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Ce qui pourrait empêcher Mitt Romney de remporter l'investiture républicaine

Jérôme Marin, à New York

Publié le 06 décembre 2011 à 16:57

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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A moins d'un mois du début des primaires, l'ancien favori des sondages se retrouve désormais dans une situation très inconfortable. Et pourrait se diriger vers une défaite.

Il y a quelques semaines à peine, rien ne semblait en mesure d'empêcher Mitt Romney de décrocher l'investiture républicaine. Mais à moins d'un mois du début des primaires - le 3 janvier avec le caucus de l'Iowa -, cet état de fait est largement remis en cause. La faute à la percée de Newt Gingrich, l'ancien président républicain de la Chambre des représentants sous la présidence de Bill Clinton.

Les derniers sondages sont sans appel : au niveau national, Romney ne recueille plus que 20% des intentions de votes (enquête CNN réalisée fin novembre), soit 6 points de moins qu'à la mi-octobre. Dans le même temps, Gingrich est passé de 8 à 24% ! Au niveau local, Romney est devancé dans les Etats votant les premiers ("early states") comme l'Iowa, la Caroline du Nord et la Floride. Il conserve la tête dans le New Hampshire, dont le vote le 10 janvier est stratégique dans sa campagne. Mais son avance a fondu.

Le renversement de la tendance est donc incontestable. Et le plus inquiétant pour Mitt Romney, c'est que ces enquêtes d'opinion ont été réalisées avant l'annonce du retrait d'Herman Cain, intervenue ce samedi. Car les partisans de l'homme d'affaires, majoritairement dans la frange la plus à droite du parti républicain, devraient se retourner plus massivement vers Newt Gingrich. Peu d'entre eux devraient gonfler les rangs de ses supporters.

Certes, beaucoup de choses peuvent encore se passer avant le début des primaires et au cours des primaires, dont le verdict pourrait intervenir bien plus tard qu'en 2008 - John McCain avait obtenu l'investiture dès le mois de mars. Mais, Mitt Romney se retrouve désormais dans une situation très inconfortable et semble avoir perdu le "momentum". Beaucoup de raisons expliquent cette chute, en voila trois.

1- Pas assez conservateur

C'est le principal reproche de la majorité des électeurs républicains: Mitt Romney n'est pas assez conservateur à leurs yeux. Comprenez : pas assez à droite. Son problème, c'est en partie d'avoir été le gouverneur du Massachusetts. Un Etat du nord-est des Etats-Unis où se trouve la très libérale (dans le sens américain) ville de Boston. Pour s'y imposer et gouverner, il a dû adopter des positions que les militants du Tea Party, notamment, répugnent. Il a également réformé le système de santé en imposant le mandat individuel, c'est à dire l'obligation faite à tous les résidents de l'Etat de souscrire à une assurance maladie.

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Cette loi, rebaptisée "Romneycare", est souvent citée en exemple et en source d'inspiration par Barack Obama, bien content de défendre sa réforme de la santé avec l'aide, bien involontaire, d'un candidat à l'investiture républicaine. Mitt Romney a beau se défendre, en expliquant que ce qui est acceptable au niveau d'un Etat ne l'est pas forcément à l'échelon national, rien n'y fait. Les républicains ne veulent plus de "Obamacare" et estiment majoritairement que Romney n'est pas assez crédible sur ce sujet. Un exemple parmi d'autres du fossé séparant le candidat de l'aile conservatrice.

2- Flip-flop
Pour tenter de convaincre ces conservateurs, Mitt Romney est revenu sur ses convictions antérieurs à de nombreuses reprises. Des volte-face (flip-flop en anglais) qui font le bonheur de ses détracteurs et qui se répandent sur Internet. Les exemples ne manquent pas, sur le plan de relance, sur le sauvetage des banques et du secteur automobile, sur l'immigration, sur l'avortement et sur le réchauffement climatique... Il n'est parfois même pas nécessaire de remonter quelques années en arrière. Quelques jours peuvent suffire, comme cela a été le cas sur les lois antisyndicales dans l'Ohio.

Cette réputation a coûté à Mitt Romney le soutien officiel - et convoité - du "New Hampshire Union Leader", le principal quotidien de l'Etat. "Nous demandons aux conservateurs du courage, de la conviction et un esprit indépendant sur leurs convictions profondes sur ce pays et ses habitants', expliquait le quotidien en choisissant de soutenir Newt Gingrich. "Gingrich n'est pas le candidat parfait. Mais nous préférons soutenir quelque avec qui nous pourrions parfois être en désaccord plutôt qu'un candidat qui nous dit ce que nous voulons entendre".

3- Sentiment d'avoir déjà gagné
A trop lire les premiers sondages et à voir ses premiers concurrents s'effondraient un à un (Michele Bachmann, Rick Perry, Herman Cain), Mitt Romney s'est certainement déjà vu défier Barack Obama en novembre 2012. En témoigne son premier spot de publicité, uniquement centré autour du bilan du président américain. Déjà tourné vers la présidentielle, Romney a oublié le plus important: la primaire républicaine. Il a par exemple limité ses apparitions à la télé, dont celles sur Fox News, la plus importante chaîne pour un candidat républicain.

Depuis le début, Romney s'est attaché à cultiver sa stature présidentielle, refuser de se salir les mains. Il n'a pas ou peu attaqué ses adversaires républicains que ses adversaires ne sont pas gênés pour le faire. Il est également apparu dédaigneux et arrogant au cours des débats, se transformant parfois en donneur de leçons ou en professeur. Il a enfin négligé la force chez les conservateurs de la vague "tout sauf Romney", estimant certainement qu'aucun de ses rivaux ne pouvait véritablement tenir la distance.

Actualités, petites phrases, sondages et analyses... Suivez au jour le jour les primaires républicaines et la présidentielle sur notre blog consacré aux élections américaines.

Jérôme Marin, à New York

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