« Aux patrons de convaincre les Français que les entreprises protègent le pays et fortifient l’État » : L'édito de Bruno Jeudy

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/DR

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La charge virulente de Bernard Arnault contre les pays qui pénalisent les entreprises par des taxes excessives et fabriquent, par ricochet, du chômage, ne vise évidemment pas une abstraction. Elle cible la France, son gouvernement, ses parlementaires. Quand le patron de LVMH, dont le groupe emploie près de 40.000 salariés dans l’Hexagone, hausse ainsi le ton, on aurait tort de balayer ses propos d’un revers de main. Car, au-delà de sa personne, c’est une grande partie du patronat qu’il incarne et dont il se fait aujourd’hui le porte-voix.
L’indignation des chefs d’entreprise pourrait surprendre tant nombre d’entre eux avaient misé sur Emmanuel Macron, longtemps présenté comme le président le plus probusiness de la Ve République, défenseur assumé d’une économie libérale et d’une fiscalité plus favorable à l’investissement. Mais la dissolution incompréhensible de 2024 et ses conséquences funestes – instabilité politique, Assemblée ingouvernable, budget aux accents socialistes multipliant les prélèvements – ont rompu un pacte de confiance déjà fragilisé.
Certes, les grandes entreprises ont échappé à la taxe Zucman. Mais le maintien de la surtaxe exceptionnelle sur les bénéfices est vécu comme un nouvel épisode de cette éternelle chasse aux riches et aux patrons. De quoi donner un cruel écho à la formule de Churchill : « On considère le chef d’entreprise comme un homme à abattre ou une vache à traire. Peu voient en lui le cheval qui tire le char. »
Les prises de parole de Patrick Pouyanné, Michel-Édouard Leclerc, Alexandre Bompard, Florent Menegaux ou Nicolas Dufourcq ne sont pas restées sans écho. Notre sondage le montre : près de six Français sur dix verraient d’un bon œil un patron gérer la France plutôt qu’un politique. Quel chemin parcouru depuis mai 68 et son slogan fétiche, « Le patron a besoin de toi, tu n’as pas besoin de lui », ou la chanson moqueuse des Charlots, Merci patron.
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Peut-être les dirigeants ont-ils eu tort de rester trop longtemps spectateurs des errements politiques, négligeant la pédagogie économique. Le rapport au travail, la valeur de l’effort, les conditions de la compétitivité n’ont pas été assez expliqués. Le risque est réel de voir la France décrocher. Dialoguer avec toutes les forces politiques est légitime. Croire que le Rassemblement national, étatiste, favorable à la retraite à 62 ans et à un ISF relooké, infléchira sa ligne l’est beaucoup moins. Aux patrons, désormais, de convaincre les Français que les entreprises protègent le pays, fortifient l’État, concourent au vivre-ensemble et ne doivent pas servir d’exutoire aux colères et aux frustrations entretenues par les extrêmes.