« L’affaire Epstein n’en finit plus d’étendre ses tentacules » : l’édito de Bruno Jeudy

Retrouvez l'édito de Bruno Jeudy.
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À mesure que se dévoilent, peu à peu, les millions de mails issus de la correspondance du pédocriminel américain, le scandale change de nature : d’une affaire judiciaire, il devient un révélateur politique mondial. Depuis la divulgation, le 30 janvier, d’une partie de ces échanges, la sphère du pouvoir vacille, prise en étau entre soupçons, instrumentalisations et règlements de comptes.
À Washington, Donald Trump n’a pas eu d’autre choix que d’ouvrir le dossier. Non par souci de transparence, mais sous la pression d’une opinion publique avide de vérité et, surtout, d’une base électorale chrétienne et conservatrice qu’il ne peut se permettre de froisser. Fidèle à une méthode éprouvée, le président américain a opté pour la stratégie de l’éclaboussure : livrer des noms, jeter le trouble, salir pour détourner l’attention de ses propres zones d’ombre.
Depuis des années, l’homme à la casquette rouge se pose en justicier moral, dénonçant la prétendue dépravation des élites démocrates, Bill Clinton en tête. Mais la mécanique se grippe lorsque les révélations évoquent aussi des figures proches de son propre camp. Les mentions de Steve Bannon ou de Peter Thiel, mentor du vice-président J.D. Vance, viennent fissurer le récit d’un Trump autoproclamé « Monsieur Propre ». En politique, la calomnie gêne moins que la vérité lorsqu’elle finit par vous rattraper.
La tempête ne s’arrête pas aux rives américaines. À Paris, le nom de Jack Lang surgit avec fracas. Cité à 673 reprises dans les dossiers Epstein, l’ancien ministre est sommé de s’expliquer. Sa fille Caroline Lang, contrainte de quitter ses fonctions après la révélation de l’existence d’une société offshore non déclarée, ajoute au malaise.
À 86 ans, l’icône des années Mitterrand, survivant de tant de polémiques passées, plaide aujourd’hui la naïveté. Mais peut-on invoquer l’innocence quand on qualifie Epstein d’« homme charmant », « passionné par l’art et la culture » ? Certainement pas lorsque l’Élysée et Matignon prennent leurs distances et que ses camarades du PS l’invitent sans détour à passer la main.
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Cette défense maladroite confine à l’aveuglement. Pire : elle heurte. Comment ne pas être consterné par la légèreté d’un responsable politique de ce rang, dont l’expérience aurait dû commander la retenue ? Le penseur Thomas Paine avertissait déjà : « Il est plus facile de garder intacte sa réputation que de la blanchir quand elle est ternie. » L’honneur et la dignité devraient, en pareille circonstance, guider le choix du retrait.
Dans ce tableau sombre où même les têtes couronnées d’Europe sont éclaboussées, certains, à l’image de Vladimir Poutine, instrumentalisent cyniquement l’affaire à coups de faux sites et de rumeurs grossières visant notamment Emmanuel Macron. Le risque est là : que le scandale se transforme en foire aux fantasmes. Et que l’on s’habitue à l’inacceptable. Simone de Beauvoir nous avait pourtant prévenus : « Ce qu’il y a de plus scandaleux dans le scandale, c’est qu’on s’y habitue. » C’est précisément ce piège qu’il faut aujourd’hui refuser.