Boeing réintègre Spirit AeroSystems pour reprendre le contrôle de sa qualité
latribune.fr
Des fuselages d'avion destinés à l'usine de production du Boeing 737 Max attendent leur expédition au siège de Spirit AeroSystems à Wichita, dans le Kansas.
/FW1HFS/Janane Venkatraman - REUTERS - Nick Oxford - Nick Oxford
Le géant américain de l’aéronautique vient d’officialiser la réintégration de son ex-filiale Spirit AeroSystems pour 4,7 milliards de dollars, une opération jugée vitale pour maîtriser sa chaîne d’approvisionnement. Cette décision, actée après l’incident du 737 MAX 9 d’Alaska Airlines, vise à juguler la crise de qualité profonde qui secoue l’avionneur depuis janvier 2024.
Le constructeur aéronautique américain Boeing a annoncé la finalisation du rachat de son principal sous-traitant, Spirit AeroSystems. L’opération, menée entièrement par échange d’actions, valorise Spirit AeroSystems à 4,7 milliards de dollars, soit 8,3 milliards de dollars en incluant sa dette. C’est un changement de cap pour Boeing qui avait accordé son indépendance à cette entité en 2005, dans le cadre d’une politique d’externalisation massive visant à se concentrer uniquement sur l’assemblage final de ses appareils. La réintégration décidée à l’été 2024 met un terme à cette période.
La réponse à la crise du 737 MAX
Cette transaction est une conséquence directe de la crise qualitative sans précédent que traverse Boeing. Après l’incident survenu le 5 janvier 2024 à bord d’un 737 MAX 9 d’Alaska Airlines, les deux entreprises ont été placées sous surveillance étroite, l’événement ayant révélé de sérieux problèmes de qualité de la production. L’intégration vise clairement à améliorer la supervision de la fabrication et à renforcer le contrôle sur les éléments structurels essentiels fournis par Spirit, qui était devenu l’un des plus importants fournisseurs mondiaux dans ce domaine.
Kelly Ortberg, le patron de Boeing, a qualifié ce mouvement d’étape charnière dans l’histoire de l’avionneur. Les activités commerciales et après-vente de Spirit AeroSystems sont désormais totalement absorbées par Boeing. Ce sont environ 15 000 employés répartis sur cinq sites qui changent de structure.
Une restructuration complexe validée par les autorités
Le rachat a nécessité l’approbation de plusieurs autorités de la concurrence. L’opération a été validée au Royaume-Uni, en France, par la Commission européenne, et, plus récemment, le 3 décembre, par l’autorité américaine (FTC). Cette dernière a cependant imposé deux conditions. Ces exigences de cessions d’actifs étaient toutefois déjà actées par les parties depuis plusieurs mois et n’ont pas bloqué le processus.
L’une des principales complexités de ce rachat tient à l’écosystème commercial de Spirit. En 2023, sur les 6,05 milliards de dollars de chiffre d’affaires réalisés par le sous-traitant, 70 % provenaient de Boeing. Les 30 % restants étaient partagés entre le concurrent européen Airbus (environ 23 %) et d’autres clients de premier plan comme Lockheed Martin, Northrop Grumman, Bombardier, Rolls-Royce, et le gouvernement américain pour des équipements militaires.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Airbus récupère ses activités et Spirit Defense reste indépendant
La question des concurrents a été gérée par des cessions spécifiques. Airbus a ainsi repris les activités qui le concernaient directement. Le constructeur européen a annoncé lundi accueillir plus de 4 000 nouveaux collègues issus de Spirit. Parallèlement, le site de Subang en Malaisie a été cédé au groupe malaisien CTRM pour un montant de 95,2 millions de dollars, selon les documents financiers disponibles.
Pour les activités de défense et spatiales, Boeing a créé une filiale baptisée Spirit Defense. Cette entité, rattachée à la branche Boeing Défense, Espace et Services (BDS), conserve une gouvernance et des opérations indépendantes. Cette structure est destinée à assurer la continuité des contrats de défense existants et à préserver sa capacité à servir l’industrie de défense, y compris les concurrents de Boeing. Le constructeur s’est engagé à mettre en place des « murailles de Chine » strictes, des « frontières opérationnelles » conçues pour protéger les informations concurrentielles et prévenir tout risque de conflits d’intérêts.
(Avec AFP)
Retrouvez notre série : Boeing, le géant qui vacille
1. Kelly Ortberg, l’homme du dernier espoir Risque de faillite, grève et confiance au plus bas… Kelly Orberg n'a pas eu le temps de s'échauffer pour essayer de sortir Boeing de la spirale négative dans laquelle il s'est empêtré. Après avoir paré au plus pressé, le nouvel homme fort du groupe doit désormais regarder vers l'avant pour redonner ses lettres de noblesse à Boeing et rompre avec une gouvernance trop longtemps focalisée sur la rentabilité.
2. Du cash, et vite Sauvé de la faillite par des actions rapides sur les marchés, Boeing doit désormais retrouver ce qu'il était : une référence incontestée dans le monde aéronautique. Pour cela, il doit remettre son appareil productif en état et rétablir la qualité indispensable au transport aérien. Le chantier s'annonce lourd pour Kelly Ortberg, les salariés de Boeing et l'ensemble de la supply chain.
3. Dominer à nouveau Boeing a besoin de produire, vite et bien, mais Boeing a aussi besoin de vendre et pas à n'importe quel prix. Une tâche qui s'annonce complexe dans un monde en passe d'être bousculé par l'arrivée de Donald Trump. La solution pourrait venir d'un nouvel avion.