OPINION. « Logeons nos enfants », par Véronique Bédague, PDG de Nexity

Véronique Bédague, PDG de Nexity, à Paris.
LTD/ERIC DESSONS/SIPA

Véronique Bédague, PDG de Nexity, à Paris.
LTD/ERIC DESSONS/SIPA
En commandant 85 nouvelles locomotives, l'Algérie confirme son tournant stratégique vers le rail
EEF, l’épicier qui grandit dans l’ombre de Grand Frais
Votre Livret A va bientôt rapporter plus et voici pourquoi
Coopération militaire européenne : nouvelles tensions industrielles autour du programme Eurodrone
Guerre et déficit : l’Arabie saoudite sacrifie la mégapole de Neom pour ses priorités stratégiques
La BCE serre la vis à Revolut et remet en cause son modèle d’innovation rapide
La crise du logement en dit long sur l’état de santé de notre société. Ce long jour sans fin doit trouver son épilogue pour redonner espoir à une jeunesse mal traitée. Chaque génération façonne la suivante à travers ce qu’elle lui lègue. Alors, que dire d’une génération qui transmet à ses enfants non pas des clés, mais une crise du logement ? Que dira de nous cette jeunesse qui sait que l’accès au logement est devenu un privilège plutôt qu’un essentiel pour bien commencer dans la vie ? Les réponses sont évidentes et elles dérangent.
Collectivement, nous avons délogé nos enfants d’un avenir habitable. Aujourd’hui, des millions de jeunes ont beaucoup de mal à se loger. Ils se débrouillent voire ils renoncent, Or, le logement conditionne tout : l’éducation, l’emploi, la mobilité, la natalité, la santé, le sentiment d’appartenance à un lieu, et même à un pays. Quand le logement est inaccessible, c’est tout le pacte social qui vacille et qui ne propose aucun nouvel avenant à la prochaine génération.
Si on en croit un sondage Nexity-Odoxa d’octobre 2025, 60 % des Français estiment que leur situation sociale est moins bonne que celle de leurs parents (ils n’étaient que 17 % en 2002). Et pour 70 % d’entre eux, cette dégradation vient d’abord de leur difficulté à se loger. Le logement est devenu le principal révélateur d’un fossé générationnel.
Les jeunes actifs, les étudiants, les jeunes parents s’épuisent à la recherche de quelques mètres carrés. Derrière chaque dossier refusé, il y a des vies ralenties, des projets différés, des élans brisés. Le sentiment d’injustice grandit : celui d’être nés trop tard, dans un pays où l’on ne construit plus. Et on assiste malgré nous à un débat-règlement de comptes intergénérationnel contre-productif pour poser les bases d’un projet de société tourné vers l’avenir.
Face à cette crise, chacun tente de remédier comme il le peut. Une donation ici, un prêt familial là, une caution parentale ailleurs. Mais cette solidarité privée, aussi précieuse soit-elle, ne saurait être la seule réponse à un problème collectif. Elle crée des fractures nouvelles entre ceux qui peuvent compter sur l’aide de leurs proches et ceux qui n’ont personne à leurs côtés. Elle fragilise aussi les aînés, qui puisent dans leur épargne qui doit servir face au risque de la dépendance ou de la perte d’autonomie.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Les besoins n’ont donc jamais été aussi pressants alors que la production de logements en France s’est effondrée et que les indicateurs avancés de mise en chantier ont atteint le point le plus bas sur les vingt-cinq dernières années en mai 2025 !
Le coût de la construction a explosé à la suite de la guerre en Ukraine, les taux d’intérêt ont réduit massivement le pouvoir d’achat de nos concitoyens, les candidats à l’accession se sont résignés et éprouvent un terrible sentiment de déclassement, les investisseurs quant à eux se détournent en attendant plus de stabilité politique et économique, la réglementation fait de l’obstruction et les promoteurs ne lancent pas de chantiers sans acquéreurs.
Mais cette situation n’est pas une fatalité. L’État doit retrouver une vision à long terme, stable et lisible, qui redonne confiance aux acteurs du logement. Les collectivités locales doivent redevenir les moteurs d’une planification ambitieuse, au service d’un développement équilibré du territoire. Quant aux acteurs privés, ils doivent prouver qu’ils savent construire autrement : plus vite, plus sobrement, plus intelligemment. Sobriété foncière, innovation dans les matériaux et les usages, maîtrise des coûts, mixité générationnelle : ce sont les nouveaux piliers d’un modèle à refonder. Nous devons collectivement écrire un pacte territorial pour le logement abordable. Un pacte fondé sur la responsabilité partagée, la vision à long terme et la confiance.
Construire, oui, mais construire mieux. Construire pour les générations de demain, en veillant à la qualité de vie, à la densité maîtrisée et à la mixité générationnelle. Il ne s’agit pas seulement d’ériger des murs ou d’ajouter des mètres carrés. Il s’agit de reconstruire un horizon, de redonner à nos enfants le droit d’espérer, le droit de s’enraciner quelque part comme le droit d’être mobiles.
À lire également
Nous pouvons être la génération qui a aura résolu la crise du logement, celle qui a choisi d’agir plutôt que de déplorer, celle qui laisse en héritage non pas une crise, mais des solutions. Un avenir habitable par le logement abordable, voilà notre héritage.
Louboutin, Diptyque, Van Cleef, Hennessy... Ces pépites françaises qui ont conquis les États-Unis
Présidentielle 2027 : Sébastien Lecornu fait état de « menaces lourdes » d’ingérences numériques étrangères
Coupe du monde de football : pourquoi la France est désormais hors-jeu pour l'organiser
Sabri Lamouchi, Rudi Garcia ... Ces autres sélectionneurs français à la conquête du Mondial