Matin et Var Matin) et le secteur des petites annonces qui a depuis, pris le bouillon. Les salariés sont dans l?ensemble très critiques sur la gestion de Philippe Hersant, le fils de Robert Hersant. Dans la famille Hersant, résumait un salarié mercredi après-midi devant le Tribunal de commerce « le fils a dilapidé l?héritage du père ».

Le Tribunal de commerce du Havre a accédé à la demande du groupe de disposer d?un « co-mandat » à l?échelle du groupe. Me Emmanuel Hess a été nommé administrateur judiciaire du pôle normand par le Tribunal ; il travaillera en étroite relation avec Me Laurence Lessertois, le « mandataire ad hoc » nommé dans le cadre de la renégociation de la dette du groupe Hersant Media.


 

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Commentaires

Beli  a écrit le 08/03/2012 à 13:35 :

En 208, Le Figaro titrait : " GHM est prêt à racheter tout titre en France où en Europe ". Je m'étonne que 3,5 ans plus tard, Hersant fasse tout le contraire.

Arnaud  a écrit le 29/02/2012 à 19:34 :

6 semaines ? ! Un peu court, ce doit être plutôt 6 mois. Art. L.621-3 du Code de Commerce : "Le jugement ouvre une période d'observation d'une durée maximale de six mois qui peut être renouvelée une fois par décision motivée à la demande de l'administrateur, du débiteur ou du ministère public. Elle peut en outre être exceptionnellement prolongée à la demande du procureur de la République par décision motivée du tribunal pour une durée fixée par décret en Conseil d'Etat".

Gilles  a écrit le 29/02/2012 à 12:06 :

A 4 pattes devant les notables (de Gauche et de Droite), la presse régionale est souvent entre les mains de banques comme le Crédit Mutuel. Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil. Aucune remise en cause de l?organisation des Collectivités gangrénées par la corruption. Pourquoi dépenser de l'argent alors que les communes, comcoms, conseils généraux et régionaux inondent les citoyens de magazine payés par le contribuable et où sont casés les copains des élus ? Pendant ce temps les infrastructures sont laissées à l'abandon.