L’édito de Lucie Robequain. La nouvelle donne de l’unité syndicale

Découvrez l'édito de Lucie Robequain.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Dans le grand désordre politique qui secoue la France, ce sont les syndicats qui jouent avec la meilleure tactique. Malgré des divergences historiques, les huit organisations ont fait le choix de mettre leurs désaccords en sourdine et de jouer collectif.
Quel contraste avec le mois de juin, où la CFDT était à deux doigts de signer un accord sur les retraites avec le Medef. Elle aurait alors validé la retraite à 64 ans, à condition qu’une moitié des Français puisse partir plus tôt pour cause de pénibilité. Le Medef a torpillé l’accord et s’en mord les doigts aujourd’hui.
Impossible, en effet, de rejouer le scénario du printemps. « La CFDT a négocié loyalement pendant six mois pour corriger la dernière réforme, le Medef a préféré l’échec ; la seule voie possible est de suspendre la réforme », défend le premier syndicat de France sur un ton qu’on ne lui connaissait plus.
Renoncement aux 64 ans, taxation des plus riches, suppression de la réforme de l’assurance chômage, mesure forte pour le pouvoir d’achat : la confédération syndicale d’aujourd’hui est résolument différente de celle de Nicole Notat ou de François Chérèque. Se sentant en position de force, elle veut peser sur les choix budgétaires. Quant au Premier ministre Sébastien Lecornu, qui espérait enfoncer un coin entre la CGT et la CFDT, il se retrouve face à une intersyndicale unie comme jamais. C’est un fait nouveau qui complique singulièrement la donne.
Tout autre est l’équilibre au sein du camp patronal. Le Medef souhaite rassembler les chefs d’entreprise autour d’un grand meeting national le 13 octobre. Mais autour de quelle grande cause ? La dernière fois que le patronat s’était massivement rassemblé, c’était contre les 35 heures, avec force même s’il n’était pas parvenu à renverser le cours des choses. Cette fois-ci, on le voit, l’union ne va pas de soi.
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La Confédération des PME réserve prudemment sa réponse. Les artisans de l’Union des entreprises de proximité (U2P), qui n’étaient pas au courant de l’initiative, ont carrément décliné l’invitation. Pis, ils dénoncent une « erreur magistrale ». « Il ne faut pas donner l’impression que le monde de l’entreprise est opposé à celui du travail », fait valoir leur président, Michel Picon.
Difficile de mobiliser les patrons contre la taxe Zucman alors que si peu d’entre eux, en réalité, se sentent concernés. Patrick Martin, le président du Medef, a bien compris le risque : il tente de brasser plus large en dénonçant les hausses d’impôts tous azimuts et l’incapacité de la France à réduire ses dépenses. Mais son refus de danser la « Zucmania » rend le reste inaudible.
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Face à un front syndical ressoudé, les divisions patronales ne sont pas une bonne nouvelle. Alors que la scène politique offre un spectacle affligeant de blocage et de division, on attend des partenaires sociaux des compromis qui ne soient pas déconnectés des réalités économiques. Il ne faudrait pas que le virus de la radicalité qui corrompt la vie politique gagne les rangs des acteurs sociaux.