Social : les travaux d'Hercule qui attendent le gouvernement

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Le ministre du Travail, Michel Sapin, et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Copyright Reuters
Le ministre du Travail, Michel Sapin, et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Copyright Reuters
Volontairement ou en raison des contraintes budgétaires et de calendrier, le gouvernement a ouvert de (trop) nombreux chantiers sociaux pour 2013. Retraite, formation professionnelle, politique familiale, assurance chômage... Tout y passe, ou presque. Dans ces conditions, il semble quasi impossible que la majorité parvienne à mener à bien dans les meilleurs délais l'intégralité de ces réformes.

Droit du travail, protection sociale... les dossiers sociaux à traiter s'accumulent pour le gouvernement. A tel point que l'on ne voit pas très bien comment tout pourra être réglé cette année. Qu'on en juge !

L'accord sur l'emploi signé le 11 janvier entre certains syndicats et le patronat doit faire l'objet d'un projet de loi examiné en conseil des ministres le 6 mars. De quoi occuper le ministre du Travail Michel Sapin qui s'emploie, déjà, à déminer le terrain parlementaire. En effet, cet accord non ratifié par la CGT et FO passe mal dans une partie des rangs de la majorité qui compte bien faire jouer son droit d'amendement. Or, Michel Sapin, Laurent Berger (CFDT) et Laurence Parisot (Medef) ne souhaitent absolument pas que l'équilibre du texte soit perturbé. Du travail en perspective.

Une grande réforme de la formation professionnelle

Et quasiment dans le même temps, selon le souhait du président de la République, formulé lors de la cérémonie des v?ux aux acteurs de l'économie, il conviendra aussi de donner corps à une grande réforme de la formation professionnelle, dont les fondements remontent à « la loi Delors » de 1971 ! Objectif : assurer une meilleure formation aux demandeurs d'emploi qui ne sont qu'environ 10% à suivre une action de formation. Pour y parvenir, il faudra réorienter une partie de la manne des 20 milliards d'euros alloués chaque année à la formation professionnelle. Pas simple ! Une grande année en perspective pour Thierry Repentin, le ministre délégué à la Formation professionnelle.

Retraite : l'heure des décisions est venue

Et ce n'est pas fini, le gouvernement va devoir aussi s'atteler à l'épineux dossier des dépenses sociales. François Hollande a été clair, dans le cadre des 60 milliards d'euros d'économies dans les dépenses publiques à réaliser d'ici la fin du quinquennat, une part non négligeable concernera la protection sociale. Et, là aussi, les principaux chantiers devront être ouverts - et avancés- dès 2013. Les retraites d'abord. Le temps du diagnostic se termine. Les deux derniers rapports du Conseil d'orientation des retraites (COR) ont précisément dressé l'état des lieux Malgré la réforme Sarkozy/Fillon de 2010, les régimes de retraite devraient dépasser les 20 milliards de besoins de financement à l'horizon 2017. L'heure est donc maintenant aux propositions concrètes pour résorber le trou.

Pour ce faire, autour du 15 février, un groupe d'experts sur les retraites - avec sans doute à sa tête, selon le quotidien « Les Echos », Yannick Moreau, ancienne présidente du COR - sera installé par Jean-Marc Ayrault dans le but d'éclairer le gouvernement. Une grande conférence sera ensuite conviée au printemps, réunissant experts et partenaires sociaux, pour arrêter des décisions pour la fin de l'année au plus tard. Laurence Parisot (Medef) souhaite, déjà, remonter de nouveau l'âge légal du départ à la retraite, fixé à 62 ans depuis 2010. Le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, lui, évoque la possibilité de désindexer de l'évolution de l'inflation la revalorisation des pensions de retraite. Il suit à cet égard avec un grand intérêt l'actuelle négociation (qui reprend ce mercredi 6 février) menée par le patronat et les syndicats sur le financement des régimes de retraite complémentaires Arrco/Agirc, en grande difficulté, où une telle décision de désindexation temporaire pourrait être décidée...

Politique familiale : vers un retour de la condition de ressources pour les allocations ?

Autre bombe à retardement potentielle : le coût de la politique familiale. Actuellement, la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) enregistre un trou annuel de 2,6 milliards d'euros. Jean-Marc Ayrault a chargé Bertrand Fragonard, président délégué du Haut Conseil de la famille, de lui formuler des propositions sur une diminution des dépenses. L'objectif étant de mieux cibler les prestations sur les publics qui en ont le plus besoin. Va-t-on vers une fiscalisation de certaines prestations, un abaissement des plafonds de ressources, voire ... une mise sous conditions de ressources des allocations familiales ? Une mesure décidée très provisoirement par Lionel Jospin en 1998 avant qu'elle ne soit invalidée par le Conseil constitutionnel.

François Hollande a promis une réforme de la dépendance pour la fin de l'année

Et, paradoxe, c'est dans ce contexte de restriction des dépenses sociales que François Hollande a assuré en janvier, lors d'un déplacement à Lille, que « la réforme de la dépendance sera prête d'ici la fin de l'année. » En fait, le chef de l'Etat tient avec cette déclaration à respecter un engagement de sa campagne électorale. Certes, en 2035, les plus de 75 ans devraient être près de 12 millions et ce sont déjà environ 22 milliards d'euros qui sont annuellement consacrés à la dépendance. Or, avec le vieillissement de la population, les besoins vont croître d'environ 10 milliards par an ! Ou les trouver ?

Une dette de 18,6 milliards pour l'assurance chômage

Last but not least, le régime d'assurance chômage géré par l'Unedic devrait connaître un endettement cumulé de... 18,6 milliards d'euros à la fin 2013. Certes, l'assurance chômage n'est pas directement de la responsabilité de l'Etat. Mais c'est tout de même lui qui apporte sa garantie aux emprunts de l'Unedic sur le marché obligataire et la dette de l'Unedic est assimilée à de la dette publique, prise en compte par Bruxelles. De quoi justifier le fait que l'Etat suive attentivement la négociation sur le renouvellement de la convention Unedic (qui fixe notamment les conditions d'ouverture des droits à l'assurance chômage) qui doit s'entamer à l'automne entre le patronat et les syndicats.

Autant de chantiers sociaux qui tiennent un peu des travaux d'Hercule pour le gouvernement.... Mais Hercule a mis 10 ans pour accomplir ses 12 travaux. Et il n'est pas certain qu'un an suffise au gouvernement Ayrault pour nettoyer les écuries d'Augias de la formation professionnelle et pour terrasser l'hydre des déficits de l'assurance maladie ou des dépenses famille...

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a écrit le 11/02/2013 à 16:36 :
après le mariage pour les homosexuels, le gouvernement installe un(e) transexuel(le) pour présider le groupe d'expert sur la réforme des retraites : Yannick Moreau, ancienne présidente du COR ,dixit La Tribune.
Juste un peu d'humour pour répondre à la sinistre farce que veut nous jouer le gouvernement avec son comité d'experts aux ordres .
que La Tribune publie le pédigrée de ses membres
a écrit le 08/02/2013 à 8:15 :
Premièrement depuis quand la gauche socialiste fait-elle du social?
Elle est surtout prompte à favoriser la finance et les grands groupes, ou du moins de ne surtout pas trop les contrariés; elles sont loin les promesses de campagne!!!
Les caisses de l'état sont vides; cela dépend pour qui ! Pas pour aider encore et toujours ce cher patronat et d?assurer toujours autant de privilèges aux nantis; Ces mêmes nantis qui crient aux scandale devant les "immenses privilèges du bas peuple"!
Les caisses de l'état sont vides, qui est responsable, hormis la classe politique qui a tout déréglementé, qui a confié les clés du pouvoir aux banquiers ! Faut pas s'étonner.
Faudrait pas oublier la loi "Pompidou-Giscard" qui oblige l'état à se financer sur le marché privé; quelle poule aux ?ufs d'or les intérêts de la dette.
Que dire de cette Europe "si sociale construite pour le bonheur des peuples"!
Droit du travail, retraite, assurance chômage, aides sociales..... autant d'avantages inadmissibles pour le peuple!
Ce gouvernement pratique une politique de droite , comme Mitterrand à l'époque. Droite/Gauche même combat la défense des castes supérieures, maintenir la paix sociale, et démanteler petit à petit le système de protection social.
La classe politique ne pense qu'à elle et favorise les puissants afin de s'assurer de leur soutien. Il suffit de regarder les scandales qui l'entoure.
En guise de chantier, ce démantèlement va se faire sous couvert d'une nécessité absolue quitte à l?argumenter par des contres vérités et mensonges en tout genre si coutumiers chez nos responsables politiques
a écrit le 07/02/2013 à 19:47 :
Plus que quatre ans et deux mois.
a écrit le 07/02/2013 à 19:38 :
Et dans le rôle d'Hercule nous avons le choix.....
a écrit le 07/02/2013 à 18:51 :
ne pas donner plus que ce qui est collecté. Diminuer les retraites élevées et les geler le temps que le système soit à l'équilibre. Arreter de saigner les actifs et de surrendetter les générations qui suivent les boomers....pas évident quand la générations des 30 glorieuses n'a fait que créer un système qui bénéficie à elle seule .... ou alors, les entreprises et les talents continueront à quitter ce pays.
a écrit le 07/02/2013 à 17:04 :
Les soi-disant groupe d' experts pour réformer les retraites ne sont plus crédibles, ni le gouvernement. Seules les retraites du secteur privé seront pénalisées , comme d' habitude. Les retraites de la fonction publique, les régimes spéciaux qui ne correspondent à plus rien de nos jours, et les retraites des élus conserveront tous leurs avantages : ou est la justice sociale, ou est l' égalité entre citoyens ?????
a écrit le 07/02/2013 à 16:41 :
Sapin est entrain de consoler Ayraut qui n'a pas l'air d'avoir le moral.
a écrit le 07/02/2013 à 16:40 :
C'est beaucoup avec des caisses vides et qui ne sont pas prètes de se remplir.
a écrit le 07/02/2013 à 16:37 :
Ils sont inquiets, il n'y a plus un radis dans les caisses et comme par leur matraquage fiscal ils font partir tous les gros contribuables, ils se demandent qui va payer
.
a écrit le 07/02/2013 à 16:18 :
La situation financière du pays est tellement grave que la CARSAT de la région Gironde n'a plus les moyens depuis novembre 2012 de régler les aides à domicile et ne prend donc pas de nouveaux dossiers.C'est curieux mais personne n'en parle
a écrit le 07/02/2013 à 15:02 :
Après les hausses de taxes et d'impôts, le gouvernement va laminer les acquis sociaux... les classes moyennes vont descendre d'un ou plusieurs échelons et pour certaines aller rejoindre les nombreux miséreux..par contre rien sur le mille feuilles administratif et politique, les commissions et organismes qui font des courants d'air, et les gaspillages à tout va des deniers publics.
a écrit le 07/02/2013 à 14:10 :
Ben oui, quand la maison s'ecroule on parle de la couleur des rideaux. Quand est-ce que les francais vont se reveiller ???
Réponse de le 07/02/2013 à 16:20 :
Le réveil lorsqu'il aura lieu sera terrible et très douloureux.
Réponse de le 07/02/2013 à 16:51 :
Oui, mais c'est fatigant de réfléchir...
a écrit le 07/02/2013 à 12:05 :
Depuis le début je suis sur internet (http://www.lcp.fr/lcp-en-direct/mariage-pour-tous) les débats.

Ce que j'en pense: La majorité se comporte d'une façon inacceptable. Allez voir en direct vous jugerez vous même ! Depuis hier les élus de gauche ne répondent même plus! La droite pose pourtant bien des questions valides.

Le texte présenté est INAPPLICABLE en l'état sans être un juriste moi même. Du bon sens suffit....

Pendant ce temps on ne s'occupe pas de relancer le pays avec ses 3 10-6 chomeurs.....
a écrit le 07/02/2013 à 11:38 :
ILs ont l'air dubitatifs, tous deux sur la photo...croyaient ils que ce serait du gâteau, gouverner un pays?? seraient ils déçus?........
Réponse de le 07/02/2013 à 15:38 :
Laurel et Hardy ne savent plus quoi faire...
Réponse de le 07/02/2013 à 15:41 :
AÎe, aïe, aïe... comment faire les travaux d'Hercule avec des laurel et hardy ? mission impossible !
a écrit le 07/02/2013 à 11:25 :
Bref, comme tous les pays occidentaux qui vivent à crédit et cherchent aujourd'hui à équilibrer les comptes, il va falloir organiser le remboursement de nos crédits par nos enfants. Certes ils paieront longtemps pour nos avantages auxquels eux n'auront pas droit (car non viables économiquement), mais nous leur léguons un monde à peu près en paix, c'est un lot de consolation.
Réponse de le 07/02/2013 à 11:56 :
un monde à peu près en paix....vous semblez bien optimiste, mais bon, chacun voit midi à sa porte
Réponse de le 07/02/2013 à 14:19 :
et bien il ne vous faut pas grand chose pour être satisfait, affligeant.
Réponse de le 07/02/2013 à 15:47 :
A partir du moment ou les entreprises et états se livrent à une guerre financière ...
Et il est évident que les petits enfants, arrière petits enfants et arrière-arrière petits enfants vont aussi devoir payer (sauf à envisager que l'on rembourse 100Milliards/an les 25 prochaines années).
a écrit le 07/02/2013 à 11:21 :
vu l'incompétence des hommes politiques et leurs le décalage de plus en plus criant qu'ils ont avec la réalité, on peux se faire beaucoup de soucis, nous parce que eux ils auront toujours leurs alaires injustifiés et tous leurs priviléges, cobien de temps cela va -t-il encore durer
Réponse de le 07/02/2013 à 16:06 :
Aussi longtemps que l'Humanité. L'Histoire nous enseigne au moins cela, à chaque révolution, on ne fait que remplacer les profiteurs. Et par pitié, ne parlez surtout pas de vote et d'élection.

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