Le nouveau patron de Bordeaux Port met le cap sur la réindustrialisation

Le trafic de marchandises de Bordeaux Port est en baisse de 6 % sur les quatre premiers mois de 2026.
PAT GPMB

Le trafic de marchandises de Bordeaux Port est en baisse de 6 % sur les quatre premiers mois de 2026.
PAT GPMB
Arrivé début mai aux manettes du Grand port maritime de Bordeaux, Ivan Martin doit jongler entre temps court et temps long. L’immédiateté, c’est la baisse de 6 % sur un an du trafic de marchandises au cours des quatre premiers mois de 2026. Une attrition qui s’explique d’abord par la baisse de 10 % du volume des énergies fossiles à cause du renchérissement du prix des carburants.
Mais après un trafic déjà en difficulté l’an dernier à 6,18 millions de tonnes, (-1,4 %), la plateforme portuaire reste très prudente sur les perspectives de croissance. Il ne table que sur 6,7 millions de tonnes à l’horizon 2030, loin des 7,8 millions de tonnes qui transitaient encore par Bordeaux il y a une dizaine d’années.
La priorité du nouveau patron de Bordeaux Port est donc de trouver des relais de croissance à moyen et long terme. Le 7e port maritime français lorgne ainsi les importants flux de matériaux liés à la future ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse censée voir le jour en 2032 puis, potentiellement, au réacteur nucléaire de nouvelle génération EPR 2 au Blayais à l'horizon 2040. Les activités de recyclage, maintenance et déconstruction de navires sont également au programme dans le sillage des huit navires militaires déconstruits ces dernières années.
Il est aussi question d’explorer les débouchés du côté des carburants de synthèse, de l’éolien offshore, dans le cadre d’une alliance avec les autres ports néo-aquitains, et de la filière vin et cognac. Mais ces filières sont toutes en proie à des difficultés pour des raisons différentes.
Il faudra donc regarder bien au-delà du transport de marchandises, qui pèse aujourd’hui 42 % du chiffre d’affaires. Et comme ses prédécesseurs, Ivan Martin a trouvé dans son jeu un atout de poids : les sept implantations du port tout au long de l’estuaire ainsi que 2 300 hectares de foncier. Si 1 500 hectares sont des espaces naturels, il reste environ 800 hectares à valoriser.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

« On peut considérer que cela représente 600 hectares déjà artificialisés mais dont l’utilisation peut être optimisée et 200 hectares exploitables », jauge Ivan Matin. « Cela nous permet à Bassens, au Bec d’Ambès ou au Verdon d’accompagner des opérateurs économiques et industriels et de décarboner nos activités », poursuit celui qui était auparavant le directeur des territoires et de la mer en Guyane.
Côté énergies renouvelables, un méthaniseur produisant du biogaz et de l’engrais organique a été déployé par CVE à Ambès. Il sera inauguré en septembre prochain. Plus au nord, au Verdon, c’est EDF qui construit une centrale photovoltaïque.
Et plusieurs projets industriels sont aussi sur les rails et ont déjà fait beaucoup parler. Il s’agit de la ferme de saumons portée par Pure Salmon au Verdon qui vient de recevoir un avis favorable de l’enquête publique malgré d’importantes contestations.
Mais aussi du projet EMME de raffinerie de cobalt et de nickel prévu sur un terrain du port en zone inondable malgré son classement en Seveso seuil haut. Un projet qui suscite à la fois une importante contestation locale et un soutien puissant de l’État. « C’est une entreprise qui veut apporter des solutions très opérationnelles à la mobilité électrique. C’est une chance qu’il faut saisir, une opportunité qu’il faut accompagner », appuie Ivan Martin.
À l’inverse, le projet GH2 de production d’ammoniac vert à Ambès est, lui, abandonné. « La convention d’occupation a expiré et le terrain est entièrement libre pour accueillir d’autres projets », assure le président du directoire.
À lire également
Enfin, Ivan Martin reprend à son compte la proposition de « task force » avec l’État et les collectivités locales formulée par la mission de prospective en début d’année. « On est en train de la mettre en place », assure-t-il. « En tant qu’aménageur, nous souhaitons développer le territoire pour nous et pour les acteurs économiques et industriels. »