Climat : plus de la moitié de l'électricité sera bas carbone avant 2030

Les flux d'investissement dans les projets d'énergie propre approchent les 2.000 milliards de dollars par an, relève aussi l'étude de l'AIE.
Unsplash License - Karsten Würth

Les flux d'investissement dans les projets d'énergie propre approchent les 2.000 milliards de dollars par an, relève aussi l'étude de l'AIE.
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La demande en électricité n'a jamais été aussi forte sur la planète, et plus de la moitié de celle-ci devrait devenir « bas carbone » d'ici la fin de la décennie. C'est l'enseignement principal d'un nouveau rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), publié ce mercredi.
« Dans l'histoire de l'énergie, nous avons connu l'ère du charbon et l'ère du pétrole, et nous entrons maintenant à grande vitesse dans l'ère de l'électricité, qui définira le système énergétique mondial à l'avenir, et sera de plus en plus basée sur des sources d'électricité propres », estime le directeur exécutif de l'AIE Fatih Birol, cité dans le communiqué du rapport annuel, titré « World Energy Outlook 2024 ».
Première donnée mise en avant par ce travail de l'AIE : une demande mondiale en électricité, qui explose « deux fois plus vite que la demande énergétique globale au cours de la dernière décennie ». Les deux tiers de cette augmentation proviennent de la Chine, est-il précisé, dans le document.
Entre 2023 et 2030, chiffre l'AIE, la demande mondiale d'électricité devrait augmenter de 25% environ, passant de 28.000 térawattheures (TWh) à 35.000. Cette « soif » est poussée par plusieurs facteurs d'après l'agence, dont les principaux sont l'électrification de l'industrie, des transports (mobilité électrique), et du bâtiment. Par ailleurs, les besoins de l'IA et les 11.000 data centers présents dans le monde et la climatisation vont aussi tirer cette consommation vers le haut.
L'AIE liste cet autre facteur : « des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses » et « les normes de performance plus élevées appliquées aux nouveaux appareils électriques, notamment les climatiseurs » contribueront aussi à cette croissance de l'électricité dans le monde. Enfin, l'AIE liste « la combinaison de la hausse des revenus et de la hausse des températures mondiales », qui généreront plus de 1.200 TWh de demande mondiale supplémentaire de refroidissement d'ici 2035 « soit une quantité supérieure à la consommation d'électricité de l'ensemble du Moyen-Orient aujourd'hui ».
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« Avec l'énergie nucléaire, qui fait l'objet d'un regain d'intérêt dans de nombreux pays, les sources d'énergie à faibles émissions », telles que l'éolien et le solaire, « devraient produire plus de la moitié de l'électricité mondiale avant 2030 », prévoit l'agence de l'énergie de l'OCDE.
Selon son étude, la capacité de production d'électricité renouvelable passera de 4.250 GW aujourd'hui à près de 10.000 GW en 2030, ce qui est certes « inférieur » à l'objectif de triplement (pour atteindre la neutralité carbone), mais « plus que suffisant, au total, pour couvrir la croissance de la demande mondiale d'électricité, et pousser la production d'énergie issue du charbon à décliner ». Aussi, avec plus de 560 gigawatts (GW) de nouvelles capacités d'énergies renouvelables ajoutées en 2023, « l'énergie propre fait son entrée dans le système énergétique à un rythme sans précédent », indique l'AIE.
Les flux d'investissement dans les projets d'énergie propres ont atteint 1.700 milliards de dollars par an, relève de surcroît cette étude, « soit près du double du montant combiné dépensé pour de nouveaux approvisionnements en pétrole, gaz et charbon », qui ont atteint 1.000 milliards de dollars. Autre fait souligné par l'AIE, l'essor de la mobilité électrique tire tout particulièrement ces investissements, tout « en mettant à mal les producteurs de pétrole » historiques.
Si le rythme de production des énergies renouvelables s'accélèrent, le pétrole demeure la première énergie utilisée, pointe également l'AIE dans son étude. D'après ses calculs, les énergies fossiles ont ainsi couvert un peu moins de 80% de la demande mondiale d'énergie en 2023. Une part qui a diminué très progressivement depuis 2011, où elle s'élevait à 83%.
De sorte que l'agence maintient sa prévision d'un pic de la demande pour toutes les énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) « d'ici la fin de la décennie ». A noter que ces prévisions sont à rebours de celles de l'industrie pétro-gazière et de l'organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Cette dernière pense en effet que le pic de demande interviendra vers 2050, avec une augmentation de la demande en énergie brune de 17% d'ici là.
Si « l'élan croissant en faveur des transitions énergétiques propres » est bien là, « le monde est encore loin d'une trajectoire alignée sur ses objectifs de neutralité carbone » à 2050, souligne toutefois l'AIE, qui appelle à une accélération.
A la faveur de l'essor des « technologies propres », l'AIE s'attend donc à un pic des émissions mondiales de CO2 « avant 2030 ». Mais « en l'absence d'une forte baisse par la suite, le monde est en passe d'atteindre une hausse de 2,4 °C des températures moyennes mondiales d'ici la fin du siècle », bien au-delà de l'objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris, fixé à + 1,5 °C.
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Pour rappel, selon les derniers chiffres du Global Carbon Project, qui font référence en la matière, en 2023, les émissions de dioxyde de carbone fossile (CO2) ont atteint 36,8 milliards de tonnes en 2023, soit une hausse de 1,1 % par rapport à l'année 2022. Lorsqu'on prend en compte le phénomène de déforestation, qui ampute la captation de carbone, ce volume monte à 40 milliards de tonnes.