Les actionnaires d'Arcelor rejettent le rapprochement avec Severstal

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Les actionnaires du géant européen de l'acier Arcelor ont renoncé vendredi, à 57,94%, à leur projet de mariage avec le sidérurgiste russe Severstal, suivant la recommandation du conseil d'administration d'Arcelor, qui a accepté dimanche dernier une fusion avec Mittal.

La situation s'éclaircit enfin dans la longue bataille boursière qui fait rage autour du sidérurgiste Arcelor. Les actionnaires, présents à plus de 50% lors de l'assemblée générale extraordinaire du groupe, ont en toute logique repoussé le mariage avec Severstal. Ils ont ainsi suivi la recommandation du conseil d'administration du sidérurgiste européen, dégageant la voie à la fusion pour Mittal. Le conseil d'administration va donc procéder à la résiliation du contrat liant Arcelor avec Alexeï Mordachov, PDG du groupe russe, a déclaré le président du conseil d'administration, Joseph Kinsch, lors d'une assemblée générale d'actionnaires à Luxembourg. Ces fiançailles avaient été annoncées en grandes pompes le 26 mai dernier. Severstal était alors présenté comme le chevalier blanc pour faire face à l'OPA hostile lancé par Lakshmi Mittal en début d'année. Dimanche dernier, les dirigeants d'Arcelor ont fait volte-face en décidant de finalement se marier avec leur ex-rival Mittal.

Plus de 50% de la totalité du capital d'Arcelor était nécessaire pour rejeter le mariage avec Severstal. Vendredi matin Arcelor et Mittal semblaient assez "confiants" sur le fait d'avoir réuni le quorum nécessaire pour faire échec à cette alliance russo-européenne. Les quelque 15% du noyau dur du groupe, le financier franco-polonais Romain Zaleski (7,8%), l'Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam) de Colette Neuville (2,5%) et au moins 20% d'actionnaires ayant déjà déclaré voter contre le mariage avec Severstal.

De son côté, Colette de Neuville, présidente de l'Adam, ne décolère pas estimant que le conseil d'administration d'Arcelor avait "mis les actionnaires en risque" et entend demander "sa révocation à la première occasion", car "les actionnaires n'ont pas été traités comme les propriétaires du groupe". "Entre la proposition de Mittal et celle de Mordachov, le conseil d'administration a bien fait de recommander celle de Mittal. Si Mordachov fait une offre sur Arcelor, les actionnaires seront ravis", a-t-elle cependant déclaré.

Malgré ce rejet, Joseph Kinsch a estimé que le mariage avec le sidérurgiste russe Severstal était le meilleur projet industriel pour Arcelor. " Le projet a beaucoup été critiqué par le marché et par certains de nos actionnaires. Le marché a mal réagi", a-t-il expliqué. "Nous avons sans doute sous estimé la réaction des marchés", a-t-il ajouté. Ce projet avec Severstal n'a "pas été sorti du chapeau mais était dans les cartons depuis un moment" et un projet d'alliance "avait failli aboutir il y a deux ans", s'est justifié Joseph Kinsch, rappelant que Severstal et Arcelor étaient des partenaires industriels depuis près de dix ans. Il a ainsi longuement défendu sa stratégie de défense anti-Mittal au cours des cinq derniers mois.

Joseph Kinsch a répété que cette alliance avec son ex-rival constituait un "mariage de raison qui je l'espère va durer". Il a reconnu que la "valeur" proposée par Mittal était "supérieure pour les actionnaires". Mittal a en effet relevé son offre d'achat mixte dimanche 40,4 euros par action Arcelor, valorisant le groupe européen à 25,4 milliards d'euros. "Mais le plus dur reste à faire, intégrer ce groupe immense et réussir la fusion", a-t-il ajouté. La date de clôture de l'OPA de Mittal sur Arcelor, désormais amicale, a été repoussée du 5 au 12 juillet, a-t-il précisé. Il a également déclaré qu'un mariage à trois entre son groupe, Mittal et Severstal est "tout à fait réalisable", mais qu'un "mariage simultané présenterait des risques très importants d'exécution".

Hier encore, Severstal faisait planer le suspense, assurant qu'il examinait "toutes les options", quant à une possible surenchère pour éviter qu'Arcelor ne fusionne avec Mittal. Les gendarmes boursiers français, belge, luxembourgeois et espagnol lui ont alors demandé de "clarifier" ses intentions sur Arcelor.

Joseph Kinsch a également indiqué au cours de l'assemblée que le premier actionnaire de son groupe avec 7,8% du capital, le financier Romain Zaleski n'avait pas l'intention de demander un siège d'administrateur. "Il m'a répondu qu'il n'avait pas l'intention de devenir un administrateur. Nous restons en contact hebdomadaire avec Monsieur Zaleski pour l'écouter", a-t-il déclaré. Roman Zaleski est monté au capital au cours de ces derniers mois en pleine bataille avec Mittal.

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