Eric Léandri (Qwant), défenseur d'une Europe des startups conquérante

Mikaël Lozano

Eric Léandri (Qwant)
Agence Appa

Mikaël Lozano

Eric Léandri (Qwant)
Agence Appa
Demandez à Eric Léandri combien son bébé Qwant enregistre de requêtes, il vous répondra en "jours Google". Une vraie curiosité tant le dirigeant prendra soin de prononcer le moins possible le nom de son concurrent américain lors de l'entretien qu'il aura consacré à plusieurs médias bordelais, à quelques minutes de monter sur scène lors du French Tech Day du 5 décembre. Un air de "Celui-dont-ne-doit-pas-prononcer-le-nom" - les lecteurs d'Harry Potter comprendront - qui pourrait paraître surprenant tant Qwant se construit par opposition, ou en alternative selon son dirigeant, au mastodonte californien.
Donc, le moteur de recherche Qwant devrait enregistrer entre 15 et 18 milliards de requêtes en 2018, soit "environ 6 jours Google. On devrait finir l'année à 100 millions de visiteurs uniques, avec une croissance de + 20 % par mois, et un chiffre d'affaires qui augmente ces temps-ci de 15 % par mois", précise Eric Léandri. Comment juge-t-il l'air du temps pour les méga-plateformes américaines ? "Je trouve que ça tangue beaucoup pour elles. Certaines ont enregistré des pertes monstres. Après Cambridge Analytica, j'entends de plus en plus de plaintes qui commencent à arriver."
Au point d'imaginer une porte enfin ouverte pour la concurrence ? Plutôt une chatière, alors. Contrariée d'avoir été condamnée, pour abus de position dominante, à une amende de 4,3 milliards d'euros, Google a menacé de rendre son système d'exploitation Android, qui fait fonctionner la grande majorité des smartphones, payant. Plus précisément, les constructeurs de smartphones devront maintenant payer une licence fluctuant entre 10 et 40 dollars pour pouvoir installer par défaut le magasin d'applications mobiles Google Play Store et les applications Google sur leurs périphériques.
"Même en Russie, en Corée du Sud... Google ne procède pas ainsi et Android est gratuit", tonne Eric Léandri, dénonçant le comportement de bulldozer de la firme californienne qui chercherait à tuer toute concurrence. Le patron français veut aussi montrer que Qwant est tout sauf immobile avec le développement de services tous azimuts : "Qwant Junior a un super accueil, Qwant Maps est en test actuellement, on finalise par ailleurs des accords avec des banques, pour Qwant Mail je donnerai une date de sortie avant Noël mais le service doit sortir dans le courant du 1er trimestre 2019." Une incursion dans le domaine de la santé est aussi programmée.
Quid de l'implication de l'entreprise française dans l'automobile connectée ? Eric Léandri avait claqué la porte du dernier Salon de l'auto à Paris, furieux que l'Alliance Renault - Nissan annonce la signature d'un partenariat avec Google dans ce sens.
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Le patron de Qwant (160 salariés) ne baisse pas les bras pour autant. Au contraire, il appelle à "l'établissement d'une vision européenne. On doit avoir 100 startups valorisées à 1 milliard en Europe." Mais il avertit :
Côté soutien des pouvoirs publics, "il y a beaucoup de choses à inventer, certifie le dirigeant de Qwant. On peut imaginer plein de trucs intéressants, vers de la garantie plus que vers du cash injecté, d'ailleurs. Et il existe des milliards d'euros qui dorment dans l'assurance ou l'immobilier et qui pourraient être fléchés vers les startups."
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Présent dans plusieurs villes françaises, Qwant pourrait-il ouvrir un bureau à Bordeaux ? Eric Léandri cultive le mystère : "Tout peut aller vite ou lentement. Rien n'est acté. Mais les compétences locales en matière d'images 3D peuvent avoir du sens pour nous."
Mikaël Lozano