Pacte de compétitivité : paroles de patrons

Réunis à l'initiative du Medef Ile-de-France pour évoquer la question de la compétitivité, plusieurs patrons de PME insistent surtout sur la nécessaire compétitivité "hors coût", qui passe par un allègement des contraintes administratives et une stabilité des règles juridiques et fiscales. A propos du futur crédit d'impôt prévu par le gouvernement, certains estiment qu'il s'agit davantage d'une aide à l'embauche que d'un véritable soutien à la compétitivité.

4 mn

Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : Jeff Pachoud / Quidam)

Il y a ceux qui ne sont pas vraiment au courant. Il y a ceux qui prédisent que cela ne changera rien car le gouvernement tape à côté de la plaque. Il y a ceux qui reconnaissent que c'est un début... Le Medef Ile-de-France, présidé par Marie-Christine Oghly, organisait ce mercredi 21 novembre une rencontre entre plusieurs chefs d'entreprises sur le thème «la compétitivité des entreprises». Le moins que l'on puisse dire, c'est que le «pacte de compétitivité», dévoilé par le gouvernement Ayrault le 6 novembre au lendemain de la remise du rapport Gallois, est très diversement apprécié, notamment sa mesure phare: le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) qui va permettre «d' injecter» 20 milliards d'euros dans les entreprises, en accordant une ristourne d'impôt sur les sociétés, selon une méthode de calcul qui s'appuiera sur la masse salariale des entreprises tenant compte des salaires compris entre un Smic et 2,5 Smic. Pour Marie-Christine Oghly, elle-même présidente d'une entreprises de logiciels: "certes, ce pacte c'est un premier pas. Mais nous sommes encore totalement dans l'expectative. Nous ne savons pas s'il faudra attendre 2014 pour bénéficier du crédit d'impôt. Et y aura-t-il des contreparties exigées? Il y a aussi un immense besoin de flexibilité sur le marché du travail. Et là, rien ne dit que la négociation avec les syndicats va aboutir. Et puis, surtout, pour nous les PME, ce qu'il nous faut, c'est de la stabilité, sur un plan juridique et fiscal."

Une revendication: la stabilité des règles

Une stabilité également demandée par Jacques Massieux, président de l'entreprise de location de matériels Dron SA (90 salariés et 20 millions de CA): «chaque année il y a une nouveauté: un plan senior, un plan parité, etc. Que des lourdeurs qui grèvent notre compétitivité! Je ne comprends toujours pas pourquoi la précédente majorité n'a pas, dès 2007, augmenté la TVA de 1 point. Cela aurait évité bien des problèmes. Quant au crédit d'impôt, j'en ai un peu marre que l'on prenne les chefs d'entreprises comme des chasseurs de primes. Que l'on nous assure surtout de la souplesse et de la stabilité!» Luc-Eric Krief, patron d'une entreprise spécialisée dans le plastique (SD2M, 87 salariés, 9 millions de CA) est un peu sur la même longueur d'ondes: «je crains que le gouvernement n'ait un train de retard. On s'épuise à voir les choses fluctuer tout le temps. On perd pied. Notre droit social est complètement dépassé. Les industriels français sont compétitifs en termes de savoir-faire mais pas sur le coût du travail. Marie Azeverdo, présidente de Resocom, une PME de 15 salariés très en pointe sur le contrôle de la fraude à l'identité, reconnaît elle aussi que les entreprises françaises ne sont pas toujours à égalité avec leurs homologues européennes. «Par exemple, nous devons chaque année déposer nos comptes devant le Tribunal de Commerce. J'étais en compétition sur un appel d'offre avec une entreprises anglaise qui, elle, n'avait pas à remplir cette formalité. Résultat, en allant sur Info Greffe, on connaissait tout de mon entreprise, de sa stratégie, de sa situation...» 

Un crédit d'impôt davantage tourné vers l'emploi que vers la compétitivité

Alexandre Zapolsky, l'heureux président de Linagora une PME de 150 salariés (10 millions de CA) spécialisée dans la vente de logiciels et qui s'attend à une croissance de... 40 à 50% en 2013, défend le crédit d'impôt. Très impliqué dans la vie du Medef, il se félicite que le débat engagé par l'organisation patronale depuis des années ait «enfin porté ses fruits». Nous sommes d'accord sur le CICE, mais attention à ses modalités d'application. Et puis, il aurait été mieux de prendre en compte les salaires jusqu'à 3,5 Smic. C'est là où l'on trouve les ingénieurs qui se battent à l'export pour conquérir des marchés. Le CICE, tel qu'il est actuellement formaté, est davantage un crédit d'impôt pour l'emploi que pour la compétitivité. Pour preuve, le mécanisme va profiter en premier lieu aux emplois de services à la personne qui ne sont pas les plus exposés!» Une observation reprise par plusieurs participants, comme Antoine Hollard, président d'une entreprise d'ameublement et chef de file du Medef de Seine-Saint Denis, ou Marie-Christine Oghly: «c'est vrai que c'est en fait une sorte d'aide pour l'emploi, sinon, s'il s'agissait de privilégier les entreprises ayant besoin de compétitivité à l'export, il fallait se concentrer sur des salaires plus hauts. Ce que nous regrettons, avec le dispositif arrêté, c'est que les salariés, eux, ne bénéficient pas d'allègements de cotisations comme le préconisait le Medef»....
Bref, il va falloir que le gouvernement cale bien son dispositif... et rapidement, tant les entreprises sont dans l'attente. Mais l'on voit bien aussi que la question de la compétitivité hors coût est également essentielle: tous les patrons de PME dénoncent l'instabilité des règles ainsi que le trop grand nombre de tracasseries.

4 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 46
à écrit le 28/11/2012 à 9:12
Signaler
au pire on sent fou

à écrit le 22/11/2012 à 16:39
Signaler
Créances de l"état = créances douteuses

le 26/11/2012 à 17:48
Signaler
Encore un avis libéral parfaitement argumenté (qui oublie que les défenseurs du libéralisme USA s'appuient sur le protectionnisme et la dette publique) arrêtons de prendre des exemples qui n'en sont pas.

à écrit le 22/11/2012 à 12:19
Signaler
Infogreffe, c'est une source de transparence pour les clients, si vous ne le souhaitez pas mettez vous en entreprise individuelle et le tour est joué.

le 22/11/2012 à 12:24
Signaler
Oui, effectivement, bonne solution. C'est vrai qu'une structure d'entreprise individuelle est totalement indiquée pour une PME de 150 salariés. Mieux encore, pour une ETI de 1500 salariés. Vive l'entreprise individuelle, merci pour cet éclairage!

à écrit le 22/11/2012 à 12:13
Signaler
Soyons sérieux, un pacte de compétitivité qui vous remise sous forme d'un avoir, 6% du montant des salaires inférieur à 2,5 SMIC cela revient à : Partons du principe que le cout d'un article est de 100? (je n'invente pas ces chiffres, je suis entrepr...

le 22/11/2012 à 13:44
Signaler
A FL Cher monsieur et ami, vous avez raison. Les 39 heures, la retraite à 65 ans, ce n'est plus qu'une question de temps. Comme dit Claude Allègre, bientôt nos jeunes vont servir dans les restaurants chinois, non pas à Paris mais à Pékin. Théorème de...

à écrit le 22/11/2012 à 12:12
Signaler
L'Etat ne permet pas le financement des entreprises, l'épargne est orientée vers la dette. L'Etat est donc contre l'emploi. On en apprend de belles, le FMI parle d'un risque systémique pour les banques françaises. En 2013 la France ferait une crise f...

à écrit le 22/11/2012 à 11:18
Signaler
Mais non, je vous l'assure : il n'y a aucun problème d'instabilité réglementaire. Il est totalement faux de penser par exemple que la production de logements neufs est arrêtées pour cause d'incertitude fiscale. Archi-faux. Seuls les promoteurs sont r...

le 22/11/2012 à 11:48
Signaler
il y a deux ans je pensais créer mon entreprise, en France, car c'était un projet motivant et que mon pays représente encore une certaine civilisation. Las devant l'agitation parkinsonienne de nos législateurs et fiscalistes qui font qu'un patron de ...

le 22/11/2012 à 12:11
Signaler
Il y a toujours une bonne excuse pour rajouter de la complexité et de la pénalisation. "Ne pas faire confiance" - ce qui peut être légitime parfois - s'est transformé en une paranoïa insupportable de la part de chers élus. Et une inflation réglementa...

le 26/11/2012 à 17:54
Signaler
Il faut bien que nos élus justifient leurs séances nocturnes !!

à écrit le 22/11/2012 à 9:19
Signaler
Au poids des charges se rajoute la lourdeur administrative ce qui fait beaucoup à l'arrivée . Ces nouvelles aides vont elles se rajouter à celles existantes ( abattement de charges sur bas salaires -loi fillon- ) ou bien s'y substituer ? Comme le pré...

à écrit le 22/11/2012 à 0:33
Signaler
L'Europe aux prises avec le communisme va devoir se tourner vers ses alliés historiques, en l'occurence, les américains afin d'envoyer des chars pour libérer la zone.

le 22/11/2012 à 4:05
Signaler
Le comlunisme est a nos portes et je n en savais rien...il faut absoluement avertir obama!!

le 26/11/2012 à 17:58
Signaler
Mais Obama est communiste ! C'est les républicains qui l'ont dit ! On est fichus !!! :)

à écrit le 22/11/2012 à 0:29
Signaler
Il faut remettre les choses en perspectives: la révolution est un affreux bain de sang, de Gaulle est un affreux dirigiste et Chirac un Mérovingien. Sur la compétitivité l'idée que lorsque le commerce baisse, ça devient plus dur. L'Europe n'est toujo...

le 26/11/2012 à 18:06
Signaler
c'est vrai que les USA sont compétitifs avec une dette de + de 15000Mds et une balance commerciale négative depuis 1971... Bel exemple de compétitivité ! C'est beau de donner des leçons quand on est en haut de l'échelle mais ça ne durera plus si long...

à écrit le 21/11/2012 à 23:55
Signaler
Un dirigeant de P.M.E peut facilement se retrouver, bien qu'honnete et légaliste, devant les Prud'hommes. Et Il perdra toujours, toujours, toujours. Il ne peut avoir gain de cause qu'en Appel ou en Cassation : donc sous la Seule VRAIE Justice des Mag...

le 22/11/2012 à 2:13
Signaler
exemple à méditer : un employeur embauche un apprenti . Celui-ci ne fout rien au CFA, pose des problèmes et se fait virer du CFA ! l'employeur le vire de son contrat d'apprentissage puisqu'il n'a plus de centre de formation . L'ex-apprenti attaque l'...

le 22/11/2012 à 17:07
Signaler
J'ai toujours gagné devant le prud'homme, mais il est vrai qu'une virgule mal placée ou une erreur minime de procédure peut vous coûter extrêmement cher! Pour ma part, depuis que je n'ai plus de personnels, je ne suis plus à découvert, je dors mieux ...

à écrit le 21/11/2012 à 21:55
Signaler
La remarque du patron de Linagora est très juste. Mais cela fait 30 ans que tous les gouvernements ont focalisé les aides à l'emploi sur les bas salaires plutot que sur les emplois à forte création de valeur ajoutée. Résultat: une trappe à faibles re...

à écrit le 21/11/2012 à 21:34
Signaler
tant qu'on ne s'attaquera pas aux lourdeurs administratives (type complexité du code du travail, type contradiction entre conv collectives et code du travail, etc) et aux effets de seuil, on n'avancera PAS !!!

le 21/11/2012 à 22:24
Signaler
si on lit bien le code du travail, il n'est pas compliqué; le compliqué est celui qui fait sa propre loi .

le 21/11/2012 à 22:55
Signaler
@ prud'homme17 : Quand on n'a pas de responsabilité autre que de faire condamner les chefs d'entreprise à l'aide du cde du travail, c'est vrai qu'il n'est pas si compliqué. Quand dans la vie on fait marcher l'économie, qu'on emploie et qu'on cherche ...

le 21/11/2012 à 23:00
Signaler
tellement simple qu'il s'en rajoute une page tous les 3 jours !! c'est une rente pour les syndicats qui siègent et pour les avocats, mais une grosse mer..des pour les salariés comme pour les employeurs : mais chacun défend son privilège dans ce pays ...

le 21/11/2012 à 23:03
Signaler
exemple d'une absurdité de ces textes SI BIEN PENSES : j'ai licencié un salarié pour incapacité définitive décidée par la medecine du travail : j'ai du payé 2 mois de préavis au salarié, alors qu'il ne pouvait pas travailler !!! vous trouvez ça logiq...

le 21/11/2012 à 23:28
Signaler
c'est une erreur de votre part si cela ne relève pas d'un AT ou d'une maladie pro ,vous voyez c'est simple. sinon c'est de la responsabilité de l'employeur de garantir la santé physique et mental de ses salariés . ce n'est pas en exagérant les pro...

le 21/11/2012 à 23:40
Signaler
au fait! qui c'est qui a fait en sorte de modifier le code du travail en 2008 soit disant pour le simplifier ne serait ce pas le medef et l'ancien gouvernement . j'en profite pour remercier pasglop

le 22/11/2012 à 1:37
Signaler
Mon assistante sociale quand j'ai déposé mon dossier de RSA a été absente un mois ensuite elle a pris ses vacances d'été et le jour de son retour, elle a fait un arrêt maladie. Les honnetes citoyens ont la vie dure!

le 22/11/2012 à 2:18
Signaler
@pasglop et prud'homme 17 : désolé de vous contredire mais la conv collective de l'automobile IMPOSE de payer les 2 mois de préavis...même si ce préavis ne PEUT PAS être effectué !!! (et il ne s'agissait absolument pas d'une maladie pro : je ne peut ...

le 22/11/2012 à 2:18
Signaler
@pasglop et prud'homme 17 : désolé de vous contredire mais la conv collective de l'automobile IMPOSE de payer les 2 mois de préavis...même si ce préavis ne PEUT PAS être effectué !!! (et il ne s'agissait absolument pas d'une maladie pro : je ne peut ...

le 22/11/2012 à 7:27
Signaler
@lyon69 voila une bonne convention qui améliore le code du travail et le sort des salariés.Vous avez adhéré à la convention collective, ce que vous inscrivez sur la fiche de paie de vos salariés. les conventions sont négociés au niveau national et d...

le 22/11/2012 à 10:21
Signaler
marrant, tous ces gens qui n'ont jamais ft de droit et donnent leurs avis....en effet, tt est simple ' nul n'est cense ignorer la loi' ( ses 1.5 millions de textes, decrets, etc...).... tt simple, il n'y a aucun pb ( et bienentendu, on ne parle pas d...

le 22/11/2012 à 10:33
Signaler
@prudhomme17: "Vous avez adhéré à la convention collective" ... Vous voulez peut-être faire croire aux lecteurs qu'une entreprise à le choix d'adhérer ou non à une convention collective ??? BEN NON : la liberté en ce domaine non plus n'existe pas ! U...

le 22/11/2012 à 10:36
Signaler
Il y a quelques années, le secrétaire général de FO a été condamné aux prud'hommes en tant qu'employeur : Vous allez me dire que dans son cas, les textes étaient trop compliqués... ou que les syndicats ont un discours qu'ils ne s'appliquent pas à eux...

le 22/11/2012 à 10:52
Signaler
Pas tout a fait vrai ce que vous dite, je fais partie d une entreprise du CAC qui a denonce en 2003 les conventions collectives...... c est des lors le code du Travail qui fait reference.... Sachant qu une convetion collective negocie ne peut etre mo...

le 22/11/2012 à 12:58
Signaler
Pourriez-vous m'indiquer le texte qui permettrait de s'affranchir de la cov collective pour une boite de 9 salariés : mes salariés me réclament de pouvoir faire des heures sups et la conv collective rend impossible les heures sups au delà de 130h pa...

le 22/11/2012 à 14:43
Signaler
JE ne susi pas specialiste en droit, et j avais 1 an de boite a lepoque, le fait est que lors de la negociation annuelle sur les conditions de travail, cette derniere s est mal passe et du coup la conventionne collective a ete denoncee. Depuis comme ...

le 22/11/2012 à 15:51
Signaler
pasglop et machin ont des discours formatés qui sont loin des réalités. Quelques exemples pour ma part, un apprenti qui se met en arret maladie et fait une fraude à la secu pour se refaire le nez à la fin des deux ans (on paye le salaire), une dispen...

le 22/11/2012 à 15:55
Signaler
j'ai oublié. Que machin et l'autre aillent travailler 70 heures pour le plaisir de payer les salaires de leurs salariés et engage leur patrimoine et après, on en reparle ...

à écrit le 21/11/2012 à 20:47
Signaler
Bah tant qu'on fera dans le soviétisme, ça peut durer longtemps: les apparatchicks font fortune et sèment le chaos et la désolation. Voyez la m... qu'ils ont foutu dans l'Europe: le maximum du chômage et le maximum de pauvres, voila l'objectif de ces...

le 22/11/2012 à 9:08
Signaler
Le communisme en Chine = 80% de très pauvres et 20% de très riches.

le 22/11/2012 à 12:08
Signaler
@ Paul: un petit conseil: ne parlez pas de choses que vous ne connaissez pas. La croissance industrielle de l'URSS dans les années 30 est de ordre de 35 % par an. La part de l'économie privée (principalement sous forme de coopératives) à la même époq...

à écrit le 21/11/2012 à 19:12
Signaler
Une chose est sur les différent gouvernement connaissent pas très bien le mot stabilité, leur objectif étant de supprimer ce qui a été fait par les prédécesseurs. Ainsi dans le domaine fiscale il faut être très bien accroché pour réussir à suivre l é...

à écrit le 21/11/2012 à 19:02
Signaler
bref ! On va plier les gaules ... c'est tout !

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.