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ÉconomieUnion européenne

Pourquoi l'Italie ne retrouve pas le chemin de la croissance

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 18 septembre 2014 à 07:00 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 12:59

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Ce n'est pas le manque de réformes mais plutôt les conséquences de la politique d'austérité qui ont pesé sur l'activité en Italie.

L'annonce a fait l'effet d'une douche froide de l'autre côté des Alpes. L'OCDE a révisé lundi à la baisse les prévisions de croissance pour l'Italie pour 2014 et 2015. Selon l'organisation internationale, le pays devrait être le seul du G7 à connaître une contraction du PIB cette année, sans doute de 0,4 %. Ce serait alors la troisième année consécutive de contraction du PIB italien qui, depuis 2012, a reculé de 4,6 %. Et l'avenir n'est guère réjouissant. Pour 2015, l'OCDE prévoit une hausse de 0,1 % de la richesse nationale. Les analystes de Bank of America Merrill Lynch, qui ont également revu à la baisse (de 0,3 % à -0,3 %) leur prévision de croissance du PIB pour cette année, estiment même qu'une contraction en 2015 est possible, ajoutant : « La croissance du PIB sera probablement proche de zéro pour les trois prochaines années. »

Plus de réformes nécessaires ?

« L'effet Renzi », du nom du président du conseil arrivé au pouvoir en février 2014 avec de nombreuses ambitions, a donc fait long feu sur l'économie italienne. Le Premier ministre a eu beau distribué 80 euros au printemps aux contribuables italiens, il a eu beau promettre monts et merveilles, l'activité péninsulaire ne décolle pas. Sa situation reste des plus préoccupantes au sein de la zone euro. Pourquoi ? Pour les partisans des réformes, la réponse est évidente : pas assez de réformes ! Et de pointer du doigt la différence avec l'Espagne qui, elle, connaît une croissance plus vigoureuse (1,5 % cette année). Ce point de vue a, du reste, été adopté par Matteo Renzi puisque, au lendemain du choc des annonces de l'OCDE, il s'est engagé à mener une nouvelle réforme du marché du travail, espérant recréer les conditions de la « confiance. »

Est-ce là réellement le problème de l'Italie ? Le pays a pourtant sous les gouvernements de Mario Monti (novembre 2011-avril 2013), puis d'Enrico Letta (avril 2013-février 2014), connu une vague de « réformes », notamment dans le domaine du marché du travail. Les économistes les avaient jugées « trop timides », pourtant leurs effets sur l'économie italienne ne sont guère visibles. Même les économistes de Goldman Sachs, peu soupçonneux de vouloir nier l'importance de telles réformes, remarquent qu'il faut cinq ans à des « réformes structurelles » pour voir une amélioration et reconnaissent que la croissance espagnole n'a pas grand-chose à voir avec les « réformes. »

L'Italie décrochée par l'Espagne

Certes, le coût de la main d'œuvre continue de progresser plus vite en Italie que dans la zone euro et, particulièrement, que l'Espagne. Au deuxième trimestre, par exemple, selon Eurostat, le coût total de la main d'œuvre dans l'industrie a progressé sur un an de 1,7 % en Espagne et de 2,7 % en Italie. Mais cet écart ne dit rien en réalité. Les exportations italiennes et espagnoles sont en effet peu comparables. Les deux pays sont présents sur des marchés fort différents. Les biens d'équipement constituent ainsi un tiers des biens exportés par l'Italie, contre seulement 9 % en Espagne.

Du reste, malgré des coûts de main d'œuvre élevés, les exportations italiennes restent le seul point fort de l'économie transalpine qui dégage un excédent commercial, particulièrement en ce qui concerne les biens industriels. L'erreur commise par ceux qui attendaient un retour à la croissance de l'Italie en 2014 a été de surestimer l'impact positif des réformes et de compter sur une reprise stimulée par la demande externe. Elle a aussi été de sous-estimer les impacts négatifs de la stratégie de « réforme » sur l'économie. Aussi, la volonté de Matteo Renzi de presser le pas dans cette direction apparaît comme fort risquée. Elle est d'autant plus étrange que la pression des marchés n'existe plus : le 10 ans italien affiche un taux de 2,45 % contre plus de 7 % à la fin de 2011.

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L'Italie paie cher l'austérité des années Monti

En réalité, l'Italie paie encore très cher l'austérité. A partir de 2011, Mario Monti et Enrico Letta ont fortement pressé l'économie pour ramener le déficit des comptes publics sous les 3 % du PIB et dégager à nouveau un excédent budgétaire primaire (hors intérêt de la dette). Mais cet effort rapide et violent a eu des conséquences terribles à court et long terme. L'effet récessif de cette consolidation budgétaire à marche forcée a été considérable. Selon Goldman Sachs, en 2012 et 2013, cette politique a ôté deux points de PIB à l'économie italienne. Il s'en est suivi une dégradation rapide de la demande intérieure, au moment où l'austérité généralisée en zone euro fragilisait les exportations industrielles du pays. L'Italie s'est alors rapidement retrouvée sans moteur pour son économie. Et désormais, rien n'est plus difficile que de le rallumer.

manque d'innovation et d'éducation

Dans une étude récente, le think tank bruxellois Bruegel tentait d'expliquer l'apathie de l'économie italienne. Une des principales raisons est la faible productivité due à un manque d'investissement dans l'innovation et l'éducation. Libéraliser le marché du travail sans régler ce problème risque de n'être guère utile, sauf à vouloir faire glisser l'Italie sur des marchés où la compétitivité coût est essentielle. Or, pour régler ce nœud gordien de la croissance, il faut de l'investissement. Public et privé. L'austérité a bloqué un investissement public déjà fortement grevé depuis le milieu des années 1990 en raison, principalement, du poids de la dette. Elle a aussi fait pression sur les marges des entreprises transalpines, les encourageant à encore réduire l'innovation dans les budgets des entreprises. Autrement dit, l'austérité a aggravé les problèmes structurels de la Péninsule.

La désindustrialisation

L'autre conséquence, c'est la destruction de la capacité industrielle du pays. La production industrielle a reculé de 1 % en juillet dernier sur un an. Depuis 2010, elle a reculé de 9,6 %. De fait, même avec des réformes musclées, cette désindustrialisation accélérée de l'Italie la rend moins capable de répondre (la productivité, rappelons-le, est faible) à une augmentation potentielle (elle n'existe pas encore) de la demande externe. Les exportations ont donc naturellement un impact moins notable sur la croissance. Pour reconstituer cette capacité industrielle, il faudrait des investissements nouveaux. Mais la poursuite de l'austérité continue de peser sur l'investissement. Sur un an, au deuxième trimestre, ils ont reculé de 2,1 %.

La faiblesse du crédit bancaire

Ici vient le troisième nœud de la croissance italienne : l'absence de crédit bancaire. Pour investir, il faut pouvoir emprunter. Or, à la différence de l'Espagne, le secteur bancaire italien n'a pas été recapitalisé pendant la crise. On ignore son état réel qui apparaîtra en octobre, lorsque l'on connaîtra les résultats de la revue de la qualité des actifs (AQR) menée par la BCE. Goldman Sachs met ainsi en évidence le fait que les mesures de la BCE se sont révélées plus efficaces en Espagne qu'en Italie. Les banques transalpines doivent donc se montrer prudentes, et les faibles perspectives économiques ne les engagent guère à se montrer plus prêteuses, malgré les actions de la BCE. Selon les chiffres de la Banque d'Italie, les taux moyens pratiqués par les banques pour les entreprises non financières sont supérieurs en juillet 2014 à ce qu'ils étaient en août 2013 (3,68 % en moyenne contre 3,62 %). Les conditions d'obtention restent contraignantes : la masse monétaire s'est certes redressée au cours du premier semestre, mais elle reste encore inférieure à celle de juillet 2012... Maintenir l'austérité, accélérer les réformes, c'est encore rendre plus ternes les perspectives et plus prudentes les banques.

La dette continue de peser

A ceci s'ajoute le dernier nœud : celui de la dette. Avec une dette publique de 135 % du PIB, les finances publiques sont prises dans un cercle vicieux. Le pays doit dégager des excédents primaires considérables pour demeurer sous le seuil des 3 % du PIB. Les gouvernements sont donc condamnés à l'austérité budgétaire. On a vu comment cette dernière pesait sur la croissance. Or, sans croissance - et sans inflation - le ratio dette sur PIB progresse encore, contraignant à nouveau à un tour de vis budgétaire... L'Italie est peut-être le pays d'Europe le plus réellement menacé par la déflation. Comme l'Espagne, le pays connaît désormais une inflation négative, mais à la différence de l'Espagne, l'ajustement par les salaires n'a pas été réalisé. Du coup, les marges des entreprises sont mises à plus rude épreuve en Italie qu'en Espagne. Et ceci entretenant la déflation risque de peser encore plus sur la dette...

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La situation italienne est donc critique. Compter sur de nouvelles réformes et de nouvelles économies pour « retrouver la confiance » serait en réalité ajouter des maux au mal et faire davantage plonger le pays. Pourtant, stopper l'austérité ne suffira pas. L'Italie a, en réalité, au minimum besoin d'un choc de croissance que ni l'État italien, ni le secteur privé ne peuvent réellement apporter. D'où l'importance des investissements européens et de la politique de la BCE pour casser le cercle vicieux dans lequel se perd la troisième économie de la zone euro. Les besoins de l'Italie, toujours pénalisée par son Mezzogiorno, ne manquent pas. Mais ni le TLTRO de la BCE, ni le plan Juncker ne semblent à la mesure du danger. Comme le soulignait un stratège de Mediobanca au quotidien britannique Telegraph mardi, « il va falloir une bombe nucléaire monétaire pour renverser la tendance (...). Sinon, l'Italie est morte ! »

Romaric Godin

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