Olivier Py, metteur en scène de la « Cage Aux Folles » : « Je n’ai jamais autant ri sur une production »

Propos recueillis par Alexis Campion

Répétitions de La Cage aux folles au Théâtre du Châtelet.
LTD/Thomas Amouroux

Propos recueillis par Alexis Campion

Répétitions de La Cage aux folles au Théâtre du Châtelet.
LTD/Thomas Amouroux
À quelques jours du lancement de « sa » Cage Aux Folles, Olivier Py jure qu’il ne dort plus beaucoup. Il ne paraît pourtant pas si fébrile alors qu’il nous offre, ce mercredi, d’assister à une répétition du premier acte de la comédie musicale la plus attendue de l’année avec Laurent Lafitte en Zaza du XXI° siècle. Au théâtre du Châtelet, tout le monde paraît fin prêt et monsieur le directeur lui-même tout sourire. Un dédale de costumes et d’accessoires à plumes ou paillettes encombre les coulisses. Sur la scène, une imposante tournette donne un avant-goût du décor spectaculaire créé par Pierre-André Weitz, scénographe et costumier de toujours du metteur en scène : un théâtre dans le théâtre.
Une trentaine d’artistes et autant de techniciens sont au garde à vous. Parmi eux, on reconnaît le chanteur lyrique Damien Bigourdan qui joue Georges (le compagnon d’Albin-Zaza), mais aussi Emeline Bayard, Lara Neumann ou Gilles Vajou, des personnalités fortes et bien identifiées du théâtre musical, ainsi que des espoirs comme Harold Simon ou Emeric Payet, qui joue Jacob, l’impayable « bonne »…
Dans la salle, Olivier Py observe le début du show assis au côté de Patricia Petibon, venue en amie. L’ambiance est chaleureuse et concentrée alors que le numéro d’ouverture des « cagelles », la troupe des danseurs travestis, passe sans crier gare de la comédie à la danse, des claquettes au chant. Prometteuse aussi, la prestation tant attendue de Laurent Lafitte en travesti, à la fois tenue et drôlement débridée, émaillée de blagues salaces faisant rire toute l’équipe…

LA TRIBUNE DIMANCHE — Quel est votre premier souvenir de La Cage aux folles ?
OLIVIER PY — Un mélange d’effroi et de séduction en découvrant le film à la télévision. Pour l’adolescent gay que j’étais, à la fin des années 1970, cette vision de la vie des homosexuels par le monde hétérosexuel était quand même triste et un peu effrayante. Ce n’était pas des personnages heureux alors que la comédie musicale créée en 1983 à Broadway (par Harvey Fierstein pour le livret et Jerry Herman pour la musique), c’est tout l’inverse. Leur version était militante, elle a participé au mouvement de libération LGBT en abordant des sujets comme l’homoparentalité qui résonnent fort aujourd’hui alors qu’une partie de la droite de la « manif pour tous » est au gouvernement, que le racisme et l’homophobie s’immiscent partout.
Quand avez-vous découvert cette version comédie musicale ? Imaginiez-vous alors l’adapter ?
Attention, je ne suis pas adaptateur, seulement metteur en scène et traducteur. Ma traduction a été soumise aux ayants droit, de même la musique et les orchestrations même si l’interprétation qu’en fait notre chef, Christophe Draperon, tire sans doute plus du côté de Kurt Weil que de Gerswhin. Ma découverte du show remonte à sa reprise triomphale vingt ans après sa création, que j’ai vue pour la première fois en néerlandais, à Amsterdam, vers 2005 alors que je venais de voir un documentaire sur la dimension politique de la comédie musicale. Cela m’avait enthousiasmé. Mais je n’imaginais pas alors que j’allais un jour diriger le Châtelet. Plus tard, quand j’ai candidaté à la direction de ce théâtre, j’ai mis le projet sur la table, ainsi que celui de remonter Les Misérables, parce que ce sont des comédies musicales américano-françaises. La mission du Châtelet est de faire vivre ces œuvres, tout comme j’adorerais monter Les Parapluies de Cherbourg, Chicago, The Book of Mormon, ou des opérettes oubliées comme L’Auberge du Cheval Blanc.
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Ce sont des projets lourds…
Oui, le budget de cette production-ci est de 3 millions et celui des Misérables était de plus de 4 millions. C’est beaucoup pour un théâtre municipal dont le budget est de 15 millions annuels quand l’Opéra de Paris dispose de 95 millions des subventions. C’est un défi.
Avez-vous pensé à d’autres acteurs que Laurent Lafitte pour jouer Zaza ?
Je n’ai pas pris ce temps et peut-être est-ce la providence qui a décidé pour nous. Pendant le tournage de mon film Le Molière Imaginaire, dont il jouait le rôle-titre, j’ai découvert que Laurent connaissait très bien la comédie musicale et l’avait même étudiée dans une école à Londres. On a ainsi parlé de la Cage avant que je n’arrive à la direction du Châtelet. Surtout, j’admire son courage et son humilité. Ce sont les qualités les plus importantes pour ce qu’il va faire et qui me semble plus difficile que de jouer Hamlet. Une comédie musicale, c’est un marathon avec mille costumes et pas moins de huit représentations par semaine. À l’Opéra, on ne demande pas ça à un chanteur lyrique.
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Comment s’est passée la préparation avec lui et la troupe ?
On a énormément travaillé et ri. Sur la scène de la biscotte, Laurent a toujours trouvé moyen de me faire exploser jusqu’à tomber par terre ! Je crois que je n’ai jamais autant ri sur une production. Il faut dire que je n’ai pas souvent eu l’occasion de faire des choses rigolotes en lyrique. J’ai monté une cinquantaine d’opéras pour la plupart romantiques, sombres, sinon désespérés. La comédie musicale peut distiller de la mélancolie, de la souffrance, mais elle a ceci d’unique qu’elle nous guide non pas vers la noirceur, mais à un endroit d’exubérance intérieure, de joie de vivre et de réconciliation avec soi-même.
Du 5 décembre au 10 janvier au théâtre du Châtelet.
Propos recueillis par Alexis Campion