OPINION. « Journée internationale des forêts : et si on parlait enfin de celles et ceux qui les font vivre ? », par Christian Mantei et 5 représentants de la filière-bois
En amont de la journée internationale des forêts le 21 mars, les signataires de cette tribune livrent leurs ambitions et recommandations pour les forêts et la filière-bois françaises.
Le 21 mars, à l’occasion de la Journée internationale des forêts, les discours ont largement porté sur la biodiversité, les puits de carbone et le climat. Mais peu ont évoqué celles et ceux qui, au quotidien, entretiennent les forêts, en assurent la récolte et contribuent à l’économie des territoires ruraux.
La filière forêt-bois représente 10 % du PIB industriel français, plus de 440.000 emplois, et la forêt couvre près d'un tiers du territoire national. Les exploitants forestiers représentent quelques centaines d’entreprises en France. Ils achètent le bois sur pied, organisent la récolte, entretiennent les massifs, alimentent les scieries, les industries de transformation, les filières d'énergie renouvelable. Sans eux, pas de bois mobilisé. Sans bois mobilisé, c'est toute la chaîne qui vacille et avec elle, des milliers d'emplois ruraux.
Pourtant, ces femmes et ces hommes affrontent aujourd'hui une accumulation de difficultés sans précédent, dans une quasi-totale indifférence : intempéries à répétition, arrêtés préfectoraux de fermeture des massifs, interruptions liées à la période de nidification du 15 mars au 15 août, blocages de chantiers par des militants écologistes, pression réglementaire croissante, accumulation des normes européennes et nationales, contrôles excessifs.
S'ajoute également l'augmentation drastique du GNR depuis le début de la guerre au Moyen Orient ; l'étau se resserre de toutes parts. Et face à tout cela ? Aucun filet de sécurité. Aucune caisse d'intempéries, contrairement au bâtiment ou à l'agriculture, permettant à ces professionnels d’être indemnisés pendant les longues périodes non travaillées dues aux intempéries et à la multiplication des arrêts préfectoraux. Les entreprises se retrouvent donc fragilisées et les trésoreries de ces petites entreprises rurales, à plat.
Si aucune mesure n’est prise, ces entreprises risquent de disparaître rapidement, avec des conséquences directes sur l’ensemble de la filière bois, l’économie rurale et, plus largement, sur un pan entier de notre économie nationale.
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Un paradoxe insupportable
Il y a dans cette situation quelque chose d'absurde et de profondément injuste. On demande aux exploitants forestiers et aux bûcherons de contribuer à la transition écologique, de produire des matériaux durables, prévenir les incendies, entretenir les massifs et la biodiversité.
On les charge de contraintes administratives toujours plus lourdes : multiplication des formulaires, des zonages réglementaires croisés, des délais d'instruction pouvant atteindre six mois, des seuils d'exploitation variables d'un département à l'autre, soumis à l'interprétation locale. Et dans le même temps, on les prive des outils économiques élémentaires pour survivre aux nombreux aléas et à des réglementations européennes dont la complexité théorique se heurte chaque jour à la réalité du terrain.
La forêt a besoin de la main de l'homme
Il est temps de dire une vérité que certains voudraient taire : une forêt non gérée n'est pas une forêt sauvée. C'est une forêt mal entretenue, qui brûle plus facilement, qui se défend moins bien contre les maladies et les ravageurs. L'entretien sylvicole, la récolte raisonnée, le renouvellement des peuplements font partie de l’entretien de la forêt. Les exploitants forestiers et les bûcherons ne sont pas les ennemis de la forêt. Ils en sont les gardiens et les garants d’une forêt pérenne.
Derrière chaque chantier forestier, il y a une TPE rurale, souvent familiale, ancrée dans son territoire depuis des générations. Il y a des salariés qui vivent et consomment local, des artisans, des sous-traitants, des scieries, des tonneliers, des mérandiers... Il y a une économie locale et non délocalisable. Quand un exploitant forestier met la clé sous la porte, ce n'est pas une ligne comptable qui disparaît : c'est un village qui perd un peu plus de sa vitalité.
Ce que nous demandons
La priorité du Cercle Nos Campagnes, c’est le « Vivre et Travailler dans nos Campagnes » et donc dans nos forêts sans que les forestiers aient une épée de Damoclès au-dessus de leur tête à chaque fois qu’un arbre est coupé, sans contrôles excessifs qui deviennent pénalisants, avec une réglementation bien sûr mais qui soit adaptée à la réalité du terrain.
Le Cercle Nos Campagnes et le SEFB demandent aux pouvoirs publics des actes concrets. D'abord, la création sans délai d'une caisse d'intempéries forestière, sur le modèle de ce qui existe dans d'autres secteurs exposés aux aléas climatiques. Ensuite, une simplification réelle de la réglementation : uniformisation des seuils d'exploitation, guichet unique départemental, réduction des délais d'instruction. Et enfin, que les forestiers puissent continuer à faire leur travail en sécurité et sans entraves supplémentaires.
Célébrer la forêt lors de la journée internationale des forêts, c'est essentiel. Soutenir celles et ceux qui y travaillent toute l'année, c'est encore mieux.
Signataires :
– Christian Mantei, président du Cercle Nos Campagnes – Thierry Coste, délégué général du Cercle Nos Campagnes – Philippe Deparis, fondateur et animateur de « La Place du Village » – David Caillouel, président du Syndicat des Exploitants de la Filière Bois (SEFB) – Samuel Bellée, vice-Président du Syndicat des Exploitants de la Filière Bois (SEFB) – Annabelle Jacquemin-Guillaume, déléguée générale du Syndicat des Exploitants de la Filière Bois (SEFB)