Qui est le banquier central qui ose défier Recep Tayyip Erdogan ?

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(Crédits : Forex)

Il avait dans un premier temps semblé envoyer une marque de loyauté au pouvoir politique, rompant avec sa réputation d'homme libre, mais, sous la pression inattendue des marchés financiers, il a cette semaine réaffirmé pleinement son indépendance et, en même temps, celle de l'institution qu'il dirige depuis avril 2011.

Erdem Basci a écorné sa crédibilité en moins d'un mois en s'évertuant à refuser une action vigoureuse de la banque centrale au niveau des taux afin d'endiguer les mouvements de ventes massifs qui ont entrainé la lire turque à des plus bas historiques face à l'euro et au dollar américain. Il avait préféré des interventions journalières de plusieurs millions de dollars sur les changes, sans effet pour la monnaie nationale, et un pilotage fin des taux au jour le jour, le même mécanisme qui avait pourtant permis, depuis 2011, à la Turquie de bien affronter les vents contraires et notamment la crise de la dette souveraine européenne.

Cependant, c'était oublier que le contexte est au combien plus difficile pour la Turquie. Il ne s'agit plus d'être victime d'un phénomène extérieur, par le jeu des alliances commerciales, mais d'être le centre névralgique d'une vaste crise, un scandale politico-financier qui a eu le malheur de se produire en même temps que le renouveau de la politique monétaire américaine.

Les investisseurs attendaient légitimement un geste fort, pas une conduite au jour le jour de la politique de taux en Turquie. De la visibilité, voilà ce qui était réclamé. Contraint et forcé, Erdem Basci a finalement relevé de 425 points de base les taux, largement au-dessus du consensus, mais la crédibilité de l'institution qu'il dirige est remise en cause. Ce sont ainsi plus de 13 ans de travail patient et ardu pour faire de la banque centrale une institution indépendante et reconnue par les milieux financiers qui se sont évaporés en quelques semaines. 13 ans, depuis la crise monétaire de 2001.

Erdem Basci a toutefois sauvé la face grâce à cette ultime décision précipitée. On le sait proche de certains milieux politiques, il a notamment été conseillé d'un ancien ministre de l'économie, Ali Babacan, mais en défiant publiquement le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, qui a récemment affirmé qu'il n'était pas en faveur de taux élevés, il s'est mis à dos certains de ses amis.

Erdem Basci pensait finir son mandat avec comme défi principal, un défi qui pourrait lui permettre de rester dans l'Histoire, de transférer le siège de la banque centrale d'Ankara à Istanbul afin de faire de cette ville un centre financier d'ampleur mondiale. Il aura manifestement d'autres priorités: défendre l'indépendance de la banque centrale afin de rassurer les investisseurs étrangers dans un contexte monétaire international peu favorable à cause du Tapering qui a un impact négatif sur les pays émergents.

L'enjeu en 2014 pour la Turquie n'est pas de sauver un objectif officiel de croissance à 4%, auquel plus personne ne croit, mais bien de savoir si le gouverneur Erdem Basci aura la volonté et / ou la marge de manoeuvre suffisante pour augmenter de nouveau les taux en cas de nouvelle chute massive de la lire turque. Car, bien que la situation se soit stabilisée, elle n'en demeure pas moins périlleuse pour le pays à moyen et long terme.




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