Annonces de la BCE : "Nous sommes face à une situation de déblocage"

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Mario Draghi, le président de la BCE
Mario Draghi, le président de la BCE (Crédits : Forex)
Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, a annoncé le début du programme de rachat de dette publique et privée pour le 9 mars. Patrice Gautry, chef économiste à l'Union bancaire privée (Suisse) estime que cette politique va effectivement relancer l'activité. Entretien.

Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi a détaillé ce jeudi son plan de rachat de dette publique et privée. Des mesures qui permettent d'entrevoir une sortie de crise, selon Patrice Gautry, chef économiste à l'Union bancaire privée (UBP), basée en Suisse.

La Tribune. L'annonce du rachat de dette publique et privée par Mario Draghi est-elle vraiment utile dans un contexte où les Etats se financent déjà à des taux très faibles ?

Patrice Gautry. Les taux sont actuellement bas, justement grâce aux annonces du programme de rachat de dette faites en janvier dernier. Cela a eu pour effet de baisser les taux dans les différents États de la zone euro. Et ce n'est pas négligeable dans un pays comme l'Espagne. Dans ce pays, le coût de refinancement de l'État et des entreprises a baissé de 200 points de base sur un an. Nous allons donc assister à une baisse du coût du crédit grâce à cette politique.

Le montant annoncé par la BCE (60 milliards d'euros par mois) sera-t-il suffisant ?

On ne peut pas le savoir aujourd'hui. Mais on sait désormais, par les minutes publiées par la BCE, qu'il y a eu débat sur le montant à mettre en place. Peter Praet, l'économiste en chef de la BCE avait par exemple proposé 40 à 50 milliards d'euros par mois. Ce que l'on peut dire, c'est que cette politique va être utile car l'activité est en train de repartir. Il y a désormais une conjonction entre les secteurs public et privé. Nous sommes face à une situation de déblocage. La mayonnaise doit prendre désormais.

Ces annonces vont-t-elles avoir un réel effet sur l'inflation ? Le président de la BCE prévoit notamment 1,5% en 2016 et 1,8% en 2017...

La BCE croit en l'efficacité de sa politique structurelle d'ici à 2017. Son optimisme n'est pas surprenant. Elle réaffirme sa volonté. Ces chiffres peuvent aussi être des objectifs qui réaffirment sa volonté au-delà des prévisions. J'ai même envie de croire qu'elle prend rendez-vous. Sur le thème: « Moi, Draghi, je prends date avec les marchés ». En terme de communication, c'est comme cela qu'on peut le décrypter.

L'euro a chuté brutalement, après ces annonces, atteignant son plus bas niveau depuis onze ans et demi. Une bonne nouvelle pour la zone euro ?

Si l'on a peur de la déflation, c'est une bonne manière d'y répondre. Ce qui est sûr, c'est que de nombreux pays vont en profiter pour exporter, particulièrement les États méditerranéens. Et cette baisse est d'autant plus bienvenue que de nombreux États n'ont pas encore mené de grosses réformes structurelles. Comme la France par exemple.

Y a-t-il justement un risque que ces réformes structurelles soient repoussées, comme l'a récemment rappelé Angela Merkel (1) ?

Le risque est présent, bien entendu. Il n'y a pas de contrainte de la BCE qui oblige les États à se réformer. Mais force est de constater que les pays qui ont réalisé de gros efforts, Espagne et Portugal notamment, flirtent désormais avec les 2% de croissance. Alors que la France stagne et que l'Italie est en récession...

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(1) La chancelière allemande a appelé la BCE à "ne pas faire dévier du chemin des réformes" les pays européens.

Pour aller plus loin : BCE : un assouplissement quantitatif, faute de mieux

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Commentaires
a écrit le 06/03/2015 à 11:51 :
Le QE ou l'art de mettre les problèmes financiers sous le tapis.
a écrit le 05/03/2015 à 20:27 :
Tout va pour le mieux Madame la Marquise !

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