LA TRIBUNE DIMANCHE — Le Pacte Dutreil est au cœur de l’actualité. Peut-on revenir sur ce qui vous a poussé à créer ce Pacte ?
RENAUD DUTREIL — Lorsque le Pacte a été créé, il y a un plus de 20 ans, nous faisions déjà face au même problème démographique, de nombreux chefs d’entreprises préparaient leurs retraites et, surtout, nous étions en train de perdre énormément d’entreprise de taille intermédiaire, un mouvement entamé dans les années 80 où la fiscalité sur l’héritage avait été considérablement alourdie. J’avais le sentiment que notre patrimoine était en train de disparaître pour une simple histoire fiscale. Au lieu de diminuer un peu la fiscalité, mon but était de supprimer cet impôt, pas de créer le Pacte Dutreil. J’ai voulu changer la fiscalité pour que la France conserve ses entreprises familiales.
Quel bilan tirez-vous, vingt ans plus tard ?
Le côté positif, c’est que le nombre d’ETI – et pas seulement familiales – a progressé en France. Nous disposons actuellement de 5.500 ETI, soit quasiment le double d’il y a vingt ans. En revanche, ce qui est très inquiétant, c’est le nombre de transmissions intra-familiales, qui est le plus faible d’Europe, à 20%. En Suède, ce taux se situe à 87 %, en Italie, il est à plus de 70 %. Nous sommes donc entourés de pays qui ont tout à fait compris que leur intérêt était de conserver un tissu d’entreprises familiales, pour des raisons diverses – la vision du temps long, l’enracinement dans les territoires, la capacité à conserver la valeur à l’intérieur de l’entreprise plutôt que de la distribuer avec des TRI exigeants qui remontent à des investisseurs professionnels. Il y a un génie français, dans les entreprises familiales, qu’il faut absolument préserver. Il faut considérer le capitalisme familial comme grande cause nationale. C’est cela qu’une grande partie de la classe politique ne comprend pas.