Battue au football, que veut l'Ukraine, l’Europe ou la Russie?

Romaric Godin

Romaric Godin
C'est entendu, l'Ukraine, stoppée mardi soir par l'équipe de France, n'ira pas au Brésil l'an prochain. Mais c'est peut-être le moindre des soucis du gouvernement de Kiev. Car le pays fait face à un choix critique et urgent pour son avenir. Le 28 novembre prochain, le sommet européen qui se réunira à Vilnius doit décider si l'Union européenne accepte finalement de signer un traité d'association avec son voisin oriental. Ou si, encore une fois, il claque au nez de Kiev la porte européenne.
Mais pour signer, l'Europe - et en particulier l'Allemagne - attend ce qu'Angela Merkel a appelé « un pas crédible » de l'Ukraine vers la démocratie et l'Etat de droit. Ce « pas », c'est pour les 28, la libération de Ioulia Timoschenko, cette ancienne premier ministre, opposante à l'administration actuelle, condamnée pour corruption à 7 ans de prison dans des conditions jugées à l'ouest inéquitables. Sans un geste décisif de Kiev vers cette libération, l'UE ne signera pas, dans 13 jours, le traité d'association.
L'ennui, c'est que le gouvernement du président Viktor Yanukovitch hésite sur la voie à suivre. Mercredi, la Rada, le parlement ukrainien, a repoussé sa décision sur le cas Timoschenko. Kiev doit aussi compter avec le voisin russe qui voit d'un fort mauvais œil ce traité d'association et qui ne ménage pas ses efforts et ses menaces pour empêcher sa signature. Récemment, des exportations ukrainiennes ont été bloquées à la frontière russe.
Moscou a, il est vrai, son propre projet pour l'Ukraine : l'attirer dans son union économique et douanière eurasienne, qui regroupe aujourd'hui outre la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan et qui semble attirer l'Arménie. Le gouvernement de Vladimir Poutine entend en réalité maintenir l'influence russe dans un pays où 18 % de la population se définit comme « russe », où la langue de Tchékhov est parlée par la totalité de la population à l'est et au sud du pays et qui est perçu comme le berceau de la culture russe.
Si l'Ukraine tourne le dos à Moscou, ce sera perçu en Russie comme une défaite géostratégique majeure. Les régions orientales de l'Ukraine ont été conquises par Pierre le Grand au début du 18ème siècle…
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Depuis son élection en 2010, Viktor Yanukovitch, en théorie candidat pro-russe, a tenté de maintenir une forme d'équilibre entre Moscou et Bruxelles. Tout en donnant des gages de sa fidélité à Vladimir Poutine, il a tenté de renforcer l'indépendance énergétique de son pays en passant des accords avec des géants du secteur comme Chevron ou Shell. Mais l'équilibre est instable et malaisé.
La situation économique de l'Ukraine est préoccupante. Le pays est en récession profonde depuis trois trimestres, cette année, le PIB devrait, selon les équipes de BNP Paribas, reculer de 0,4 %. Ses principaux marchés d'exportation, notamment l'acier et les fertilisants, marquent le pas. Les prix commencent à baisser et le déficit courant devrait atteindre 5,5 % du PIB.
La Banque Nationale d'Ukraine (NBU) tente de maintenir la parité du hryvnia, la monnaie ukrainienne, face au dollar aux alentours du pivot de 8,1 hryvnias pour un dollar. Mais cette politique, qui pèse sur la croissance du pays, coûte cher à la NBU, compte tenu du déficit courant du pays. Or, les réserves de devises de cette dernière chutent rapidement.
Chez BNP Paribas, on n'exclut donc pas, dès l'an prochain, une crise qui s'accompagnerait « d'une dévaluation significative et d'une restructuration de la dette souveraine. » L'Ukraine a été dégradée par Fitch et Standard & Poor's de B à B- au début du mois de novembre. C'est juste un cran au dessus du niveau de « risque de défaut substantiel » où Moody's le classe déjà avec sa note Caa1.
Qu'apporterait le traité d'association avec l'UE ? D'abord, un accès facilité au marché européen, ce qui pourrait être un salut pour ses produits ukrainiens et pour sa balance commerciale. Selon la presse allemande, le commissaire européen à l'énergie, Günther Öttinger proposerait à Kiev un accord gazier. L'UE serait prête notamment à fournir à l'Ukraine du gaz russe qui lui a été livré à un coût moindre que celui demandé par Moscou via la Slovaquie. Un accord qui, bien sûr, rend furieux Gazprom et Moscou.
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Surtout, la signature de cet accord, tant de fois repoussée, serait un geste symbolique qui ancrerait le pays à l'Union européenne et redonnerait confiance aux investisseurs internationaux et au FMI qui pourrait bien être invité l'an prochain à Kiev. Sinon, il faudra se tourner vers Moscou et espérer une aide d'une Russie qui est également économiquement peu vaillante.
Romaric Godin
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