Chypre : une mesure "dangereuse" pour certains économistes

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Le drapeau de Chypre. Copyright Reuters
Le drapeau de Chypre. Copyright Reuters
En échange du plan d'aide européen, Chypre devra mettre en place une taxe sur les dépôts bancaires. Une mesure "dangereuse" pour la zone euro jugent les économistes.

Objectif : ne pas faire exploser la dette publique. Samedi, en échange d'un plan d'aide européen de 10 milliards d'euros, Chypre a du accepter de créer une taxe sur les dépôts bancaires. Les dépôts inférieurs à 100.000 euros seront taxés à 6,75%, ceux en dessus à 9,9%. Des négociations sont encore en cours, pour tenter de faire baisser le taux sur les montants les plus faibles. "Le PIB de Chypre est de 20 milliards d'euros, donc il n'était pas vraiment envisageable de rajouter 17 milliards d'euros à la dette publique", explique Alexandre Vincent, économiste à BNP Paribas. Il s'agissait de casser le cercle vicieux qui a déjà touché l'Irlande et menace l'Espagne : sauver des banques coûte cher à l'Etat, qui perd alors la confiance des marchés.

Le "bank run" évité...

Pour éviter un "bank run", une fuite de capitaux hors du pays, Nicosie a aussitôt gelé les dépôts : tous les déposants payeront le montant de la taxe sur ce qu'ils avaient en banque le 16 mars. Les banques restent fermées au moins jusqu'à mardi. Sûrement jusqu'au vote du parlement sur le plan d'aide.

Résultat : les économistes n'envisagent pas de sortie massive. Mais "cela va écorner la réputation et à terme le fonctionnement de l'économie bancaire chypriote", ajoute Alexandre Vincent. Les riches déposants russes, en partie visés par cette taxe, pourraient opter pour d'autres paradis fiscaux pour leurs futurs placements.

"Pour autant, Chypre garde un certain nombre d'atouts, notamment la fiscalité attractive qui est à peine touchée", note Alexandre Vincent. L'économiste fait cependant remarquer que "le fait de faire reposer la taxe aussi sur les petits déposants ne va pas favoriser le rebond dans cette économie fragilisée". L'économie chypriote, en récession en 2012, devrait le rester cette année.

...mais la propagation est possible

Le risque n'est pas le même pour le reste de la zone euro. Et c'est là où la mesure est jugée "dangereuse" par Jézabel Couppey-Soubeyran, maître de conférence à l'université Paris I. "Je crains que cette décision mette le feu aux poudres dans une zone euro tout juste rétablie", explique-t-elle. Les économistes s'inquiètent d'une montée de la panique, notamment en Espagne, où les banques restent fragiles.

Le fait que cette taxe touche les petits déposants, déjà touchés par la mauvaise conjoncture, est "un message très injuste", ajoute-t-elle. "Mettre à contribution les épargnants fortunés est un bon principe qu'on avait oublié ces derniers temps", mais elle regrette qu'un seuil n'ait pas été instauré. En Europe, les comptes bancaires sont garantis jusqu'à 100.000 euros. "Aujourd'hui on réglemente les banques pour protéger les déposants. Dans ce cadre là, on ne protège pas les déposants", souligne-t-elle.

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Commentaires
a écrit le 18/03/2013 à 21:31 :
Au dessus de 100.000 ? l intelligentsia étatiste considère que vous êtes un voleur.
a écrit le 18/03/2013 à 20:45 :
Nos policards nous préparent de sales coups depuis longtemps: CHYPRE est un ballon d'essai, si la mesure passe la bas il n'y a aucune raison qu'elle ne passe pas ailleurs en EUROPE, en FRANCE par exemple. ça ne redressera pas l'économie mais nous on sera tondu, et c'est tout ce qu'ils cherchent d'ailleurs
a écrit le 18/03/2013 à 20:25 :
je viens enfin de comprendre pourquoi quelqu un a transferre son compte suisse a singapour
sauve qui peut ( si vous n avez pas compris ne venez pas pleurez ensuite ) !
a écrit le 18/03/2013 à 18:44 :
Les plus fûtés auront compris que leur argent n'est pas à l'abri chez eux et qu'ils doivent donc, quand ils en ont les moyens, voir d'autres horizons :-)
a écrit le 18/03/2013 à 17:29 :
Mesure techniquement logique car sans secours les banques faisaient faillite et tout ou partie des dépôts devenaient irrécouvrables, mais mesure psychologiquement désastreuse comme le souligne cette universitaire, elle a raison car demain nous pouvons assister à une panique bancaire en Grèce ou en Espagne, car qui croira maintenant à la garantie des dépôts à hauteur de 100000 euros ? Comme en tout mal il y a un bien, cela aidera peut-être nos eurolatres à comprendre qu'il faut en finir avec cet essai raté de monnaie unique. Bof ! Après tout son ancêtre bien oubliée "l'Union Latine" a disparu elle aussi et pourtant elle réunissait des pays plus proches et moins nombreux.
a écrit le 18/03/2013 à 16:44 :
ca y est cela sonne le glas de la démocratie . Après Bruxelles de non élus de commissaires et ses traités décidés par avance, la BCE qui gère contre les intérêts des nations . Voici les comptes des épargnants sont bloqués arbitrairement!
a écrit le 18/03/2013 à 16:31 :
cette mesure irresponsable risque de provoquer un bank run dans toute la zone euros pour " sauver " quelques banques chypriotes insignifiantes, qui sont de toute façon discréditées par cette décision
a écrit le 18/03/2013 à 16:10 :
Si cette mesure pouvait au moins faire "sauter" l'europe et l'euro, nous aurions gagné un temps précieux.

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