Le trésor des maires. L'édito de Bruno Jeudy

Découvrez le dernier édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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Dans une vie politique saturée de polémiques, de procès d’intention et d’invectives, les élections municipales de ce dimanche offrent presque une respiration. Alors que le climat national est plombé par la polarisation et la violence verbale que les extrêmes imposent au débat public, ce scrutin rappelle qu’il existe encore, à l’échelle du pays réel, un espace où la politique reste concrète, utile et parfois même respectée.
Depuis 2017, la défiance à l’égard du personnel politique n’a cessé de s’accroître. La crise des Gilets jaunes a profondément marqué le rapport entre les citoyens et leurs dirigeants. L’incompréhension suscitée par la dissolution de juin 2024 a ajouté une nouvelle couche de perplexité. Mais cette défiance s’arrête souvent aux portes de l’hôtel de ville. Car le maire demeure une figure à part. Selon une enquête Ipsos, sept Français sur dix déclarent faire confiance à leur équipe municipale et 82 % se disent intéressés par ces élections.
Ce n’est pas un hasard. À l’heure où les grandes joutes partisanes paraissent parfois abstraites, le scrutin municipal renvoie aux réalités vécues : l’école, la sécurité, les commerces, les transports, la vie associative… Cette proximité explique que les municipales échappent en partie aux calculs politiciens et aux combinaisons d’appareils. Ici, les électeurs jugent des projets, des équipes, souvent des personnes qu’ils croisent au marché ou à la sortie de l’école. Des élus dont ils attendent d’abord qu’ils soient honnêtes et tiennent leurs promesses.
Ce scrutin municipal joue pourtant de malchance. En 2020, la pandémie de Covid l’avait relégué au second plan. La participation n’avait atteint que 44 % (contre 63 % en 2014). Six ans plus tard, la campagne s’est trouvée éclipsée par une actualité internationale lourde, un interminable débat budgétaire et les querelles partisanes d’une scène nationale déjà tournée vers la prochaine présidentielle. Le risque d’une abstention élevée plane.
Pourtant, des signes encourageants existent. Près de 904.000 personnes figurent sur les listes municipales, un niveau en nette hausse par rapport à 2020. Cela dit quelque chose d’essentiel : malgré la défiance ambiante, l’envie d’agir pour son territoire demeure. Cet engagement mérite reconnaissance. Les maires, les adjoints et les conseillers municipaux font vivre la démocratie au quotidien, souvent dans l’ombre et malgré la violence dont ils sont hélas parfois la cible.
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Les agressions verbales se multiplient, attisées par les réseaux sociaux. Les agressions physiques aussi. Cette brutalisation explique en partie le nombre croissant de démissions de maires, devenus les boucs émissaires des frustrations contemporaines.
C’est pourquoi ces élections ont aussi une valeur symbolique. Elles rappellent les vertus du dialogue républicain, du débat respectueux et de la politique perçue comme action collective. Que l’on vive à Château-Gontier, Pont-à-Mousson, Prades, Porspoder ou Saint-Étienne-du-Bois en Vendée, le geste reste le même : glisser un bulletin dans l’urne.
Et si tant de présidents – de Giscard à Hollande – ont accédé un jour à l’Élysée, c’est aussi parce qu’ils avaient appris, dans leur ville, au contact direct des habitants, ce que gouverner veut dire. La politique commence toujours quelque part. Très souvent au coin de la rue.