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« Deliver me from Nowhere », « L’Homme qui rétrécit »... Nos critiques cinéma de la semaine

Eric Mandel et Marc-Aurèle Garreau

Publié le 22 octobre 2025 à 15:00

(À gauche) Jean Dujardin dans « l'homme qui rétrécit » ; (à droite) Jeremy Allen White dans « Deliver me from Nowhere ».

(À gauche) Jean Dujardin dans « l'homme qui rétrécit » ; (à droite) Jeremy Allen White dans « Deliver me from Nowhere ».

LTD/Christophe Brachet/Pitchipoï Productions ; Macall Polay/20th Century Studios

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Un pan de la vie de Bruce Springsteen, un père de famille qui rétrécit  ... Nos critiques cinéma de la semaine du 20 octobre 2025.

Le Boss sur le divan

Springsteen et son manager historique, John Landau, ont maintes fois décliné des projets de biographies musicales. Celui présenté par Scott Cooper a immédiatement séduit le duo tant il prend le contre-pied des biopics traditionnels.
Springsteen et son manager historique, John Landau, ont maintes fois décliné des projets de biographies musicales. Celui présenté par Scott Cooper a immédiatement séduit le duo tant il prend le contre-pied des biopics traditionnels. (Crédits : LTD/Macall Polay/20th Century Studios)

Peu de légendes du gotha rock bénéficient d’un biopic de leur vivant. Citons Elton John avec Rocketman (2019) et Bob Dylan avec A perfect unknown (2025). Cette short-list s’enrichit désormais de Bruce Springsteen avec Deliver Me From Nowhere réalisé par Scott Cooper (Crazy Heart, Les brasiers de la colère), avec Jeremy Allen White dans le rôle du Boss.

On le sait, Springsteen et son manager historique, John Landau, ont maintes fois décliné des projets de biographies musicales. Celui présenté par Scott Cooper a immédiatement séduit le duo tant il prend le contre-pied des biopics traditionnels. « Je ne voulais pas retracer la vie de Bruce Springsteen de sa naissance à aujourd’hui », rappelait Scott Cooper lors d’une visio-conférence depuis le Festival Louis Lumière, à Lyon, où le film a été projeté en avant-première la semaine dernière. Et de préciser. « Mon ambition n’était pas de réaliser un film autour de la figure mythique du Boss, mais autour de Bruce, un personnage solitaire, à la croisée des chemins ».

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Adapté du livre de Warren Zanes, Deliver me from nowhere se concentre sur une période charnière dans la carrière de Springsteen : la genèse de Nebraska, un album guitare-voix sombre et hanté sorti en septembre 1982. Le film débute un an plus tôt, le 14 septembre 1981, après un concert donné par Springsteen et son E-Street Band à Cincinnati, le dernier d’une tournée marathon de 150 dates. « Bruce sortait du triomphe de The River. En apparence, il semblait aller pour le mieux. Mais au fond de lui, il était en vrac, hanté par ses démons, son père, la peur du succès » poursuit le réalisateur.

Le moral en berne, Springsteen retrouve son New-Jersey natal, loue une maison perdue dans la nature où il va enregistrer dix chansons à l’os, sur un simple magnéto quatre pistes. « Nébraska a débuté comme une méditation inconsciente sur mon enfance et ses mystères » écrira Bruce Springsteen dans son autobiographie Born to Run.

Ce vertige existentiel, Scott Cooper le restitue dans une réalisation fidèle à l’esprit de Nébraska : brute et sans emphase, d’une sincérité et d’une sobriété absolue, presque claustrophobique. Le recours au flash-back en noir et blanc nous plonge dans l’enfance de Bruce Springsteen, fils unique d’une mère danseuse à ses heures et d’un père alcoolique, en proie à des troubles psychiques, taiseux et violent. Cette relation père-fils traverse ce biopic quasi-psychanalytique jusqu’à la scène finale bouleversante. La réussite de Deliver Me From Nowhere doit beaucoup à la performance de Jeremy Allen White. Le comédien connaissait évidemment par cœur Nebraska. « Cet album traversé par la solitude et l’obscurité m’a souvent accompagné. Il me faisait du bien quand je me sentais perdu ou seul ».

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Jeremy Allen White possédait un atout majeur : sa ressemblance physique avec le créateur de Nébraska, au point que Patti Scialfa, l’épouse de Springsteen dira : « C’est dingue ! On dirait Bruce à l’époque où je l’ai rencontré ». Son tour de force réside dans l’intériorité de son jeu, saisissant de force et de vulnérabilité, au plus près d’un Springsteen en pleine frénésie créative avec son bloc note et sa guitare sèche. « Jeremy n’a pas cherché à m’imiter, il s’est plongé dans mon tempérament » écrira Springsteen dans les notes de production du film. Restait encore pour le musicien néophyte à gagner sa crédibilité de chanteur et guitariste.

Après cinq mois d’apprentissage intensif, il s’est offert le luxe de chanter en live sur le plateau, sans recourir au playback. Il se révèle convaincant dans l’épure de ballades à l’os comme sur des titres plus musclés : « Pour Born in the USA ou Dancing in the Dark j’ai dû un peu bomber le torse et gagner en assurance » raconte Jeremy Allen White qui finira aphone après une session d’enregistrement dans le mythique studio Power Station, à New York, sous l’œil de Springsteen en personne.

Car le Boss s’est impliqué dans le projet au-delà des attentes de Scott Cooper, dont il connaissait le travail en cinéphile averti : « ses films sont sans concession. Ils me font penser au cinéma des années 70, qui est l’une de mes périodes préférées ». Scott Cooper confirme. « Pendant la préparation du film, il nous a confié des évènements de sa vie profondément intimes qu’il n’avait jamais racontés ».

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Springsteen a également ouvert sa chambre forte où il conserve le cahier dans lequel il a écrit Nebraska, avec ses ratures, ses gribouillages, ses fulgurances. Ce sens du détail confère une indéniable authenticité à Deliver me from nowhere décrit par Springsteen comme « un drame psychologique ponctué de musique ». De son côté, Scott Cooper n’oubliera pas le soir de la première, quand le Boss a découvert son film. « À la fin de la projection, il m’a serré dans ses bras en pleurant et m’a dit : « le résultat dépasse toutes mes espérances » ».

Tombé de sa hauteur

« L'Homme qui rétrécit », de Jan Kounen, avec Jean Dujardin, Marie-Josée Croze et Daphné Richard. 1h40. Sortie mercredi.
« L'Homme qui rétrécit », de Jan Kounen, avec Jean Dujardin, Marie-Josée Croze et Daphné Richard. 1h40. Sortie mercredi. (Crédits : LTD/Christophe Brachet/Pitchipoï)

Avec les visions et la critique sociale que propose le roman de Richard Matheson, Jan Kounen et Jean Dujardin avaient un terrain de jeu très excitant à explorer. Nouvelle adaptation de L’Homme qui rétrécit (1956), leur film se veut avant tout spectaculaire, jouant des échelles de grandeur pour raconter l’aventure de Paul (Jean Dujardin), un homme et père de famille qui rétrécit mystérieusement et progressivement. Déroulées avec des effets numériques soignés et des décors à la pointe, ses confrontations avec le chat de la maison, par exemple, puis l’araignée de la cave, devenus ses prédateurs, prennent ainsi des proportions dantesques.

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Très vite seul à l’écran – la caméra de Jan Kounen ne quittant que rarement sa « hauteur » –, Paul doit alors pour survivre réinventer son rapport à un monde qui littéralement le dépasse. Jean Dujardin, acteur parmi les plus iconiques de sa génération, était tout désigné pour tenir ce rôle. Mais est-ce parce que Jean Dujardin s’est fait à ce point discret au cinéma ces derniers temps qu’il semble presque devenu invisible ? Son incontestable génie physique et son large registre ne suffisent pas à faire tenir ce film bancal, miroir métaphorique d’une carrière exceptionnelle devenue plus difficile à suivre aujourd’hui. 

Eric Mandel et Marc-Aurèle Garreau

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