De la plante jusqu'au réservoir : Bordeaux ouvre le délicat chantier des carburants aériens durables

Pierre Cheminade
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Agence APPA

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Les SAF, les carburants d'aviation durables, posent probablement autant de questions qu'ils n'apportent de réponses au défi de la décarbonation du trafic aérien. Loués pour leur caractère immédiatement opérationnel et leur empreinte carbone théorique jusqu'à 80 % inférieure au kérosène classique sur l'ensemble du cycle de vie, ils se heurtent dans les faits à de multiples obstacles : coût nettement plus élevé, logistique complexe, acceptabilité sociétale et quantité disponible compte tenu de la concurrence avec des usages plus essentiels tels que l'alimentation. Mais ce qui est aussi certain c'est que le règlement européen Refuel adopté en septembre 2023 imposera dès 2025 d'incorporer 2 % de SAF - bio carburants et carburants synthétiques - dans le kérosène des vols en et au départ de l'Europe. Puis 6 % en 2030 avant 34% en 2040 puis 70 % à l'horizon 2050 ! Pour l'aéroport de Bordeaux, qui propose des SAF depuis mi-2022, « à trafic constant, cela représenterait six millions de litres contre 500.000 litres délivrés en 2023, soit environ 1 % de la consommation totale », pointe Simon Dreschel, son président.
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Un véritable tour de force qui suppose de regarder le sujet dans sa globalité. « Les SAF c'est le gros sujet de l'aviation des quinze prochaines années avant que l'électrique ou l'hydrogène ne puisse prendre le relais. Il faut donc trouver des solutions rapidement », observe Michel Dubarry, le président de la Fondation Bordeaux Université, qui annonce un programme de recherche ambitieux doté d'un million d'euros sur quatre ans pour étudier scientifiquement les différentes facettes du sujet. Lancé avec l'Université de Bordeaux et l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, le budget est déjà sécurisé pour moitié grâce à sept premiers mécènes : l'aéroport, Airbus, EDF, Elyse Energy, Groupe Socatra, Suez et Terega. D'autres acteurs publics et privés dont la Région Nouvelle-Aquitaine et TotalEnergies sont également sur les rangs. Pour l'aéroport bordelais c'est une première, comme le souligne Simon Dreschel : « Nous avons en région les ressources pour délivrer des SAF traçables et réduire notre empreinte carbone, nous devons ouvrir la voie pour les aéroports régionaux en montrant qu'il est possible de structurer des filières locales pour décarboner le scope 3 de nos émissions (*). »
Pierre Cheminade
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