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Nucléaire : EDF et le sud-coréen KHNP en finale pour le juteux marché des EPR tchèques

latribune.fr

Publié le 30 avril 2024 à 13:59 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 20:53

Actuellement, la République tchèque exploite déjà six réacteurs sur son territoire. Quatre sont situés sur le site de Dukovany et deux autres sur celui de Temelin.

Actuellement, la République tchèque exploite déjà six réacteurs sur son territoire. Quatre sont situés sur le site de Dukovany et deux autres sur celui de Temelin.

Lukáš Lehotský - Unsplach

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Ce mardi, EDF a annoncé avoir remis à l'énergéticien public tchèque CEZ une offre actualisée en vue de bâtir jusqu'à quatre réacteurs nucléaires de type EPR. En face de lui, le groupe sud-coréen KHNP. Si l'énergéticien français sort gagnant, ce serait son premier projet de nouveaux réacteurs depuis celui d'Hinkley Point, en Angleterre, en 2016.

Dernière ligne droite dans la course pour remporter un gros contrat nucléaire à Prague. D'un côté, le français EDF et de l'autre, le sud-coréen Korea Hydro & Nuclear Power (KHNP). Les deux concurrents ont déposé ce mardi leurs offres définitives pour construire jusqu'à quatre unités nucléaires en République tchèque, a annoncé ce mardi CEZ, le groupe public d'électricité du pays.

« Les fournisseurs ont soumis une offre actualisée pour une cinquième unité à Dukovany et trois autres unités » à Temelin, a déclaré CEZ dans un communiqué. « Nous allons désormais évaluer les offres et soumettre un rapport au ministère de l'Industrie et du commerce et au gouvernement tchèque pour approbation finale », a déclaré Tomas Pleskac, membre du conseil d'administration de CEZ.

Un premier réacteur qui pourrait être lancé en 2036

A l'issue de cet appel d'offre, les contrats avec l'énergéticien gagnant devraient être prêts à être signés d'ici le 31 mars 2025, a indiqué CEZ, ajoutant que le premier réacteur devrait être lancé en 2036.

Pour rappel, en 2022, Prague a lancé un appel d'offres de plusieurs milliards de dollars pour la construction d'un nouveau réacteur atomique. Dans ce cadre, EDF avait déposé, fin octobre, une offre engageante pour un réacteur et trois autres réacteurs de 1.200 mégawatts (MW) en option, soit une puissance inférieure à celle des EPR français en construction ou à l'étude. Mais le gouvernement a depuis déclaré qu'il souhaitait des offres contraignantes pour quatre nouvelles unités dans ses centrales de conception soviétique de Temelin et Dukovany.

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Par ailleurs, Prague avait précédemment éliminé de la course le géant américain Westinghouse en raison des lacunes de son offre. Ce, alors que l'entreprise américaine figurait parmi les favoris, après avoir remporté la construction d'une centrale nucléaire, en Pologne voisine, grâce à sa technologie AP1000. Egalement candidats, le Russe Rosatom et le Chinois CGN, ont été écartés pour des raisons de sécurité.

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Synergies industrielles

Selon Luc Rémont, PDG du groupe EDF, adopter les solutions d'EDF basées sur son réacteur EPR 1200 « constituera un précédent pour notre continent, pivot d'une industrie nucléaire européenne davantage résiliente et indépendante ».

Et d'ajouter : «En rejoignant la communauté européenne de l'EPR, la République tchèque bénéficiera d'un effet de flotte important et des multiples synergies industrielles entre les programmes nucléaires actuels et futurs en France, au Royaume-Uni et au-delà».

De son côté, Jooho Whang, directeur général du groupe sud-coréen KHNP, a assuré que le réacteur APR1000 proposé par son entreprise répondait aux normes européennes les plus strictes. Autre argument mis en avant par le dirigeant : sa société s'engage à terminer le premier réacteur « d'ici 2036 ».

Nouveaux besoins en énergie

A ce jour, le groupe énergétique public CEZ exploite six unités nucléaires dans les deux centrales situées dans le sud du pays, qui ont produit l'année dernière environ 40% de la production totale d'électricité en République tchèque, qui reste encore très carbonée en raison de l'exploitation de nombreuses centrales à charbon.

Mais des nouveaux besoins en énergie ont émergé ces dernières années dans le pays. Son gouvernement a ainsi déclaré récemment que la production d'énergie tchèque augmenterait rapidement dans les années à venir, et que ce pays de 10,9 millions d'habitants, membre de l'Union européenne, devait remplacer les ressources obsolètes et à forte émission de gaz à effet de serre. D'où son envie d'élargir son parc atomique.

Opération séduction d'EDF

Ces derniers mois, le géant français de l'électricité a mis les bouchées doubles pour convaincre l'exécutif tchèque de la qualité de son offre nucléaire. Début mars, des représentants de toute la filière nucléaire tricolore ont ainsi participé à un forum franco-tchèque, à Prague, à l'occasion d'une visite du président de la République Emmanuel Macron. Au programme : renforcer la coopération bilatérale entre les deux pays sur l'industrie de défense, le soutien à l'Ukraine et... le nucléaire civil.

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Parmi les membres de cette délégation, figurait, sans surprise, le PDG d'EDF Luc Rémont. Ce dernier était accompagné des dirigeants d'Orano (géant du cycle du combustible atomique) et de ceux de Framatome (artisan historique des réacteurs français). François Jacq, administrateur général du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), était aussi du voyage.

Des atouts à faire valoir

Pour tirer son épingle du jeu, EDF mise sur le contexte géopolitique et les enjeux de souveraineté énergétique, exacerbés par la guerre en Ukraine. « Notre offre est indépendante, toute la propriété intellectuelle se situe au sein même du groupe EDF et de sa filière. Elle repose aussi sur des fournisseurs 100% européens », faisait ainsi valoir, en octobre dernier, Vakis Ramany, responsable du développement des nouveaux projets nucléaires à l'international d'EDF.

Interrogé par l'agence Reuters, Marc-Antoine Eyl-Mazzega, directeur du Centre Énergie et Climat de l'Institut français des relations internationales (Ifri), estime qu'EDF « a de solides cartes à jouer » face aux Coréens, au regard de « la proximité stratégique entre la République tchèque et la France » et de sa proposition de faire largement participer l'industrie tchèque au projet.

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L'un des principaux risques, ajoute l'expert, résidera dans la capacité d'EDF à faire certifier l'EPR 1200, qu'il n'a jamais construit - en s'assurant que les autorités de sûreté n'exigeront pas des adaptations coûteuses de ce modèle.

« C'est une très bonne idée de simplifier, mais il ne faut pas croire que la certification sera beaucoup plus facile et accélérée. Cela reste un nouveau réacteur, donc il faut qu'il passe cette étape absolument cruciale, et que les autorités tchèques soient convaincues et aient pleinement confiance », insiste Marc-Antoine Eyl-Mazzega.

Pour EDF, un premier nouveau grand contrat depuis Hinkley Point

Si EDF remporte cet appel d'offre, ce serait son premier projet de nouveaux réacteurs signés depuis Hinkley Point C (HPC), en Angleterre, en 2016. Et cet appel d'offre constitue par ailleurs un test de confiance pour le groupe public français, confronté aux retards et à l'explosion des coûts de l'EPR de Flamanville (Manche) et des deux unités d'HPC. En somme, EDF doit désormais convaincre ses clients potentiels de sa capacité à améliorer ses performances.

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« Il est clair que tout le monde a les yeux rivés sur la décision de Prague », a ainsi déclaré ce mardi à l'agence Reuters, Vakis Ramany, avant la remise de l'offre actualisée. Et d'ajouter : « Pour nous, il est très important d'avancer sur ce prospect tchèque et d'affirmer à quel point il va définir, d'une certaine façon, la suite de l'histoire du nouveau nucléaire en Europe. »

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L'électricien français devrait être bientôt fixé sur l'issue de cet appel d'offres. En effet, le gouvernement tchèque prévoit de départager les deux finalistes dès cet été. Si EDF en sortait gagnant, ce projet devrait être, pour lui, moins risqué, sur le plan financier. Et pour cause, contrairement aux chantiers britannique et normand, EDF ne prévoit pas d'investir en fonds propres pour la construction de ces réacteurs tchèques.

(Avec AFP et Reuters)

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