Il est toujours là où l’on ne l’attend pas. Après l’intime Hors du temps (2024), Olivier Assayas élargit sa focale pour mieux embrasser l’histoire russe et plonger dans la tête des hommes de pouvoir. L’auteur d’Irma Vep et de Fin août, début septembre mais aussi d’opus politiques comme Carlos ou Cuban Network a cette fois-ci tourné en anglais et en Lettonie, avec Jude Law et Paul Dano, pour décortiquer avec brio les nouveaux rouages et outils de deux « animaux » politiques – Poutine et son conseiller de l’ombre – à travers 30 ans d’histoire postsoviétique.
Rencontre dans un salon feutré d’un hôtel parisien pour comprendre les arcanes de ce film hors norme pour le réalisateur français, mêlant adaptation d’un best-seller, casting hollywoodien et actualité brûlante.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Au départ, vous trouviez que Le Mage du Kremlin était passionnant mais qu’il était difficile d’en faire un film. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?
OLIVIER ASSAYAS — L’auteur lui-même, Giuliano da Empoli, a suggéré mon nom pour l’adaptation, donc j’avais sa confiance… J’imagine qu’il a vu Carlos ou Cuban Network, qui traitent de géopolitique dans des termes qui pouvaient être en phase avec ses propres vues.
J’ai aussi eu envie d’écrire avec Emmanuel Carrère, car l’un des facteurs qui me rendaient l’adaptation difficile, c’est que je ne suis pas spécialiste de la Russie postsoviétique, tandis que lui est d’ascendance russe, il a fait des documentaires en Russie, il parle la langue. Nous pouvions nous compléter et, étant amis depuis longtemps, c’était l’occasion de travailler ensemble… Bref, l’environnement était plutôt amical !