OPINION. « S’engager résolument au Levant et au Moyen-Orient ! », par Christophe Gomart, Hervé Morin et Emmanuel Dupuy

Christophe Gomart, Emmanuel Dupuy et Hervé Morin.
LTD/IPSE- Eric Biernacki - Region Normandie - DR

Christophe Gomart, Emmanuel Dupuy et Hervé Morin.
LTD/IPSE- Eric Biernacki - Region Normandie - DR
Alors qu’une guerre de haute intensité se déroule au Moyen-Orient, engageant, plus ou moins directement 16 Etats, dont Chypre - qui assure, depuis le 1er janvier, la Présidence du Conseil de l’Union européenne - l’aphorisme du général de Gaulle, devrait, dans la clarté de notre engagement militaire et la clairvoyance de nos partenariats diplomatiques, en effet, guider l’action de la France.
Se joue, à l’aune des opérations américaine « Epic Fury » et israélienne « Roaring Lion » de part et d’autre du Golfe persique, le devenir inédit d’un nouveau Moyen-Orient, dont la clé de voute, demeure la mise hors d’état de nuire d’un régime théocratique, autoritaire et totalitaire, qui n’a pas hésité à tuer plus de 30.000 de ses concitoyens, début janvier dernier.
C’est dans la perspective d’une nouvelle architecture de paix et de sécurité régionale, loin de tout jeu à somme nulle, qu’il conviendrait que la France sorte de son ambiguïté, qui n’a rien de « stratégique », comme le gargarise pourtant l’Elysée.
Il est temps, en effet, de soutenir politiquement et de participer plus distinctement aux opérations militaires visant à affaiblir le régime des Mollahs, à réduire à néant, définitivement ou durablement, le pouvoir de nuisance des « coupes jarrets » que sont les Gardiens de la Révolution (CGRI) Pasdarans et les miliciens Bassijis et veiller à empêcher l’Iran d’accéder au nucléaire militaire. Cela est d’autant plus justifié que désormais les proxys iraniens en Irak ont délibérément visé une base militaire dans la région d’Erbil dans le Kurdistan irakien, en occasionnant le décès du premier militaire français.
Le président Emmanuel Macron, devrait ainsi, plus clairement défendre nos intérêts en s’appuyant sur nos 5.000 militaires déployés au sud du Liban, en Jordanie, en Irak, aux EAU et à Djibouti et les quelques 300.000 ressortissants français vivant ou voyageant dans la région, des rives de la mer Méditerranée orientale à la mer d’Arabie.
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Il conviendrait, ainsi, de sortir de notre pusillanimité traditionnelle, et ce, dans un contexte de violence désinhibée. N’est-ce pas le Président de la République lui-même qui proclamait urbi e orbi que pour « être libre, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant ». À ce titre, l’indépendance ne veut pas dire la solitude !
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Du reste, au-delà des accords stratégiques, qui nous lient à Chypre (art. 42 du traité de l’UE), à la Jordanie, à l’Irak, au Qatar, à Bahreïn, au Koweït, aux EAU, il y a, bien évidemment, le Liban, où l’histoire nous engage de manière forte et singulière depuis les Accords Sykes-Picot de 1916, le Traité de Lausanne, en 1920 et le Pacte national de 1943.
Nous devons aux Libanais, davantage que de la « solidarité », comme s’est pourtant contenté de le rappeler le Président de la République. Il en va de notre crédibilité à demeurer un partenaire fiable apte à défendre nos alliés - surtout quand ces derniers nous le demande. Nous devons être capables de frapper leurs adversaires. Dans ce cas de figure, ce sont aussi les nôtres, à savoir l’actuelle gouvernance iranienne. Nous pourrions proposer d’aider les forces armées libanaises à désarmer le Hezbollah.
L’ouverture de notre base aérienne 135 d’Istres aux avions de soutien américains, tout comme l’envoi au large de Chypre et du Liban, du groupe aéronaval autour de notre porte-avion Charles de Gaulle, accompagné des frégates néerlandaise Eversten, espagnole Cristobal Colon et du destroyer italien Andrea Doria ; sans oublier les porte-hélicoptères Tonnerre et Dixmude, en Méditerranée orientale, tout comme les frégates Forbin - en mer Rouge et Provence - en mer d’Arabie, participent du rehaussement de notre posture défensive active.
Le « brouillard de la guerre » qui caractérise actuellement l’objectif militaire et diplomatique recherché par Israël et les Etats-Unis, ne saurait, ainsi nous faire oublier certaines certitudes à réaffirmer, en amont d’un engagement militaire que nous appelons, en responsabilité, de nos vœux.
La première de ces certitudes est la fin des dividendes de la paix au profit des dividendes de nos engagements. Au regard de la guerre en Ukraine, et de celle qui se joue de part et d’autre des rives du Golfe persique, la défense doit cesser d’être une simple variable d’ajustement budgétaire. Si le budget français de la défense aura doublé entre 2027 et 2027 (de 32 milliards à 64 milliards d’euros). Il reste insuffisant pour redonner de la masse à nos armées (équipements, munitions, hommes). Au niveau de l’UE, la somme des budgets des Etats membres consacrés à la défense représentera 381 milliards d’euros en 2027, très loin derrière les 1.000 milliards de dollars consacrés annuellement à leur budget de la défense.
Encore faut-il que cet engagement financier bénéficie, avant tout, aux entreprises de défense européennes. C’est ainsi, le sens de l’action déterminée engagée par la délégation LR au sein du Parti Populaire Européen, à l’Assemblée nationale et au Sénat, comme par Les Centristes.
Ce qui se joue dans ce conflit entre Israël, les Etats-Unis, l’Iran et par effet collatéral, les Etats du Golfe persique et du Levant, touchés, en représailles, par des missiles ou des drones tirés depuis l’Iran, est d’une autre nature. Nous sommes à un moment charnière dans la relation transatlantique. Comme en 2001 - en Afghanistan ; en 2003 - en Irak, les Etats-Unis ont trahi leurs alliés. De ce fait, la France offre un « appui - relais » stratégique, que les Etats-Unis ne devraient nullement récuser, au même titre que celui dont ces derniers pourraient bénéficier, par le truchement des Kurdes, sur le plan opérationnel terrestre. En Afghanistan, l’Alliance du Nord, sous l’égide de feu Ahmed Massoud et ses successeurs, avait ainsi permis de chasser les Talibans, en novembre 2001.
Comment rester crédible, quand Emmanuel Macron ne cesse de rappeler - à l’instar de sa prise de parole à l’Ile Longue – combien la dissuasion nucléaire française, désormais avancée et renforcée dans la profondeur du continent européen, va de pair avec un « épaulement stratégique » ; épaulement qui se décline, au niveau européen, en une dissuasion conventionnelle, forte de projets et réalisations en matière de frappes en profondeur, de détection spatiale, de dotation de missiles hypersoniques ?
Il en va donc, sur le fond comme sur la forme, de notre capacité à maintenir les liens, consubstantiels avec Israël et les Etats-Unis notamment dans la lutte antiterroriste contre le Hezbollah au sud de Beyrouth et au sud du fleuve Litani, le Hamas palestinien, les Kataeb Hezbollah, en Irak, les Houthis au Yémen, sans oublier, les Pasdarans / Gardiens de la Révolution iranienne, désormais considérés comme organisation terroriste.
Comme le Général de Gaulle l’envisageait en 1941, en se rendant au Liban et en Syrie, la France a également une responsabilité majeure à agir dans la région : elle est en effet seule des puissances européennes à pouvoir mobiliser une coalition de volontaires, au dimensionnement flexible, autour des 6 à 8 Etats européens (Allemagne, Pologne, Italie, Espagne, Pays-Bas, Finlande, Suède, Grande Bretagne) en capacité opérationnelle, budgétaire et crédibilité diplomatique.
La France a les moyens de diriger une action qui renforcera, vis-à-vis de Washington, la crédibilité de son « autonomie stratégique ». Il s’agira d’un signal fort pour préserver un partenariat respectueux et équilibré.