La chronique de François Simon. Trouble à la Méditerranée

Cette semaine, François Simon a testé La Méditerranée dans le 6e arrondissement de Paris.
LTD/DR

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Rien ne vaut les télescopages. Lorsque les choses se mettent à facetter. Vous écoutez une musique, un paysage de vacances surgit, une amourette, une automobile. Et voilà, c’est parti. Parfois, c’est encore plus sioux : une musique, une couleur, une saveur. Cela s’appelle la synesthésie ; à savoir un phénomène neurologique non pathologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés.
Par exemple, vous visitez une exposition passionnante comme celle sur Orson Welles à la Cinémathèque (jusqu’au 11 janvier, dépêchez-vous). C’est passionnant, multiple, vous renversant la tête comme s’il s’agissait de la fameuse boule à neige de Citizen Kane (en vente à la boutique).
On savait Orson Welles fou de grandes tables, se rendant chez Lasserre, Maxim’s et La Méditerranée avec ses amis Jean Cocteau et Christian Bérard. Un film formidable, avant-gardiste, Vérités et mensonges (1973), est tourné en partie dans ce restaurant. Il est question de vérité et de tromperie, d’escroquerie et d’illusions. C’est Paris années 1960 avec sa bohème sexy et pensant constamment avec le sourire.
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Se glisser alors dans les habits d’aujourd’hui au restaurant La Méditerranée rappelle qu’aller au restaurant est souvent une superposition de souvenirs anciens et du souhait d’enrichir le réel coûte que coûte. On y ajoute de la compagnie, des vins, de l’intelligence, de l’émotion et, si les nourritures sont conciliantes, on passe un merveilleux moment sans savoir si c’est dû à la sole meunière qui en fut l’héroïne, au crozes-hermitage ou au sourire de votre fiancé(e).
Finalement, l’univers du restaurant est si proche du cinéma, dans sa scénographie, dans sa tension dramaturgique (l’arrivée du plat lorsqu’on a grand faim) et ses acteurs : vous (ohé) et moi (passons). La nappe est comme un écran, on peut y déposer sa mélancolie, son intranquillité, sa bonne humeur, son désir.
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La Méditerranée hérite sans doute de cette aura venue du passé ; des hôtes illustres vous ont précédé et vous avez le délicieux toupet de vous y glisser. Lorsque tout est bien mélangé, que le baba au rhum s’est imbibé comme votre mémoire de cette exquise confusion, on se dit alors que la vie est douce, le restaurant pas mauvais, et l’addition pas donnée.
📍Place de l’Odéon (Paris 6e). Comptez 80 euros.
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