Les chefs d'entreprise menacés d'épuisement

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A ceux qui croient encore qu'entreprendre est une sinécure qui protège des aléas du marché de l'emploi, les chefs d'entreprise réunis au sein de l'APM (Association pour le management) apportent un démenti formel. Mal aimés des pouvoirs publics et du grand public, ils jugent de plus en plus difficile de faire vivre une entreprise. A eux d'apprendre désormais à gérer leur stress.

Il n'y a pas que des salariés sous stress en France. Il y a aussi des chefs d'entreprises. Le réseau Apm (Association Progrès du management) a recueilli les témoignages de ses 988 adhérents chefs d'entreprise sur l'envie d'entreprendre aujourd'hui et sur son quotidien fragilisé par la crise.

Si pour la moitié d'entre eux, le désir d'indépendance est à l'origine de la création ou de la reprise d'entreprise, aujourd'hui, leur principale source de satisfaction et de motivation est liée au développement de leur entreprise et au fait de créer des emplois. Plus le chef d'entreprise est jeune, plus il est attaché à ces indicateurs. Alors que l'espoir de gagner beaucoup d'argent est l'idée reçue qui domine en France dès lors qu'il s'agit d'entreprendre, l'étude prouve le contraire : cette motivation arrive en toute fin de la liste. A peine 12% citent les gains financiers comme motivation principale à l'origine de la création.

58,2 heures en moyenne de travail hebdomadaire

Et pour cause : la vraie vie du chef d'entreprise est loin d'être un fleuve tranquille ! Pire : 87% estiment qu'il est plus difficile de faire vivre économiquement son entreprise qu'il y a dix ans, 79% de reprendre une entreprise, 75% de créer une entreprise, 68% de la transmettre et 66% de manager ses équipes. Ils travaillent en moyenne 58,2 heures par semaine et 75% estiment leur charge de travail plus lourde que par le passé, 77% jugent leur emploi du temps surchargé (93% pour les chefs d'entreprise de plus de 200 salariés) et 70% se sentent seuls dans la prise de décision.

Déprimés les chefs d'entreprise ? Pas sûr mais proche du "burn out", oui, sans aucun doute. Quand on sait que ce syndrome d'épuisement professionnel touche en majorité les salariés les plus investis et les plus travailleurs, on ne s'étonne pas, au vu de ces résultats, de pressentir ce même phénomène chez les chefs d'entreprise. De quoi bousculer la croyance populaire qui juge les dirigeants comme des « nantis », disposant des moyens qui font défaut aux autres, et n'ont pas de quoi être stressé ! Les dirigeants sont trop souvent considérés comme responsables du stress, sinon coupables. Cette position d'acteur face au stress des autres se trouve peu compatible avec celle d'en subir soi-même les effets : le dirigeant est en général considéré comme plus « stressant » que « stressé ».

Le stress des dirigeants reste un tabou

Résultat : le stress des dirigeants est un tabou chez les premiers concernés. Entend-on souvent des dirigeants parler de leur propre stress ? Non... et pourtant : un tiers reconnait ne pas avoir le temps de s'occuper de la stratégie de leur entreprise car trop pris dans les filets de la gestion courante. "Les conséquences néfastes du stress touchent donc le dirigeant lui-même, mais concernent aussi son entreprise. La pression que celui-ci supporte le pousse à toujours plus d'actions, toujours plus de décisions : celles-ci sont parfois des réactions au stress plutôt que le résultat d'une réflexion adaptée au contexte : quel dirigeant n'a jamais pris une décision sous le coup de la pression pour la regretter ensuite ? Parfois, cette réaction prend la forme d'une hésitation voire d'un immobilisme qui peut être perçu par l'entourage comme un retrait, voire un désintérêt", relève Bruno Lefebvre, fondateur et dirigeant du cabinet de conseil AlterAlliance.

Les dirigeants doivent mener une réflexion sur leur propre stress

Pour une fois, l'étude de l'APM relève dans les témoignages des intéressés les termes de "stress", "charge", "combat", "impossible". Un premier pas chez ces dirigeants vers la reconnaissance de ce qu'ils vivent. Car, comme nous l'a enseigné le philosophe Michel Foucault, celui qui ne se soucie pas de lui aura du mal à se soucier des autres : sans ce souci de l'autre, le rythme et les décisions du dirigeant auront tendance à être les siens ou ceux de ses actionnaires, sans que les enjeux et difficultés des collaborateurs soient suffisamment pris en compte.

Il est donc essentiel que les dirigeants mènent une réflexion sur leur propre stress et ses conséquences, positives comme néfastes. Et pourquoi pas provoquent des échanges sur le stress dans leur comité de direction, en sollicitant leur "codir" pour inventorier les facteurs de stress vécus par cette instance dirigeante (par exemple : pression de l'actionnaire, du client, du "codir" lui-même).

"Le tabou ainsi levé permettrait de percevoir des signaux faibles de stress avant que celui-ci n'occasionne des conséquences fâcheuses sur la santé ou la performance opérationnelle", en conclut Bruno lefebvre. L'image d'Épinal du dirigeant réglant ses affaires sur un parcours de golf a vécu. Désormais, c'est plutôt le salon de son logement qui devient un espace professionnel pour le décideur qui ne « décroche » que rarement de son travail.

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Commentaires
a écrit le 26/04/2013 à 15:42 :
Et à la question : changeriez vous votre place pour devenir salarié ? ils répondent quoi les APM ? A force d'essayer de persuader tout le monde qu'on ne peux rien faire, qu'il n'y a pas d'autre choix possible ... un(e) patron(ne) - c'est à dire quelqu'un qui a fait le choix de prendre en charge une mission de bien commun, de contribuer à la production de valeur ajoutée (certains disent profits ... mais il parait que c'est un gros mot !) pour contribuer à la richesse collective - un(e) patron(ne) donc peut il répondre autre chose que "c'est dur" !!! Oui c'est dur, nous sommes tous, patrons ou non, dans un monde en mutation et il nous faut inventer collectivement le monde de demain !
Les patrons ont cette charge particulière de devoir construire leur vision de demain pour le construire ... ils sont en première ligne ! responsable (volontaire !) de leur troupes ! Alors, dans un environnement où l'information ne fait que nous répéter que c'est la crise, qu'il n'y a pas de solution, qu'on ne peux faire autrement ... comment peuvent ils sereinement construire cette vision indispensable à la réussite collective de demain ?
Si le sujet vous intéresse : http://bit.ly/17hDZzx
Olivier CHAILLOT
www.dubitare.fr
a écrit le 26/04/2013 à 11:15 :
Excellente réflexion à mener : pourquoi une telle évolution accablante en dix ans ? en vingt ans ? en trente ans ?
Pourquoi épuise-t-on patrons et cadres ? avec en même temps des mécanisation et industrialisation de l'organisation du travail qu'accompagne la baisse sinon la chute de la qualité, à force de segmenter, cloisonner pour imposer la conformité aux innombrables normes et complexifications ! Faut-il être ingénieux ou marchand sinon salarié ?
a écrit le 21/04/2013 à 23:50 :
Je suis dans le processus de création de ma propre entreprise. j'ai bien aimé cette article car elle aide à se préparer mais aussi à ne pas avoir seulement le gain comme principale objectif pour la création de l'entreprise.

Merci
Réponse de le 22/04/2013 à 1:48 :
Du courage à toi.
Sans être chef d'entreprise mais en étant dans le processus de décision, j'ai déjà eu à traverser un burn out. Le véritable danger c'est de ne plus écouter les signaux de son corps et de se laisser entrainer dans les activiter quotidienne.
a écrit le 21/04/2013 à 23:50 :
Je suis dans le processus de création de ma propre entreprise. j'ai bien aimé cette article car elle aide à se préparer mais aussi à ne pas avoir seulement le gain comme principale objectif pour la création de l'entreprise.

Merci
a écrit le 21/04/2013 à 2:09 :
Le RSI,voilà ce qui ronge les chefs d'entreprise.Les autres n'ont aucune idée de ce que peux être la lourdeur de ces charges,qui déglinguent toute motivation,spolient la trésorerie et font couler au moins une entreprise sur deux lors du rappel de cotisations lors de la 3e année d'exercice.
Restez employés,conseil d'ami.Pour ma part je compte bien y retourner lorsque j'aurai réglé mes dettes professionnelles,mais pour l'instant j'ai le couteau sous la gorge...
a écrit le 20/04/2013 à 16:39 :
Je suis d'accord du fait que les dirigeants d'entreprise sont pour la plupart "aspirés" par leur quête de réussite et chacun a sa définition de réussite. Comme il est dit dans l'article, ce n'est pas l'aspect financier qui prédomine. Le danger pour ces personnes, c'est le fait de ne plus écouter les signaux de leur corps et de rationaliser en se disant qu'avec un peu de sommeil, elles vont récupérer suffisamment. A mon avis, ces chefs d'entreprises pourraient concilier deux besoins: être dans l'action et la résolution de problèmes, c'est d'ailleurs ma façon de coacher les gestionnaires. Ceci peut se faire aussi bien sur un terrain de golf que sur une piste de randonnée pédestre! Pourquoi pas! Quand j'assiste ces dirigeants, je les invite à un certain "lâcher prise" etc.
a écrit le 20/04/2013 à 15:52 :
Je suis chef d'entreprise, et je gagne 1500 euros net pour 70 heures par semaines. Je conseille à tous les lecteurs de rester employés à 35 heures, et de profiter de leurs enfants et de s'amuser. Nous avons trop de stress pour pas grand chose. C'est pour cela que les jeunes rêvent d' être fonctionnaires.
Réponse de le 24/04/2013 à 21:36 :
On peut aussi conseiller aux jeunes qui ont une autre ambition que de finir rond de cuir d'aller étudier puis travailler à l'étranger. La France étant la prochaine Grèce, c'est ce qu'il y a de mieux à faire.
a écrit le 20/04/2013 à 8:45 :
Et si la solution de nos tous nos maux était la fin de la pensée unique : Fermons l'ENA et l'X !
a écrit le 20/04/2013 à 6:29 :
Faites comme moi ... Fermez la boîte, demandez le RSA, et partez en vacances....On stresse beaucoup moins en vacances... C'est drôlement plus amusant que de s'emm... la vie avec le couteau sous la gorge que nous met chaque jour le gouvernement d'aujourd'hui, d'hier, et d'avant hier etc etc...
a écrit le 19/04/2013 à 22:48 :
L'étude prouve que les chefs d'entreprises ne cherchent pas principalement à gagner beacoup d'argent parce que seuls 12% le disent? La seule chose que prouve cette étude c'est que s'ils cherchent à gagner de l'argent ils ne le disent pas. Le reste est à l'avenant.
Il faut apprendre à lire et à interpréter les études avec sérieux!
Le patron est souvent un stressé... qui transmet son stress à ses employés!
Au fait : je suis moi même chef d'entreprise, mais pas aveugles quant à mes motivations, et ceux que je demande à mes collaborateurs.
Si on ne veut pas "se sentir seul" à prendre des décisions, on ne crée pas d'entreprise (ou une Scop).
a écrit le 19/04/2013 à 18:27 :
oh les pauvres petits j 'irai mettre un cierge avec figide
a écrit le 19/04/2013 à 12:39 :
C'est sur qu'il vaut mieux être payé à ne rien faire comme c'est 11 nouveaux députés représentant les expatriés qui sont tous soumis aux lois des pays où ils se trouvent et pas aux lois françaises ! En tant que petit patron, je n'ai plus de personnel, plus d'investissement et plus de stress. Au delà de 3000 euros par mois, je ne prends plus de commandes. Pourquoi travailler pour les autres ? Le système d'impôts vous dissuade de travailler. Et l'ISF est la cerise sur le gâteau. C'est unique au monde. La France va devenir le paradis des chômeurs.
a écrit le 19/04/2013 à 8:50 :
Il y a bien plus de risques en étant petit patron : cautionnement de ces biens perso, pas de chômage, stress du lendemain...
a écrit le 19/04/2013 à 8:25 :
quand les experts de hautes commissions se rendront compte que la premiere motivation est souvent l'independance, ils s'interrogeront du ' pq quand on casse le bras de l'autoentrepreneur pour que ca devienne google avec plein d'emplois bien payes mais ou les gens ne travaillent pas trop, ca donne le meme resultat que le CICE?'
a écrit le 18/04/2013 à 21:26 :
nous ne sommes pas sortis de l'auberge car les salariés sont déjà épuisés par les chefs d?entreprises . donc "y'a" plus personne pour faire tourner la boite .
a écrit le 18/04/2013 à 19:32 :
Hier soir coup de teléphone ...un collègue chef d'entreprise ....qui s'est battu (y compris les WE ) pour sauver sa PME ;;;venait d'apprendre sa mise en liquidation ...il perd tout !...résultat tentative de suicide dans son bureau ...un de ses collaborateurs est arrivé a temps ...il est a l'Hopital ...j'attends des nouvelles ! Alors l'enfumage de nos Enarques , les lecons des incapables au pouvoir ...qui sont assurés de leur Job , de leurs hauts salaires ...je leur dis DEHORS !
Réponse de le 19/04/2013 à 8:27 :
il aurait mieux fait d'aller casser qqch qui n'est pas a lui, comme le font certains autres.... on espere qu'il va se retablir
Réponse de le 19/04/2013 à 10:19 :
Tout à fait d'accord avec Georgio, tous ces incapables qui ont fait de la politique un métier, qui vivent au crochet de l'état depuis des années n'ont aucune idée de ce qu'est une entreprise et eux ne sont pas stressés, qu'ils laissent la place à des gens compétents issu de la société civile qui connaissent la vraie vie, mais tous ces donneurs de leçon qu'ils s"en aillent et vite!
a écrit le 18/04/2013 à 18:13 :
58 heures moi c'est plutôt 70 heures par semaine....Et à tous ceux qui pensent que c'est une position confortable et se sentent obliger de critiquer ayez le courage de vos paroles et faites le pas pour devenir patron et on verra si vous avez toujours le même point de vue.....Avis aux amateurs
Réponse de le 19/04/2013 à 8:29 :
la reponse est en general facile... le francais ne veut pas devenir patron ' car il ne veut pas exploiter les autres' ( je leur repond en general qu'ils n'ont qu'a accorder aux salaries de tres hauts salaires avec tres peu d'heures de travail, alors c'est plus de l'exploitation ( mais comme ils sont coinces dans leurs propres contradictions, ils se mettent a hurler ' de facon juste sociale et solidaire')... quand on a affaire a des c....
a écrit le 18/04/2013 à 18:12 :
Les flambions et consorts soit ex-prof fonctionnaires, soit politiciens depuis tout petit, ce sont fait elir en disant faut détester les riches et les patrons sont tous comme les patrons des ets du CAC40.
Du coup taxe à fond, haine, peuple divise.
Certains ont fuis le pays, les autres sont entrain de craquer!
Belle perf de la fraise des bois en moins de 1 an!
Certe les prédécesseurs avaient commence le taf
Réponse de le 19/04/2013 à 10:20 :
plus qu'assez de tous ces politiciens qui n'ont jamais gérés une entreprise

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