Alors que les tensions s'exacerbent dans le détroit d'Ormuz, une menace silencieuse plane sur la France et l'Europe. Derrière le choc énergétique redouté se cache une crise de l'approvisionnement en matières plastiques. Une pénurie qui, si elle survient paralysera nos hôpitaux, déplore le secrétaire général de The European Plastice Alliance Plastalliance, Joseph Tayefeh.
Le Proche-Orient s’embrase, et avec lui, c’est là l’ensemble des routes maritimes mondiales et du marché des hydrocarbures qui vacille. Face à ces tensions extrêmes, l’attention médiatique et politique se focalise, à juste titre, sur le prix du baril de pétrole et la facture des ménages. Pourtant, derrière le choc à la pompe, une menace silencieuse et bien plus grave plane sur la France : celle d’une rupture d’approvisionnement de notre système de santé.
La médecine moderne est, au sens propre comme au figuré, perfusée aux polymères. Il faut regarder la réalité de nos blocs opératoires en face. Seringues, cathéters, poches de sang, filtres de dialyse, blouses stériles, gants, tubulures, incubateurs : l’écrasante majorité des dispositifs médicaux et des équipements de protection jetables exige des plastiques de grade médical soumis à des normes sanitaires draconiennes. Sans cette matière première, c’est toute la chaîne de soins qui s’arrête.
Or, cette chaîne est aujourd’hui d’une vulnérabilité extrême. D’une part, l’instabilité géopolitique provoque une déflagration inflationniste sur les coûts d’importation et paralyse le fret maritime. D’autre part, et c’est le mal le plus profond, la France et l’Europe subissent une délocalisation silencieuse de leurs capacités de production chimique. Ce recul continu de notre outil productif continental nous prive d’alternatives de proximité.
Le péril est si concret que la représentation nationale vient de s’en emparer. En cette fin avril, la députée Anne-Laure Blin et le sénateur Vincent Louault ont chacun interpellé officiellement la ministre de la Santé sur cette urgence. Leurs questions écrites, déposées à l’Assemblée nationale et au Sénat, posent les mots justes sur cette précarité alarmante. Ils exigent du gouvernement un état des lieux exhaustif des stocks stratégiques et hospitaliers, ainsi qu’une véritable feuille de route pour rapatrier sur notre sol la fabrication de ces matières premières indispensables.
L’hypocrisie a repris ses droits
Le gouvernement lui-même, par la voix du ministère de la Santé, a récemment concédé que des augmentations de coûts étaient observées et que les perturbations des flux commerciaux pourraient avoir des effets sur la logistique hospitalière. Si « à date » tout va bien selon le gouvernement, il est indispensable de savoir jusqu’à quelle date, tout ira bien.
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Avons-nous déjà oublié les leçons du printemps 2020 ? Lors de la pandémie de Covid-19, la France s’est retrouvée paralysée, incapable de fournir des masques ou des blouses à ses soignants, otage de ses importations asiatiques. Des promesses grandiloquentes de réarmement industriel avaient alors été prononcées. Or, l’hypocrisie a rapidement repris ses droits. Regardez le sort révoltant réservé aux entrepreneurs courageux qui, répondant à l’appel de la Nation, avaient investi massivement pour monter des usines de masques sur notre territoire.
Dès l’urgence passée, la commande publique les a lâchement sacrifiés sur l’autel du moins-disant financier, préférant retourner s’approvisionner à bas coût en Asie. Des lignes de production françaises ont été liquidées, des emplois détruits, des entreprises acculées à la faillite. Allons-nous, quelques années plus tard, refaire exactement la même erreur, non plus par manque de produits finis, mais par manque de la matière même qui permet de les fabriquer ?
L’industrie de la plasturgie et de la chimie de spécialité doit être sanctuarisée comme un actif stratégique de la Nation.
L’heure n’est plus au statu quo. Nos soignants ne peuvent pas travailler en tremblant à chaque soubresaut géopolitique à l’autre bout du monde. La souveraineté sanitaire d’une Nation ne se décrète pas dans les discours ; elle se forge dans le maintien de ses usines et la maîtrise de ses approvisionnements. L’industrie de la plasturgie et de la chimie de spécialité doit être sanctuarisée comme un actif stratégique de la Nation.
Pour éviter le pire, le temps des constats doit laisser place à l’action. L’État doit déclencher un plan d’achat d’urgence, en soutenant nos industries critiques pour constituer des stocks stratégiques de matières premières, polymères et naphta, avant que les carnets de commandes internationaux ne s’épuisent.
Ailleurs, l’heure n’est plus à l’attentisme : le Royaume-Uni, la Corée du Sud ou encore le Japon sanctuarisent d’ores et déjà leurs propres réserves stratégiques. Le mouvement mondial est lancé. Dans cette guerre d’approvisionnement qui s’annonce, la naïveté se paiera au prix fort.
Cette démarche ne sera toutefois pleinement efficace que si elle s’accompagne d’une véritable coordination européenne : il faut porter l’alerte à Bruxelles pour bâtir une réserve continentale et empêcher que les États membres ne se cannibalisent dans une course mortifère sur les marchés.
Surtout, cette crise exige la mobilisation générale de notre appareil productif. Engageons sans délai nos plasturgistes pour fabriquer sur notre sol les produits stratégiques aujourd’hui importés, en imposant un assouplissement salvateur des règles de la commande publique. Le compte à rebours a commencé : une usine acculée aujourd’hui au chômage partiel ou aux licenciements à cause de la crise sera incapable, demain, de relancer la production de masse dont le pays aura vitalement besoin. Il en va de notre souveraineté. Il en va de la sécurité de nos concitoyens. Agissons avant que la géopolitique et la pénurie ne décident à notre place.