Et si les clubs de foot français étaient financés par leurs supporters ?

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De nombreux supporters de clubs français pensent à développer un modèle où ils pourraient s'impliquer dans la vie du club, comme dans le cas des socios en Espagne.
De nombreux supporters de clubs français pensent à développer un modèle où ils pourraient s'impliquer dans la vie du club, comme dans le cas des socios en Espagne. (Crédits : Reuters)
Des supporters bientôt actionnaires de leur club de cœur ? L'idée fait son chemin en France.

La fièvre monte à l'Olympique de Marseille. Au coeur des tensions, la gestion du club, que l'entraîneur Marcelo Bielsa a vivement critiqué lors de sa conférence de presse du 4 septembre dernier. La cible : son président, Vincent Labrune. Depuis cette sortie médiatique, nombreuses ont été les réactions de supporters comme celles de Rendez-nous l'OM ou OM : La révolution commence. Mais hormis Tous ensemble pour financer l'OM, aucune de ces organisations ne propose d'alternative. Il en existe pourtant une : faire des supporters des actionnaires de leurs clubs, comme cela existe à l'étranger.

"Une réaction au foot-business"

Plusieurs pétitions en ce sens ont été lancées sur Internet par des supporters du club phocéen, du Paris Saint-Germain ou des Girondins de Bordeaux pour faire devenir des  "socios", à l'image des supporters du FC Barcelone en Espagne. L'avantage ? Les supporters seraient ainsi capables d'élire et de révoquer le président du club, comme Sandro Rosell, ancien président du Barça débarqué en janvier 2014, suite à une plainte d'un "socio" sur l'irrégularité du transfert de Neymar, en juin 2013.

Cette idée est notamment défendue par le Conseil national des supporters de football (CNSF). Luc Arrondel, directeur de recherche en économie au CNRS et membre du comité d'orientation du CNSF, parle pour La Tribune d'un mouvement "en réaction au foot-business, qui s'est développé ces 30 dernières années."

Un mouvement anti "foot business" qui n'effraie pas certains dirigeants du football français. C'est le cas de Bernard Caïazzo, l'homme d'affaires et président de l'ASSE, le club de Saint-Étienne, qui s'est récemment dit ouvert à une acquisition de la majorité du capital du club par les supporters en échange d'un droit de regard et de décision dans la gestion du club.

Les supporters sont "l'élément permanent" d'un club

Les procédés pour entrer au capital d'un club diffèrent dans les pays en fonction de la forme juridique explique Luc Arrondel. Il est plus facile d'entrer dans le capital des clubs anglais que dans celui des clubs français car outre-Manche, les clubs sont cotés en bourse et les supporters, réunis en association, peuvent acheter les actions émises.

Mais la finalité peut, elle aussi, diverger selon les supporters. D'un côté, il y a l'exemple de l'association À la Nantaise, un groupe qui souhaite entre au capital du FC Nantes :

"La finalité pour les supporters n'est pas d'entrer dans la gestion, la direction, mais d'être dans le conseil d'administration du club, afin d'être au courant des décisions de la direction, puis de former une représentation démocratique. Les supporters ne sont pas de simples clients. Ils sont l'élément permanent du club puisque les joueurs, les entraîneurs ou les présidents ne restent plus très longtemps dans un club désormais," explique le spécialiste du CNSF.

Un projet sur les rails à l'Assemblée ?

De l'autre, la réflexion est engagée pour que les supporters des clubs français deviennent de véritables partenaires financiers, s'impliquant davantage dans la gouvernance du club. Et c'est là tout l'intérêt pour les clubs, qui peuvent trouver ainsi de l'argent frais afin de monter en gamme.

Le rapport "Pour un modèle durable du football français", présenté par le député socialiste des Hautes-Pyrénées Jean Glavany en janvier 2014, va dans ce sens. Celui-ci suggère en effet une ouverture et une diversification du capital des clubs français, notamment au profit des supporters.

L'ancien ministre de l'Agriculture estime que l'actionnariat populaire, en plus de l'avantage financier, permet par ailleurs d'améliorer l'image du club en distinguant mieux les supporters violents "très peu nombreux" de la grande majorité des aficionados, dont l'image est encore celle "d'il y a 30 ans" selon le député. Cette décision permet en effet de mieux associer la majorité calme des supporters à la vie du club, même si ce n'est pas la "solution miracle".

Un modèle en crise en Espagne

De fait, il ne saurait être vu comme la panacée non plus sur le plan financier. Comme en atteste la crise que le modèle basé sur les "socios" traverse en Espagne. Les raisons sont multiples. La situation macroéconomique du pays, notamment, a fait des dégâts. De nombreux "socios" sont en effet des travailleurs. Or, beaucoup ont perdu leurs emplois ces dernières années.

Le taux de chômage dans la communauté autonome de Catalogne, par exemple, a de fait grimpé en flèche depuis 2007, pour atteindre 23,1% de la population active âgée de 15 ans et plus en 2013, d'après les données d'Eurostat. Sans ressource, les "socios" barcelonais ont par conséquent eu du mal à soutenir les finances de leur club.

Le club du FC Barcelone a néanmoins réussi à réduire son endettement de 431 millions d'euros en 2009/2010 à 287 millions d'euros en 2013/2014. Mais ce sont les parrainages et les accords commerciaux qui ont quelque peu rééquilibré la balance. En clair, ce système a bien des avantages, mais il ne peut non plus remplacer complètement le fameux "foot business".

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Commentaires
a écrit le 14/09/2014 à 18:17 :
Que les joueurs commencent par investir leurs millions dans leur club plutôt que de creuser sa dette...
a écrit le 12/09/2014 à 12:26 :
excellente initiative. QUe le contribuable arrete de payer et que les supporters mettent la main a la poche serait normal. par contre, je me demande comment les clubs vont reussir a claquer autant pour les joueurs si c est le supporter moyen qui paie: celui etant dans les CSP-, il ne peut pas payer des fortunes
a écrit le 11/09/2014 à 21:50 :
"Il est plus facile d'entrer dans le capital des clubs anglais que dans celui des clubs français car outre-Manche, les clubs sont cotés en bourse"
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C'est inexact: à part Manchester United, dont une partie du capital (10%) est cotée au New York Stock Exchange, aucun club anglais n'est plus coté en bourse.
Réponse de le 12/09/2014 à 11:20 :
club côté en bourse: Arsenal Holdings, Newcastle United, Rangers Football Club, Charlton Athletic, Birmingham City, Manchester City, Southampton Leisure, Sheffield United, Celtic, Preston North End, Watford Leisure, Millwall Holdings et Tottenham Hotspurs.

Manchester United a longtemps été un titre phare jusqu’à son retrait en 2005 par les américains de Malcolm Glazer pour la bagatelle de 1,48 milliards de dollars.
a écrit le 11/09/2014 à 18:42 :
Détrompez vous, contrairement aux supporteurs dans d'autres pays, le supporteur de foot français ne soutient son équipe dès qu'elle gagne.
Réponse de le 14/09/2014 à 18:19 :
C'est la stricte définition d'un actionnaire. Un investisseur ne parie jamais sur la perte de son capital.
a écrit le 11/09/2014 à 15:38 :
se sont les joueurs qui ferait la g.... je vois bien l'autre du PSG diminuer son salaire de 1.5millions à 2 ou 3000 euro c'est paris qui ferais des économies comme toute ville et sa ferait baisser les impôts locaux
a écrit le 11/09/2014 à 14:00 :
Voilà une décision qui serait bonne et économiquement logique mais il faudrait que nos chers élus soient courageux et arrêtent de donner des subventions à ces club qui ne contribuent en rien à l'image de leur ville contrairement aux dires de certains. Les clubs de foot uniquement financés par leurs spectateurs, leurs sponsors (à condition que leur contribution ne soit pas déductible des impôts) et leurs actionnaires cela me semble être la logique économique même. et cela freinerait peut être les rémunérations extravagantes de certains.
a écrit le 11/09/2014 à 9:53 :
Ils tomberaient vite vite en faillite !!

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